LA RUE DU MONT-CENIS
plus difficile de dire ce qu'était ce Gleninus : peut-être le possesseur de la bâtisse romaine dont on a retrouvé des restes, peut-être un tout autre propriétaire. Le quartier actuel occupe les deux versants de la butte ; cela ne correspond pas à la véi-ité historique, car le fief de Glignancourt ne s'étendait que sur le versant qui est au Nord, et même au delà de la rue Marcadet. Il y avait d'autres lieux- dits encore : le Poteau, les Grandes-Friches, les Hauts-Malassis,les Rapines, et, en allant vers l'Est, la GhardcRnnière,les Torlettes,la Groix-Moreau, où sont aujourd'hui les vastes ateliers de la compagnie des omnibus. Les rues pour s'y rendre n'étaient pas nombreuses : c'étaient la chaussée de Glignancourt, la rue des Poissonniers, dirigées du Sud au Nord, la rue Marcadet (ancien chemin des Bœufs) de l'Ouest à l'Est, et partant du sommet de la butte, la rue du Mont-Genis, jadis nommée rue Saint-Denis et aussi chemin de la Procession, parce que c'était la route suivie par les processions qui allaient de l'abbaye de Montmartre à celle de Saint-Denis, et réciproquement. Au moment de l'annexion, en 1860, la butte seule était habitée ; tout le reste du sol appartenait à la culture maraîchère. On commença par y construire une église : Notre-Dame-de-Clignancourt, qui fut inaugurée le 20 octobre 1863. Elle est l'œuvre de l'architecte Lequeux; il la bâtit dans le style roman, qui lui était cher; c'est un édifice d'une grande simplicité et bien approprié à sa destination.
Il n'est pas inutile de dire que M. Hermel, le parrain de la rue qui longe la face orientale de l'église, ne passera à la postérité que comme propriétaire du terrain. Au n*» 28 /er de cette rue, se voit la Maison du peuple français, fondée en 1894 par l'abbé Garnier pour faire pièce à la Maison du peuple, créée en 1891 par les adhérents aux divers groupements socialistes qui la construisirent eux-mêmes, au fond de l'impasse Pers, dans le même quartier (l'impasse Pers s'ouvre sur la rue Ramey).
L'opposition des tendances se retrouve dans le style de C3S deux temples de la politique sociale : le premier a de vagues ressemblances avec une église ; le second, bâti bien plus rudimentairement, dissimule peu ses affinités très démocratiques; il a l'air modeste d'un hangar.
Entre eux deux s'interpose l'élégante mairie de l'arrondissement, la quatrième qu'ait vue Montmartre. La première pierre en a été posée le 16 décembre 1888; l'inauguration a eu lieu le 17 juillet 1892. L'occasion est bonne pour mentionner qu'elle est le siège d'une société fort active, fort bien composée, qui, sous le nom de Vieux Montmartre, publie les plus utiles dissertations sur l'histoire de l'archéologie du XVIIP arrondissement.
Par la rue du Mont-Genis, on gravit les 100 mètres d'altitude de la butte et l'on arrive enfin à la basilique du Sacré-Cœur, dite du Vœu national. Sa construction fut décidée par une loi du 23 juillet 1873, obtenue non sans de vifs débats.
Un concours fut ouvert entre tous les architectes pour la construction de l'édifice; c'est le plan de Paul Abadie qu'adopta le jury^ L'éminent architecte n'a pu voir son œuvre achevée, c4r il est mort en 1884 et il a été pour
le moins autant à la lutte qu'à l'honneur. Gertes, le projet était orgueilleux de mettre Paris aux pieds du Sacré-Gœur, de même que Fourvières domine Lyon, de même que Notre-Dame-de-la-Garde domine Marseille ; mais on n'avait pas songé que la colline de Montmartre était devenue creuse à force de livrer de la pierre et du plâtre. Lorsqu'il s'agit de faire les fondations, on s'aperçut que l'édifice n'offrirait aucune stabilité et qu'il s'affaisserait infailliblement avec la butte sur la place Saint-Pierre ; on dut creuser à plus de 30 mètres de profondeur 83 puits, en retirer la glaise et lui substituer des matériaux résistants. G'est à ce prix que l'on put asseoir les fondations, deux ans après la pose de la première pierre, qui avait eu lieu le 16 juin 1875. Un quart de siècle s'est écoulé et l'œuvre s'achève à peine.
La basilique est construite dans le style roman byzantin du xii® siècle. Elle ne brille pas par la légèreté, mais bien par la masse, et c'est, pour beaucoup, une vraie déception que de se trouver en présence d'une forteresse aussi trapue. L'intérieur n'offre pas pareille impression ; les coupoles qui l'éclairent ont de la grâce dans la noblesse ; le vaisseau est spacieux, sans excès, la crypte a le caractère mystique qui convient.
L'une des curiosités du monument est la Savoyarde, cloche de
LA MAIRIE DU XVIIIe ARRONDISSEMENT.
26,215 kilogrammes offerte par les fidèles du diocèse de Chambéry» Le jour de son arrivée au sommet de la butte, 16 octobre 1895, ce fut un événement très parisien, et son premier tintement vibra aussi bien dans les cœurs profanes que dans les autres.
Combien modeste et délaissée paraît être, à côté de Faîtière basilique, l'église Saint-Pierre ! C'est pourtant un édifice très digne de respect, et les archéologues parisiens lui ont témoigné le leur lorsque, en 1897, ses protecteurs naturels, le curé et le conseil de fabrique, ne parlaient de rien moins que de le laisser tomber en ruine. La protestation avait été unanime de la part de tous ceux qui s'intéressent à l'art; le conseil municipal s'y associa; Saint-Pierre échappa à la destruction et une habile restauration lui rend maintenant même sa jeunesse d'antan, une jeunesse près de huit fois séculaire. L'édifice date en effet du commencement du xu« siècle, et possède, de plus, des piliers plus anciens provenant d'un autre monument. Il était à la fois la paroisse de Montmartre et la chapelle de l'abbaye avec laquelle il communiquait par la partie de l'abside dite le chœur des dames. Au-dessus se dressait le télégraphe aérien de Chappe; il y resta jusque vers 1850.
A gauche du portail de Saint-Pierre — façade affreuse du xvii^ siècle — s'ouvre le cimetière dit du Calvaire, qui fut, de 1797 à 1830, le cimetière communal de Montmartre. Plusieurs noms illustres s'y lisent sur les tombes: Fitz-James, Bougainville, Vaudreuil, la princesse Galitzin, le comte de Maillé, etc.
Au delà du Calvaire, ont été construits à 136 mètres d'altitude les réservoirs. L'œuvre a été faite en trois ans, de 1887 à 1889; l'architecte a cru devoir lui donner le même style byzantin qu'au Sacré-Cœur, dont elle paraît ainsi être une annexe. Lesbassins ont une capacité de 11,000 mètres cubes dont 6,200 pour l'eau de source et 4,800 pour celle de rivière ; ces deux catégories de liquide y sont amenées par une pompe élévatoire située à l'extrémité du pont d'Austerlitz (r. d.) et une usine de relai, installée place Saint-Pierre, au pied même de la butte.
Depuis le 12 juillet 1900, un chemin de fer funiculaire à crémaillère a été mis en exploitation entre la place Saint-Pierre, et les réservoirs de Montmartre. Il est à peine besoin de dire quelles fatigues il épargne aux touristes qui ne se croient pas obligés à gravir pédestrement la butte, comme il conviendrait liturgiquement à des pèlerins de ie faire.
La -place du Tertre^ paisible comme un coin de village, a conservé, au