‹ Paris--atlasChapitre 276 sur 339 · VUE INTÉRIEURE DU MARCHÉ AUX BESTIAUX · texte numérisé non relu

VUE INTÉRIEURE DU MARCHÉ AUX BESTIAUX

avec celles de la banlieue Est qui — sans parler de Belleville — occupent les hauteurs des Lilas et de Romainville. Dans la traversée de La Yillette, elle s'appelait précédemment rue de Bordeaux. Là se borne son intérêt. Tout près du pont du canal, nous avons lu sur la porte d'un de ces établissements de bienfaisance où l'on donne de la nourriture aux pauvres gens en échange de bons, cette inscription amusante par son laconisme : Entrée du fourneau.

Plusieurs rues de La Villette évoquent des souvenirs aussi belliqueux que celui de la campagne de Grimée, mais sous un climat bien différent, car les rues du Maroc, de Tanger, de Kahylie nous transportent en Afrique.

La rue Riquet, voisine du canal, rappelle la mémoire du constructeur du canal du Languedoc, Riquet, dont la statue est à Toulouse. Curial fut un général de division du premier Empire. La rue de Joinmlle révèle par son nom qu'elle fut ouverte sous Louis-Philippe, et cela nous fait songer qu'en 1830, lorsque la jolie ville de Joinville-le-Pont, lasse de se nommer la Branche-du-Pont de Saint-Maur, obtint son nom actuel, sa voisine Saint-Maur demanda, sans succès d'ailleurs, à s'appeler-Aumale! Il n'y a pas de rue d'Aumale non plus à La Villette, mais il y a une rue de Chartres à La Chapelle.

Peu d'édifices dignes de remarque dans ce vaste espace; rue Curial,

Cette même place de Bitche, qui ne porte que depuis 1881 le nom de la vaillante cité lorraine (c'était, avant, la place de l'Église) est occupée par un groupe scolaire et une maison municipale de secours. A l'angle de la rue de Crimée, un bâtiment d'aspect vieillot représente l'ancienne mairie de la commune, achetée moyennant 85,000 francs, à la suite d'une délibération du 24 juin 1852.

hdi rue d'^ Allemagne, longue de 1,820 mètres, large de 31, plantée d'arbres auxquels on saurait gré d'être moins rabougris, date de 1768. Auparavant, la route royale de Strasbourg (aujourd'hui route nationale n^' 3) était fournie par la rue de Meaux, prolongée dans Paris par la rue de la Grange-aux-Belles. Le xviu^ siècle nous a légué la rotonde Saint-Martin, massif bâtiment, trop solennel pour son objet, qui était de relier les deux barrières : de La Villette, à l'entrée de la rue de Flandre, de Pantin, à l'entrée de la rue d'Allemagne. Cette dernière n'était encore que provisoirement construite lorsque, dans la nuit du 20 au 21 juin 1791, deux calèches s'y arrêtèrent mystérieusement. Bien que le jour commençât à poindre, les commis de l'octroi ne remarquèrent pas qu'un homme, deux femmes, deux fillettes en descendaient afin de monter, avec l'empressement de personnes qui se cachent pour fuir, dans une vaste berline de voyage, propre à faire un long trajet. Ces voyageurs inconnus n'étaient autres que Louis XVI, Marie- Antoinette, Madame Elisabeth, Madame Royale et le jeune Dauphin, habillé en petite fille. On sait ce qu il advint de cette fuite : la famille royale arrêtée à Varennes, ramenée, prisonnière de la Nation, à Paris. La berline, qu'on surnommait déjà le corbillard de la monarchie, ne franchit plus, au retour, la barrière de Pantin; on lui fit suivre, une fois arrivée là, les boulevards extérieurs et elle revint aux Tuileries par les Champs-Elysées.

Elle était vouée, cette barrière, a.ux scènes tragiques. C'est tout proche d'elle, dans un cabaret à l'enseigne du Petit Jardinet, que, le 30 mars 1814, fut signée la capitulation douloureuse qui consacrait l'évacuation de Paris par nos troupes et son occupa-

Page 1