ASPECT DU CANAL DE L'OURCQ
somme d'argent, des prélèvements en blés, fourrages, charrois, etc., que les fourriers royaux faisaient sur les corvéables.
Auxvu^ siècle — en 1646, pour préciser— une abbaye de femmes vint s'établir à La Yillette, l'abbaye deSainte-Périne,fondéeàGompiègne au xni« siècle (Emile de La BédoUière, ordinairement mieux informé, a cru qu'elle datait, à La Villette même, du xiv^ siècle). Elle y demeura quatre-vingt-seize ans, après quoi elle fut transférée à Ghaillot. Nous avons dit plus haut par suite de quelles vicissitudes, transportant toujours' son vocable avec elle, elle est devenue une maison de retraite à Auteuil. Son emplacement, à La Villette, était celui des trois maisons 61-65 de la rue de Flandre, avec retour d'équerre sur la rue Riquet.
Pendant les deux années terribles, 1814 et 1815, de l'invasion étrangère, La Villette etBelleville souffrirent beaucoup, mais se comportèrent héroïquement dans la résistance que Paris opposa à ses envahisseurs.
Dans le courant du xix« siècle, plusieurs circonstances ont contribué à donner à La Villette une énorme activité industrielle : d'abord le percement des trois canaux, puis l'ouverture du chemin de fer de l'Est, enfin la translation, qui a été effectuée dans cette région, du marché de Sceaux deux fois séculaire et la création du plus important de nos abattoirs parisiens. Tout cela n'aurait pas suffi à faire de l'arrondissement un lieu de délices si, par une heureuse compensation, le second Empire ne lui avait accordé une promenade charmante en transformant en parc les carrières par trop sauvages des Buttes- Ghaumont. Et la troisième République, à son tour, l'a doté de larges voies, d'établissements municipaux et scolaires confortables, de moyens de transport aisés et abondants.
Pour en finir avec les généralités, disons encore qu'en 1859, La Vil-
lette fut une des rares communes qui ne considérèrent pas comme un bienfait leur annexion à Paris. Des protestations, nombreuses autant que véhémentes, constituèrent le dossier de l'enquête de commodo que le gouvernement avait ordonnée, pour la forme. Les arrivages par wagons ou bateaux, y était-il dit, font de La Villette le véritable entrepôt de Paris; l'annexion sera une calamité, une ruine pour les négociants; la vie devenant plus coûteuse, les salaires devront être augmentés, etc. A quarante années de distance, on se rend compte que ces craintes étaient purement chimériques.
Séparé du quartier du Pont-de-Flandre par la rue de rOurcq, el de celui du Combat par les rues d'Allemagne et de Mcaux, le quartier de La Villette représente bien l'ancienne agglomération historique. Plusieurs grandes voies le sillonnent dans sa longueur : les rues d'Aubervilliers, Gurial, de Flandre et d'Allemagne ; dans sa largeur, les rues du Maroc, Riquet, de Grimée et de l'Ourcq; mais aucune d'elles n'est fréquentée d'une façon aussi importante que le bassin de La Villette, continué par le canal de l'Ourcq, et les quais qui les bordent, auxquels on a donné avec à-propos les noms des rivières que le canal met en communication : la Seine, la Marne, l'Oise, la Loire.
Ge n'est pas d'hier que date l'idée sinon du canal de l'Ourcq même, du moins de la navigabilité de l'Ourcq; on la réalisa au xvi® siècle, et par cette rivière et celle de Marne, des bateaux chargés de bois coupé dans la forêt de Villers-Gotterets purent arriver à Paris, au port de la Grève, le 9 juillet 1564. Ge fut une véritable solennité, à laquelle assista le corps municipal; les mariniers étaient vêtus de pourpoints et chausses rouges, coiffés de chapeaux bleus, aux couleurs de la Ville ; les tambourins et trompettes faisaient retentir l'air d'un gai vacarme, (( dont le peuple, ce voyant, se i"éjouissoit, espérant que si après, il en viendra grande quantité par ladite rivière d'Ourcq ».
Il fallut bien se contenter, pendant plus de deux siècles, de cet état de choses. Le canal actuel n'a été entrepris qu'en 1802 pour se terminer vingt ans plus tard. Le bassin de La Villette, compris entre le rond-point de La Villette et la rue de Grimée a aujourd'hui un trafic de plus de deux millions de tonnes. Bordé sur ses deux rives par de hauts bâtiments d'entrepôts, il a un peu l'aspect de Venise, moins la grâce. Une passerelle le surplombe à hauteur de la rue de la Moselle; la rue de Grimée le franchit sur un pont qui, grâce à un mécanisme fort ingénieux, s'élève en quelques minutes pour livrer passage aux bateaux et se rabaisse aussitôt. D'ailleurs, une passerelle lui est accolée pour enlever l'occasion d'un murmure aux piétons affairés qui, blasés sur l'intérêt de la manœuvre, désirent traverser sans retard.
Gette rue de Crimée, faite, en plus de vingt ans, de pièces et de morceaux pour ainsi dire, est une des plus longues de nos faubourgs parisiens; elle n'a pas moins de 2kilom., 520. G'est aussi, pour la circu- - lation des voitures, une artère fort importante, car elle met en relations les communes de la banlieue Nord, Saint-Denis, Aubervilliers,