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CHAMBRE A COUCHER DE LOUIS XIV, AU PALAIS

quoi l'on ne croitplus guère aujourd'hui, c'est aux Tuileries qu'il se serait passé.

Les petits appartements de Marie- Antoinette occupent dans l'aile gauche des bâtiments qui bordent la cour de marbre le même emplacement que ceux que nous venons de parcourir dans l'aile droite. On y accède soit par la galerie des glaces, soit par la salle de l'OEil-de-bœuf. C'est une série de boudoirs, décorés de façon exquise, la chambre, le petit salon, le cabinet de Marie-Antoinette, tout remplis de mélancolie, et où, malgré leur charme, on comprend que la reine s'ennuyât, car la vue qu'ils ont sur une cour intérieure est singulièrement triste et maussade.

Aussi avec quelle joie les quittait-elle le plus souvent possible pour son cher Trianon, baigné de lumière, enveloppé de verdure! Et quelle épouvante elle dut y avoir, dans la sinistre matinée du 6 octobre 1789 : le palais envahi par Une foule furieuse, le cri retentissant :

Où est la reine? Sauvez la reine I L'infortunée se réfugia auprès du roi. La première heure du martyre avait sonné.

Nous avons visité toute la partie centrale du palais. La promenade pourtant est loin d'être achevée. Deux ailes, longues chacune de plus de 100 mètres, s'en détachent, parallèles à la façade, et constituent la majeure partie du musée. L'aile gauche contient les tableaux représentant les événements militaires du pays , dans l'ordre chronologique. Ils sont signés de noms illustres : Fragonard , Heim, baron Gérard, Horace Vernet, Devéria, Philippoteaux. L'aile droite comprend d'abord la chapelle, isolée entre deux cours; elle ne se rattache au château que par la tribune supérieure opposée au chœur. C'est, nous l'avons dit, l'œuvre de Mansard, et c'est en même temps un chefd'œuvre de proportions et de décoration. Au delà, s'étendent deux galeries parallèles consacrées à l'histoire de France, l'une de peinture, l'autre de sculpture; elles aboutissent à l'ancienne salle de spectacle, construite sous Louis XV par Gabriel, et qui, en 1871, devint la salle

des séances de l'Assemblée nationale, puis du Sénat jusqu'en 1880 (pour la visiter il faut sortir du château et y rentrer par la rue des Réservoirs). Au centre de la grande galerie, perpendiculairement à elle, s'ouvrent les salles des combats d'Afrique, de Crimée et d'Italie. C'est là que se trouve l'immense et fameux tableau d'Horace Vernet : la Prise de la smalah (TAbd-el-Kader en 48^3,

Symétriquement à la salle des séances du Sénat, s'ouvre, dans la rue Gambetta, au-dessous de la grande aile des batailles, la salle de la Chambre des députés, dont la Constitution de 1875 rendait la construction nécessaire. Depuis que les deux Chambres sont rentrées à Paris, elle sert pour leurs réunions en Congrès; c'est là que les représentants de la nation élisent le président de la République. On la nomme salle du Congrès.

Par son étendue, par l'harmonie de ses proportions, par les beautés naturelles et artistiques qu'il renferme, le parc est digne du château. Nous dirons même qu'on ne peut pas se l'imaginer autrement que Le Nôtre l'a conçu avec un goût consommé, un sentiment parfait de l'harmonie. Sous l'ancien régime, on en faisait plus de cas que du château lui-même; tout

Phot. Neurdeiu DE VERSAILLES.

ENVIRONS Dïï PARIS

étranger de marque qui venait à Versailles était invité à le visiter dans tous ses détails ; c'est ce qu'on appelait la promenade des ambassadeurs, qui durait quatre heures et comportait un parcours de 8 kilomètres.

En 'avant de la façade centrale, s'étend une large terrasse que six marches séparent des premiers parterres. Dans une poésie célèbre, Musset avait mal compté, lorsqu'il parle de trois marches de marbre rose.

Devant cette terrasse, sont les deux bassins qui constituent le parterre d'eau; au delà, est le bassin de Latone , qui existait déjà au temps de Louis XIII, et fut cx^eusé à nouveau en 1705. Du bassin de Latone, on se rend à celui d'Apollon par le fameux Tapis vert, long de 335 mètres, et, au delà du bassin d'Apollon, commence le grand canal, long de 1,550 mètres, coupé en forme de croix par deux bras, le bras de la Ménagerie à gauche, le bras de Trianon à droite. Des fenêtres de la galerie des glaces, Louis XIV aimait à y voir évoluer des gondoles vénitiennes; elles étaient au nombre de quatorze, manœuvrées par de véritables Vénitiens, pour lesquels on construisit, à droite et au delà du bassin d'Apollon, les bâtiments de la petite Venise.

Cette merveilleuse perspective, se développant sur 3 kilomètres de longueur, ne correspond qu'à la façade principale du palais; aux deux ailes latérales, et en proportion avec elles, correspond la série des bosquets et parterres qui donnent au parc le charme de la rêverie et de la solitude. Du côté gauche, il faut citer la salle des Marronniers, l'île Royale, les quinconces de la Girandole, la salle de bal, et ce trop fameux bosquet de la Reine, témoin de la scandaleuse et toujours mystérieuse affaire du Collier ; enfin, l'Orangerie, qu'il vaut mieux voir d'en bas, pour admirer le majestueux développement de ses doubles rampes, dites des 104 marches. Au delà de l'Orangerie, et en réalité hors du parc, est la pièce d'eau des Suisses, creusée en 1687 par les soldats d'un régiment suisse.

Du côté' droit, se voient le bosquet des Dômes, les bassins de l'Encelade, de l'Obélisque et de la montagne d'Eau, les quinconces du Dauphin, le bassin d'Apollon, la fontaine de Diane, le bosquet de l'Arc de Triomphe et le bassin de NeiDtune, auquel les grands arbres et les bosquets voisins font un cadre si merveilleux.

Un système très ingénieux d'alimentation hydraulique relie entre eux ces innombrables bassins, et, pendant la belle saison, les grandes eaux jouent un dimanche sur deux. C'est un spectacle féerique.

Les Trianons. — Une ligne de tramways électriques conduit aux Trianons par une route pleine d'ombrages, longeant l'enceinte septentrionale du parc. Le grand Trianon s'élève précisément à hauteur du bras du canal qui porte son nom. Au moyen âge, il y avait là, nous' l'avons dit, une paroisse, mais elle ne se composait plus que de rares maisons quand Louis XIV eut la fantaisie de s'y faire construire une maison de campagne où il se délasserait des solennités de Versailles. Il fut donc aisé d'indemniser les habitants et de faire place nette. Une année — l'année 1670 — suffit à édifier le premier Trianon, qui, au dire de Saint-Simon, était « une maison de porcelaine à aller faire des collations ». Maison de porcelaine est pris ici au propre et ne signifie pas maison de verre, mais bien un castel dont toute la décoration est faite de porcelaine et de panneaux en stuc blanc. Elle devait être charmante ainsi, cette maison que les courtisans appelaient aussi le palais de Flore, la maison du Soleil. Gela n'empêche qu'en 1687, le

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