SAINT-GERMAIN. — MAISONS-LAFFITTE
ACHÈRES. — POISSY. — MANTES. — GARCHES. — VAUCRESSON. — MARLY. — ARGENTEUIL.
A région qui s'étend au Nord de Versailles et à rOuest de Paris n'est pas moins pittoresque et jolie que celle qui vient d'être décrite. On y rencontre, de même, des sites enchanteurs, de vastes surfaces boisées, et un charme de plus, celui des courbes si gracieuses que forme la Seine entre Saint-Denis et Poissy.
Saint-Germain peut être considéré comme le centre, ou, si l'on préfère, le point de départ d'excursions qui, de toutes façons et de tous côtés, sollicitent le promeneur, suivant qu'il préfère les monuments et les souvenirs du passé, ou la paix des grands bois silencieux, ouïes rives animées du fleuve, ou les magnifiques panoramas dont l'œil ne se détache qu'à regret.
Plusieurs routes mènent de Paris à Saint-Germain. A ceux que le temps ne presse pas, nous recommanderons celle du tramway qui part de la place de l'Étoile. C'est d'ailleurs la route historique; nous l'avons trouvée déjà dans le VHP arrondissement sous le nom de rue du Faubourg-du-Roule (aujourd'hui du Faubourg-Saint-Honoré) ; elle traversait Neuilly (avenue du Roule) avant que l'avenue de Neuilly n'ait été ouverte dans l'axe du pont de Neuilly, que Perronet acheva de construire en 1772.
Le pont franchi, on entre sur le territoire de Courbevoîe, à droite, de Puteaux à gauche ; la route s'élève en pente douce jusqu'au sommet du plateau et aboutit à un rond-point où se dresse le beau monument de Barrias, le groupe de la Défense de Paris. De là, en tournant à gauche, d'abord, puis à droite, on passe au pied du versant oriental du mont Valérien et l'on arrive peu après à Nanterre, gros bourg villageois, où les cultivateurs sont les plus nombreux, mais où les bourgeois de Paris ont pris l'habitude de villégiaturer ; Nanterre est une localité très anciennement habitée ; son nom d'origine gauloise suffit à l'attester. Sainte Geneviève y naquit en 422; les habitants montrent avec orgueil sa maison natale et un puits où la tradition veut qu'elle
ait été souvent puiser, d'où les principes miraculeux attribués à son eau. Au surplus, cet aimable pays a hérité de toutes sortes de traditions qui ont rendu son nom célèbre : les rosières de Nanterre, les pompiers de Nanterre, les gâteaux de Nanterre. Qui sait si, quelque jour, la légende ne s'attachera pas aussi au nom de Francisque Sarcey, qui fut bourgeois et citoyen de Nanterre jusqu'à sa mort?
Un kilomètre plus loin se trouve la limite des deux départements de la Seine et de Seine-et-Oise. On entre sur le territoire de Rueil. C'est une jolie ville, de près de dix mille habitants, située sur la rive gauche de la Seine, manufacturière et militaire (Rueil possède une caserne d'artillerie) du côté de Paris, rustique dans sa partie centrale, aristocratique et fort élégante par les villas qui bordent la route de Saint- Germain. L'église, dont la première pierre fut posée en 1584, mérite d'être visitée; on y voit les tombeaux en marbre de Joséphine Tascher de La Pagerie et de sa fille Hortense de Beauharnais. Une impératrice de France, une reine de Hollande dormant leur dernier sommeil dans cette calme bourgade, n'est-ce pas là une des fantaisies que le hasard fournit volontiers à l'histoire? Ces sépultures sont belles; elles sont l'œuvre, la première, du sculpteur français Cartellier, la seconde, d'un artiste florentin, Bartolini. Sous le second Empire, des messes solennelles étaient dites dans l'église de Rueil les jours anniversaires de la mort des deux souveraines ; aujourd'hui, ces dates passent inaperçues.
La route s'enfonce sous la verdure; elle passe, à gauche, devant l'ancien parc de Bois-Préau, et atteint un carrefour auquel la station du tramway donne son nom : la Malmaison. C'est la qu'il faut quitter le grand chemin pour prendre, à gauche, une jolie allée de vieux platanes. Dix minutes à peine suffisent pour arriver devant la grille du château, fameux pour avoir été le témoin de la grandeur, puis de la fln de l'épopée napoléonienne. Au moyen âge, c'était un manoir assez sinistre, d'où son nom, mala domus, appartenaat à l'abbaye de Saint-Denis, qui le louait quand eUe pouvait. Le site était plus pittoresque encore qu'aujourd'hui, mais la maréchaussée ne protégeait qu'insuffisamm.ent les habitants. Sous Louis XIIÏ, le voisinage de la
maison de campagne que le cardinal de Uichcliou avait ù iXnvW fit que le séjour de la Malmaison fut très roch(*rchn, (îcsma^nstrats, des financiers l'occupèrent. La lerre up[>arl<;nait à la famille Le Gouteulx du Moley quand éclata lu Hévolulion. En 1798, Joséphine de Beauharnais, M^'^* HoyaparUî, la lour acheta et la transforma par maints embelUssiMinuils, K\Ui voulait en faire une résidence de repos, où Bonaparte aimorail à sr rlélasser des fatigues de la campagne d1\uyplc. Ponvail-rlh' sn douter alors que la Malmaison allait devenir \v, chaltiaii d^'Mé du premier consul, de l'empereur! Car Napoléon aima tout de suite cette demeure et continua à l'aimer lorsqu'il so ïul enivré de toutes les gloires, et ce fut aussi le leiups de la gloire pour la Malmaison. Par les soins do Joséphine, le parc, alors très vaste, fut orné des arbres les plus beaux; des serres s'y élevèrent, renfermant des plantes, rares entre toutes, à ce point que leur description occupe deux gros volumes in-folio, fort rares aussi, les Jardins de la Malmaison, publiés en 1803 et 1804.
Il semble qu'il y ait un lien entre les hommes et les choses, entre la fortune de l'Empire, celle de Joséphine et celle du domaine dont nous parlons. Après le divorce, l'étoile de Napoléon commença à pâlir. Joséphine, outragée et abandonnée, se confina dans la solitude, et la Malmaison rentra dans le silence. Napoléon n'y revint plus qu'une fois, et quelles pensées durent l'assaillir en revoyant ces lieux où il avait connu tous les bonheurs! C'était le 29 juin 1815 :
Joséphine morte depuis un an, l'abdication qu'il venait de signer, les alliés se rapprochant de Paris, la douleur du présent, Tincertitude de l'avenir. C'est de là que, confiant dans la générosité anglaise, il partit pour Sainte-Hélène. La guerre de 1870, désastreuse aussi pour toute cette région, a fait disparaître du parc une dalle en pierre sur laquelle était gravée cette inscription, touchante dans sa concision :