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FAÇADE SUD DU CHATEAU DE SAINT-GERMAIN

n'interrompt presque aucun défrichement. Aux temps passés, elle s'étendait, sous le nom de forêt d'Iveline, jusqu'aux frontières du pays chartrain, en se confondant avec les forêts de Marly et de Rambouillet. Aujourd'hui, elle couvre la rive gauche de la Seine sur une longueur de 2 lieues, entre Saint-Germain et Maisons, puis sur une distance égale jusqu'à Poissy, en y comprenant la région voisine d'Achères, où les déboisements se sont malheureusement multipliés. Sa profondeur est moindre; elle n'est que de 4 kilomètres, de l'Est à l'Ouest, entre Saint-Germain et Poissy. La route qui relie ces deux villes (c'est toujours celle de Paris à Cherbourg) est desservie par un tramway à vapeur qui, traversant toute la forêt, permet d'y faire sans fatigue une fort agréable excursion. Ceux qui aiment à errer à l'aventure « sous les grands bois sourds » préféreront s'y engager pédestrement, et, suivant leur fantaisie, gagner Maisons, Achères ou Poissy. A chaque carrefour — il n'y en a pas moins de cent quarante — se trouvent des poteaux indicateurs fort précis.

A peu de distance de la grille royale, où se termine la terrasse, s'élève le château du Val. C'était, au xvi^ siècle, un rendez-vous de chasse; Louis XIV en fit un joli manoir; depuis la Révolution, il est devenu

propriété particu lière.

Si l'on prend la route de Pontoise, on rencontre, à 3 kilomètres de Saint -Germain, la célèbre maison des Loges, isolée en pleine forêt. Son origine remonte au moyen âge. Un roi, on ne sait lequel, avait eu l'idée de se faire bâtir dans cette solitude un petit castel, à côté duquel était une chapelle dite de Saint-Fiacre, but de processions et de pèlerinages. Ces bâtiments tombaient en ruine à

Phot Neurdein.

la fm du XVI® siècle ; c'est alors que quelques ermites appartenant à l'ordre de Saint-Augustin obtinrent de Henri IV la permission de les occuper et de les restaurer. Favorisés parla dévotion d'Anne d'Autriche, ils y prospérèrent jusqu'à la Révolution. C'est en 1811 que Napoléon pi" affecta la maison des Loges à l'établissement d'une maison d'éducation où seraient instruites les filles des membres de l'ordre de la Légion d'honneur, et en fit une succursale de celles de Saint-Denis et d'Écouen.

La tradition du pèlerinage de Saint- Fiacre ne s'est pas perdue; elle s'est transformée. Chaque année, le premier dimanche de septembre et les trois jours qui suivent, a lieu la fête champêtre des Loges, très assidûment fréquentée par les Parisiens, encore qu'elle ne se distingue que par le cadre de la banalité habituelle aux divertissements forains.

Cette oasis de verdure, de calme, d'étude, de pureté virginale est alors étrangement envahie; il est fort heureux, disons-le bien vite, que ce soit, pour les jeunes pensionnaires, le temps des vacances.

Maisons-Laffitte se nomme officiellement Maisons-sur-Seine, mais l'administration est restée impuissante à faire adopter ce vocable par le public. On ne s'explique pas, d'ailleurs, puisqu'il y a à Paris une rue Laffitte, pourquoi elle ne voudrait pas reconnaître le célèbre financier de Louis-Philippe comme parrain de l'aimable colonie de Parisiens qu'il a bien réellement créée. Le chemin

de fer de Paris à Mantes par Poissy y aune station, ce qui a beaucoup contribué à l'accroissement de la population de Maisons, dont l'installation d'un hippodrome a légèrement modifié le caractère et les habitudes. Le château, construit par Mansard, a une belle ordonnance, qui s'admire surtout de la rive droite de la Seine.

Achères est la station suivante du chemin de fer de Normandie, station très importante : car les lignes de Pontoise, d'une part, et de Grande Ceinture, d'autre part, y rejoignent la ligne principale. Le village n'aurait que très peu fait parler de lui sans les démêlés qu'il a eus, depuis 1889, avec la Ville de Paris pour la question d'épandage des eaux d'égout. Et il est assez plaisant, en effet, que la capitale veuille enrichir malgré eux des villageois qui n'ont cessé de protester contre l'empoisonnement dont ils se disent victimes. L'expérience a été faite, pourtant, à Gennevilliers, et de façon victorieuse, que les terres ainsi fécondées ont un rendement bien meilleur, sans que

A.SCENSEUR DE

l'état sanitaire des habitants en soit le moins du monde compromis.

Les travaux ont été achevés, et l'irrigation des champs a commencé le 7 juillet 1895. La dépense n'a pas été moindre de 10 millions et demi pour construire une usine et le siphon par lequel l'aqueduc passe sous la Seine entre Glichy et Asnières ; — pour l'usine de Colombes et le pont-aqueduc qui traverse une seconde fois la Seine, cette fois au-dessus du fleuve, à Argenteuil ; — pour le siphon qui la lui fait traverser une troisième fois à Herblay; — et enfin, pour franchir le ravin de la Frette sur un pont en arcades, long de 80 mètres.

Poissy partage maintenant avec Saint- Germain une importance que jadis il était seul à avoir dans la région. C'était le chef-lieu du Pincerais. Parce que les pêcheurs à la ligne s'y sont de tout temps montrés nombreux, certains étymologistes en ont conclu que son nom avait une affinité directe avec le mot poisson. Il n'en est rien : de très anciens textes, où le lieu est mentionné en latin, donnent la preuve que ce fut, à l'origine, le domaine d'un personnage gallo-romain nommé Passius ou Pexius.

Aucun vestige n'est resté du château que les rois de France y avaient au moyen âge et où naquit saint Louis. Sa construction devait dater du même temps que l'église, qui, elle, nous a été heureusement conservée ; ses deux clochers, de style roman du xii« siècle, lui donnent l'air d'une cathédrale ; le chœur est du même style, particulièrement intéressant ici, car il marque la transition entre les procédés^ de construction romane et ogivale. La nef et ses bas-côtés appartiendraient à la même époque s'ils n'avaient pas subi, postérieurement aux xv« et XVI® siècles, d'importantes modifications, et notamment l'adjonction de chapelles latérales. Cette belle église a conservé comme une relique quelques fragments des fonts baptismaux où fut apporté saint Louis à sa naissance.

Les touristes archéologues ont encore à voir à Poissy le vieux pont, si pittoresque avec ses vingt-quatre arches inégales, quelques vestiges des anciennes fortifications de la ville, et la maison de campagne de Meissonier. Le peintre célèbre de la Rixe y passait l'été depuis près de trente ans quand la mort le frappa au commencement de l'année 1891. On lui doit plusieurs vues charmantes de Poissy. Il n'y avait que l'embarras du choix, car les rives de la Seine, sont rarement plus jolies qu'en aval du pont de Poissy.

Nous no parlerons que pour mémoire de la maison centrale de dé-

Phot. Bichon SAINT-GERMAIN.

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