ENTRÉE DU CHATEAU DE CHANTILLY; LE FOSSÉ AUX CARPES
Jt-ùot. iNeurdein.
bonne grâce à contempler. Cette rapide visite de Pontoise une fois faite, il faut redescendre la colline et franchir le pont qui a donné son nom à la ville. On est alors à Saint-Ouen-l'Aumône, d'où l'on a un fort agréable panorama de Pontoise.
rihantilly. — C'est à Saint-Denis, nous l'avons dit, que la ligne de Chantilly bifurque avec celle de Pontoise. Elle ne fut pas ouverte avant 1856. Aujourd'hui, grâce aux trains express qui vont vers le Nord, il ne faut pas plus de quarante minutes pour parcourir les 41 kilomètres, dont une vingtaine en rampe, qui séparent Paris de Chantilly. La gare est située à l'entrée de la ville, à 3 kilomètres environ du château, et c'est le château que l'on vient voir. En prenant, à droite, une belle allée constamment sous bois, ce trajet s'effectue d'une façon fort agréable, et tout à coup le grandiose édifice apparaît, précédé de la cour d'honneur où fièrement se dresse la statue équestre du connétable Anne de Montmorency.
Ce que l'on sait des origines de Chantilly, c'est qu'au xi® siècle, au xe peut-être, un château existait à cet endroit, créé sans doute par la fantaisie d'un chasseur passionné, car de tous côtés ce n'étaient que bois profonds. Il faut arriver à la seconde moitié du xiv^ siècle pour y trouver un châtelain dont le nom soit connu, Pierre d'Orgemont, qui fit bâtir une véritable forteresse, dont les fondations au moins n'ont jamais été renversées. Un siècle plus tard, le domaine devenait la possession de la famille de Montmorency, et, en 1524, Anne de Montmorency, maréchal, puis connétable de France, entreprenait de remanier complètement le château féodal et de le débarrasser de son aspect rébarbatif, à l'intérieur comme à l'extérieur, car ce n'était plus du tout le goût du jour. Cette œuvre fut confiée à Pierre Chambiges, un « maître des œuvres de maçonnerie » (c'est ainsi qu'on appelait les architectes), très expert en son art et très en renom à Paris. Le connétable ne voulut pas se borner à une restauration ; à côté du grand château, il en fit construire un de proportions moindres et qu'on appela le clïâtelet ou petit château : les deux édifices ont été reliés l'un à l'autre dans le cours du xix« siècle. On pense que le châtelet de Chantilly est l'œuvre de Jean Bullant, occupé alors à bâtir le château d'Écouen.
Des Montmorencys, Chantilly passa, par une alliance des deux familles, à la maison de Condé. Il fut l'objet de ses préférences. Le grand Condé fit faire des travaux considérables — dont quelques-uns malheureux— au grand château, où Mansard apporta de fâcheux rajeunissements. On se rappelle les fêtes qui y furent données au roi par le vainqueur de
Rocroy, la mort de Vatel si dramatiquement narrée parM°^«deSévigné. Les descendants du grand Condé né négligèrent pas davantage Chantilly; c'est l'un deux, Henri de Bourbon, qui, sous la Régence,' fit construire les fameuses écuries, de 1719 à 1735.
Après bien des vicissitudes, dues aux changements de régime politique, le domaine de Chantilly, tour à tour enlevé, puis rendu à ses propriétaires, appartint définitivement en 1872 au duc d'Aumale, qui, dès 1832, l'avait reçu par legs du dernier prince de Condé. On sait ce qu'il en a fait : au dehors, un monument homogène, reconstruit dans le
stylede la Renaissance avec un rare bonheur par M. Daumet; au dedans, un musée admirable d'œuvres d'art, de souvenirs précieux des Condés, de manuscrits et de livres. Ce prince, si éclairé, si noble de sentiments que tous les partis politiques ont été unanimes à le respecter, voulut que son œuvre fût dans l'avenir protégée contre tout hasard, et, dès le 3juinl884, il prenait des dispositions testamentaires ayant pour but de léguer le château et ses trésors, en s'en réservant toutefois l'usufruit, à l'Institut, auquel il
Phot. iNeurdein.