COUR DE LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE
François P'' eut le bon esprit d'en tirer parti pour la bibliothèque royale en prescrivant qu'un exemplaire de tout ouvrage imprimé y serait déposé ; cette réglementation, prise, il est vrai, plutôt au point de vue du contrôle et de la censure des publications, n'en est pas moins l'origine du dépôt légal.
De Fontainebleau, la bibliothèque revint à Paris sous Charles IX; elle fût successivement conservée, et chaque année enrichie, au collège de Glermont (Louis-le-Grand), aux Gordeliers, rue de la Harpe, rue Vivienne dans un hôtel appartenant à Golbert, en 1666, et enfin à l'hôtel de Nevers en 1721.
Rue des Petits-Champs, n° 8, une porte monumentale donne accès à la cour d'honneur de l'ancien hôtel; c'est l'entrée des appartements de l'administrateur général (pavillon de droite). Dans le bâtiment du fond, une salle a été aménagée lors de la création, en 1824, d'un cours d'archéologie qui ne s'y professe plus aujourd'hui. L'acoustique en est déplorable ; elle sert cependant aux réunions de quelques sociétés savantes parmi lesquelles celle de l'Histoire de Paris et l'Ile-de-France.
Rue de Richelieu, peu après l'angle formé par la rue des Petits- Champs, une petite porte toujours
hermétiquement fermée et qu'aucune inscription ne recommande à la curiosité du passant, sert d'entrée au Cabinet des médailles et monnaies.
Seuls, les initiés la connaissent et osent en faire tinter la sonnette ; la porte se referme sur eux et ils pénètrent dans le sanctuaire de la numismatique après s'être fait reconnaître d'un gardien.
L'entrée principale de la Bibliothèque Nationale est un peu plus loin, vis-à-vis du square Louvois. Là existe une cour d'honneur encadrée de bâtiments sévères : au fond, au rez-de-chaussée, le cabinet de l'administrateur général et les bureaux de l'administration auxquels l'espace n'a pas été ménagé; au-dessus, la galerie des manuscrits; à droite, l'entrée des salles de travail, précédée d'un perron de quelques marches.
L'ensemble des collections de la Bibliothèque est divisé en quatre départements à la tête de chacun desquels est placé un conservateur, assisté d'uù conservateur adjoint, de bibliothécaires, sous -bibliothécaires, stagiaires, commis et garçons. Un administrateur général a la haute direction et la responsabilité de tous les services. La Bibliothèque n'est pas publique ; personne ne peut pénétrer dans les salles de travail de ses
ÉGLISE NOTRE-DAME-DE s- VICTOIRE s.
départements sans être possesseur d'une permission délivrée par l'administrateur général après justification des titres à cette faveur. Il va sans dire que l'administration apporte la plus grande libéralité dans ses autorisations, qui sont toujours renouvelables. En outre, une grande salle de lecture est accessible au public sans carte préalable, sans autre formalité que d'y trouver de la place ; on y est admis tous les jours, y compris le dimanche ; c'est même le jour où elle est le plus fréquentée.
Ajoutons que le public est autorisé, le mardi et le vendredi, à visiter une partie des bâtiments de la Bibliothèque, les dépôts exceptés. Dans la galerie Mazarine, dernier et fort beau vestige de l'hôtel Mazarin, sont exposés les plus riches échantillons des manuscrits de la Bibliothèque. La rue Vivienne est très ancienne. Au xvn*^ siècle, elle figure sur les plans sous le nom de Vivien, « famille fort connue », dit Jaillot. Plus tard on l'a féminisée, comme on a fait pour la rue Mazarine, la rue Française, etc. Et Jaillot ajoute : « On peut voir dans Sauvai, qu'au milieu du siècle dernier elle se prolongeait jusqu'à la rue Feydeau, et que dans cette partie et depuis la rue des Filles-Saint-Thomas, elle s'appelait rue Saint-Jérôme. Les religieuses l'ont comprise dans l'enceinte de leur monastère. » Ce monastère, dont une rue a gardé le nom, avait été fondé en 1642, et il ne fit jamais beaucoup parler de lui, si ce n'est lors de sa suppression, qni laissait disponible un superbe terrain. Il y eut de longues hésitations sur l'emploi qu'on en
pourrait faire ; enfin, un décret du 16 mars 1808 prescrivit la construction de la Bpurse et du tribunal de commerce sur la partie de l'enclos limitée entre les rues des Filles- Saint-Thomas et Feydeau.
Cette construction fut confiée à l'architecte Brongniart, qui mourut en 1813; les travaux, repris par Labarre, n'avancèrent que lentement et furent terminés en 1826. Quant au tribunal de commerce, il s'est séparé de la Bourse dès 1860, pour aller occuper son temple florentin du boulevard du Palais. La Bourse ressemble à un temple grec; il y faut voir les belles fresques d'Abel de Pujol.
L'horloge de la Bourse a été longtemps la seule à laquelle les vrais Parisiens reconnussent quelque exactitude, et ils faisaient volontiers un long détour pour mettre leur chronomètre en harmonie avec elle ; c'était le temps où le canon du Palais-Royal et le tabac râpé de la Civette avaient tant de succès ; gloires bien oubliées aujourd'hui.
Nous devons une mention à la belle rue du Quatre-Septemhre — précédemment rue du Dix-Décembre.
Ce fut une des dernières opérations de voirie du second Empire ; dans ses Mémoires^ le baron Ilaussmann avoue qu'elle coûta QQ millions.
Phot. Gaillard.