PLAN DE PARIS SOUS LOUIS XIV
rains nous montrent installés aux abords de l'Hôtel de Ville actuel, à la Grève et au Monceau Saint-Gervais. Là fut le marché public; une charte de Louis VII, où il est appelé le vieux marché (en 1141), atteste le cas que faisaient les Parisiens de cet emplacement, quoique déjà abandonné, puisque le roi le leur vendit moyennant 70 livres. Dans une autre charte de la même année, le nouveau marché — fondé, dit le roi, par son père — est dit situé aux Champ eaux (aujourd'hui encore les Halles). Enfin, l'on a des preuves que sous Louis VII la rive droite possédait déjà sa première enceinte, que représente assez bien le tracé de la rue de la Verrerie, de la l'ue des Lombards et de la rue Saint-Denis jusqu'au Ghâtelet, d'une part, de la rue du Roi-de-Sicile et de la rue Vieille-du-Temple jusqu'à la place Baudoyer, d'autre part.
Ainsi, du côté de l'Est, le vieux marché, siège de la corporation des mariniers ; vers l'Ouest, le nouveau marché fondé aux Ghampeaux par Louis VI, tels étaient devenus, vers la fm du xif siècle, les deux centres commerciaux de Paris. La rive gauche paraît avoir été un peu délaissée, si ce n'est à la place Maubertet sur le flanc septentrional de la montagne Sainte-Geneviève; dans l'île, les églises commençaient à se cons-
truire en grand nombre et la population s'entassait à leur ombre dans d'étroites rues.
La prospérité de Paris doit beaucoup à Philippe-Auguste. Ce n'est pas assez delà médiocre statue hissée au sommet d'une des deux colonnes delà place de la Nation, et de son nom donné tardivement (en 1864) à une avenue voisine, pour exprimer la gratitude de la cité envers l'un de ses principaux fondateurs, car il a véritablement droit à ce titre. Les Halles créées, le Louvre construit, le pavage des voies les plus importantes ordonné, le cimetière des Innocents clos de murs, étaient déjà des œuvres éminemment utiles; il fit plus encore. La plus grande partie de son règne fut employée à doter la ville d'une enceinte nouvelle qui enveloppa les deux rives de murs flanqués de tours et de courtines, précédés d'un large fossé sur lequel, en avant des portes, furent jetés des ponts-levis. Sur la rive droite, elle partait du Louvre, se dirigeait vers l'Est en passant par l'église de l'Oratoire, la Bourse du Commerce, la rue du Jour, la rue Mauconseil, se rapprochait de la rue Rambuteau, devenait parallèle à la rue des Francs-Bourgeois, puis tournant vers le Sud presque à angle droit, venait aboutir à la Seine, à hauteur du marché de l'Ave-Maria. Sur larive gauche, elle commençait en face du Louvre à la fameuse tour de Nesle, suivait la rue Mazarine, la rue Mazet, le passage du Commerce, la rue des i^055^'5-Monsieur-le-Prince, des Fossés- Saint-Jacques, contournait l'enclos de l'abbaye de Sainte-Geneviève, et redescendant vers le Nord-Est, atteignait la Seine parallèlement au tracé desrues Thouin, des Fossés-Saint- Victor [vviQ du Cardinal-Lemoine) et des Fossés-Saint-Jacques. En résumé, la partie orientale du P^' arrondissement, la majeure partie du IV«, la moitié au moins du V« et le tiers du VP furent compris dans la nouvelle clôture (1). Des fragments, parfois considérables de cette fortiftcation —tours ou parties de muraille — demeurés debout çà et là — en attestent la solidité en même temps qu'ils sont de précieux documents pour l'archéologie parisienne.
Dr. règne de Phflippe -Auguste date encore un événement gros de conséquence pour l'avenir de Paris.
Après la bataille de Fréteval, où
les bagages du roi, parmi lesquels ^ \ ,/
se trouvaient les chartes royales, c'est-à-dire les archives mêmes de la couronne, tombèrent aux mains des Anglais, Philippe-Auguste décida que, désormais, le Trésor des Chartes, — comme on l'appelait — ne suivrait plus le souverain dans ses expéd tions et serait gardé à Paris N'était-ce pas donner offi-
(1) Il va sans dire que, pour rendre plus claire la description du parcours de cette enceinte, nous avons mentionné des rues ou des édifices, à plus juste raison des divisions administratives qui n'existaient pas alors.
De plus, ces indications mêmes ne sont qu'approximatives.