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LE LOGIS DE DAME HÉROUET

A l'angle DBS RUES VIEILLB-DU-TEMPLE ET DES FRANCS-BOURGEOIS.

Phot. Gaillard, LA COUR D'HONNEUR DE L'HÔTEL CARNAVALET ET LA STATUE DE LOUIS XIV.

Rambuteau, qui aujourd'hui font la limite entre le IIP et le IV^ arrondissement. Arrivée presque à hauteur de la rue de Sévigné, elle faisait un angle droit dans la direction du sud pour gagner la Seine. Peu d'années après sa construction, un prieuré important, celui de Sainte-

Catherine-du-Val-des-Écoliers, vint s'établir dans les terrains en culture qu'elle laissait en dehors de son tracé, d'où le nom de rue Culture-Sainte-Gatherine, qui n'est devenue qu'en 1867 rue de Sévigné. Nous n'avons à parler ici que de la partie de celte rue comprise entre la rue des Francs-Bourgeois et celle du Parc-Royal; elle n'est pas longue, mais combien remplie!

Deux hôtels illustres affectés à des services municipaux, un lycée de jeunes filles, une école communale; au total, quatre drapeaux tricolores sur une longueur de 200 mètres.

De l'école, il n'y a rien à dire. Le lycée déjeunes filles s'appelle lycée Victor-Hugo. Il a été créé en 189o et présente cette disposition singulière que le corps de bâtiment en façade sur la cour sert de trait d'union entre les deux hôtels où sont conservées les collections historiques et artistiques de la ville de Paris, Carnavalet et Saint-Fargeau.

L'hôtel Carnavalet qui abrite une réunion d'œuvres d'art et de curiosité, est lui-même une œuvre d'art des plus intéressantes, des plus précieuses.

C'est de nos jours seulement qu'il a reçu cette destination. Il fut construit en 1545, par Pierre Lescot, pour Jacques des Ligneris, président au Parlement. Lescot travaillait au Louvre avec un artiste aussi illustre que lui, Jean Goujon ; il confia à Jean Goujon la décoration sculpturale de l'édifice dont il avait dressé les plans, et c'est ainsi que les quatre Saisons, sculptées sur la façade intérieure principale sont, à n'en pas douter, de la composition du maître, dessinées et achevées par lui. Après le président de Ligneris, l'hôtel passa, en 1572, à la veuve d'un seigneur breton, François de Kernevenoy. Soit malice, soit amour de l'euphonie, le peuple parisien fit de Kernevenoy, Carnavalet, et ce dernier nom a subsisté. La marquise de Sévigné habita l'hôtel pendant vingt ans, de 1677 à 1696. Ce fut le beau temps pour elle, et aussi pour Carnavalet : « Dieu merci,

écrivait-elle à sa fille, le 7 octobre 1677, nous avons l'hôtel Carnavalet. C'est une affaire admirable; nous y tiendrons tous, et nous aurons le bel air... »

L'hôtel était voisin du couvent des Annonciades, fondé en 1626, dont le lycée Victor-Hugo occupe maintenant l'emplacement ; les religieuses étaient appelées Filles bleues à cause de la couleur de leur manteau et de leur scapulaire.

A partir de la Révolution, l'hôtel devint tour à tour bureau de l'enregistrement, direction de l'imprimerie et de la librairie, école des ponts et chaussées, institution de jeunes gens, jusqu'au jour (juillet 1866) où la Ville de Paris en fit l'acquisition- pour y installer un musée historique qui, mal conçu, n'eut qu'une succès éphémère.

Les événements de 1870-1871 allaient, ici comme partout ailleurs, troubler, mo~ difier les projets antérieurs. La bibliothèque de la Ville ayant péri dans l'incendie de l'Hôtel de ville, il fut décidé qu'elle serait reconstituée dans les locaux de Carnavalet, restauré et aménagé ad Aoc.Elle eut pour premier fonds la riche collection parisienne de Jules Cousin et pour conservateur ce savant luimême qui, pendant plus de vingt ans,

TROISIÈME ARRONDISSEMENT

ne cessa de l'enrichir avec une incomparable érudition. Chargé aussi, depuis 1880, de créer dans le même établissement un musée véritablement spécial à rhistoire de Paris, Cousin fit preuve d'un grand zèle, et fut en cela secondé par Alfred de Liesville, qui abandonna généreusement sa propre collection sur l'époque révolutionnaire. Finalement, la bibliothèque et le musée ne pouvant plus rester sous le même toit, un arrêté préfectoral du 18 août 1897 les a séparés; la bibliothèque est allée à Saint-Fargeau ; le musée est resté à Carnavalet.

Sans avoir un passé aussi fameux que Carnavalet, l'hôtel Saint-Fargeau n'en a pas moins une histoire. Il date, dans son état actuel, de l'extrême fin du xvu^ siècle, et eut pour architecte Pierre Bullet. C'est Michel LePeletier, directeur des fortifications sous Louis XIV qui le fit construire. L'édifice porte l'empreinte de son temps : façades sévères, large escalier de pierre à la rampe de fer habilement ciselée, salles spacieuses aux hauts plafonds. Jusqu'à la Révolution, il resta dans là même famille; il appartint donc à Le Pelletier de Saint-Fargeau, le célèbre conventionnel assassiné le 20 janvier 1793 pour avoir voté la mort de Louis XYI.

Après lui, ses héritiers occupèrent l'hôtel pendant une vingtaine d'années, puis le mirent en location et finalement en vente. Parmi ses habitants, nous n'avons guère qu'à citer l'institution Jauffret, dont certains élèves, au temps de Louis-Philippe, firent la renommée par leurs succès : 4bout, Sarcey, les fils de Victor Hugo, Ulbach, Zeller, etc.

En 189o, le Conseil municipal a voté l'acquisition de l'hôtel, ou plutôt la location avec promesse de vente, au prix de 78000 francs par an pendant douze ans, intérêts compris, l'immeuble étant évalué à 1 950 000 francs.

Aussitôt après, les travaux d'aménagement pour la bibliothèque historique commencèrent, et l'ouverture au public a eu lieu le 2 mai 1898.

La rue Payenne circonscrit à l'ouest la plupart des édifices que nous venons de décrire. A son extrémité nord, on retrouve la rue du Parc-Royal ; de là, il faut errer un peu à l'aventure ; nous sommes en plein cœur du Marais, et à chaque pas se présentent des construcfions qui, visiblement, ne furent pas faites pour la destination industrielle qu'elles ont aujourd'hui. Parmi les hôtels restés debout, il faut citer l'hôtel Salé, à fangle des rues de Thorigny et de celle des Coutures- Saint-Gervais, d'un luxe de haut goût, grâce surtout à son escalier superbe ; il fut construit vers 1660 par un certain Aubert de Fontenay, traitant enrichi dans les gabelles, c'est-à-dire dans l'impôt du sel ; d'où le nom satirique donné . par le peuple à sa demeure. L'hôtel Salé fut, de 1829 à 1884, le siège de l'École centrale des arts et manufactures.

L'industrie du bronze y règne aujourd'hui.

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