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L'HÔTEL CARNAVALET

d'aujourd'hui et d'autrefois surtout, avec la place de la Bépublique, dont la région la plus animée n'est pas non plus de notre domaine actuel. L'édilité ne s'est pas mise en frais d'imagination pour leur trouver des noms : boulevards Saint-Denis, Saint-Martin, du Temiple^

des Filles -du -Calvaire, ce sont les vocables mêmes des rues qui viennent y aboutir.

Celui du boulevard Beaumarchais a seul quelque originalité. En le choisissant, a-t-on voulu rappeler ce que les écrits de Beaumarchais ont pu faire pour mûrir la chute de la Bastille , auquel cette voie aboutit, ou simplement rappeler que l'auteur du Mariage de Figaro eut là sa maison , presque sur la place même de la Bastille? La dénomination date de 1831 ; avant, c'était tout prosaïquement le boulevard Saint- Antoine.

Donc, peu de choses à signaler sur ce parcours. Jusqu'à la place de la République, c'est bien encore la vie des grands boulevards, et au débouché de la rue du Temple rien de plus pittoresque à voir, entre six et sept heures du soir, que le spectacle de la marée humaine qui monte du cœur de Paris pour rentrer au faubourg ; mais à partir de ce point, les boulevards prennent une physionomie quelque peu provinciale ; ils se ressentent du voisinage du Marais. Omnibus et tramways y passent sans cesse et avec fracas, mais les larges trottoirs ne sont jamais encombrés, et, devant leur porte, les habitants s'installent volontiers sur une chaise « pour voir passer le monde )>. Le théâtre auquel la célèbre Déjazet a donné son nom a été construit vers 1830, sous le nom de Folies- Mayer, qu'il changea ensuite en Folies-Nouvelles. Non loin de là était

le Jardin turc, où, dit un Guide de 1830, « les dames du Marais viennent pour se distraire du silence et de l'ennui qui régnent dans leur quartier désert ». C'est aujourd'hui le restaurant Bonvalet.

D'oii vient ce nom que porte la rue du Pont-aux-Choux"^ D'un terrain où se cultivait alors cet utile légume et qui était voisin du pont jeté sur l'égout que recouvre la rue de ïurenne. La rue de l'Oseille la prolongeait; elle se nomme aujourd'hui rue de Poitou. On chercherait en vain sur les plans anciens la rue des Arquebusiers; elle y existe cependant, mais sous le nom de rue de Harlay ; sa dénomination actuelle date seulement de 1879; c'est donc une heureuse restitution, le souvenir restauré du jardin longeant les remparts où les arquebusiers venaient s'exercer. L'administration a bien fait aussi de rendre à la rue du Pas-de-la- Mule son ancien nom, que l'on avait, pendant quelque temps, supprimé au profit de la rue des Vosges, dont cette voie est le prolongement. C'était celui d'une enseigne, bien justifiée par la pente qu'offre la rue avant d'atteindre le boulevard, et l'on ne

ailîavd.

peut se défendre d'évoquer l'image d'un vieux magistrat du temps de Louis XIII, cheminant sur sa mule, comme c'était alors l'usage. La nie des Tournelles ne nous appartient que par moitié ; dans l'historique du IV® arrondissement il sera traité d'elle, de ses habitants d'autrefois et du palais dont elle a gardé le nom.

Le Marais. — Nous n'avons fait encore que côtoyer le Marais; il est temps d'y pénétrer. C'est la partie la moins ancienne de Farrondissement, mais aussi celle où abondent en plus grand nombre les hôtels majestueux, où revivent en foule le^ souvenirs des deux derniers siècles de l'ancien régime.

En tant que quartier habité, il ne date que de Henri IV. C'est ce roi qui songea à construire sur l'emplacement du palais des Tournelles la place Royale (place des Vosges), œuvre achevée seulement sous Louis XIII.

La vogue fut tout de suite très grande en faveur du nouveau quartier; tout le monde aurait voulu y avoir son logis, à défaut d'hôtel. L'artère principale fut, dès l'origine, la rue de Turenne , que l'on nommait alors rue Saint-Louis, et même grande rue Saint-Louis (la dénomination actuelle date de 1865, après avoir été donnée une première fois en 1806 et retirée en 1814). Turenne y demeura vers 1660 ; en 1675, son hôtel passa au cardinal de Bouillon, qui le vendit, quelques années après, aux religieuses du Saint- Sacrement, ses voisines, pour être annexé à leur monastère. L'église de ce monastère a été conservée comme paroisse sous le vocable de Saint-Denisdu Saint-Sacrement ; c'est une construction des plus médiocres.

Non loin de là, à l'extrémité nord de la place Royale, le couvent des Minimes s'était installé, dès 1610, sur une partie des dépendances de l'hôtel des Tournelles; ces religieux n'y firent pas grand bruit pendant les cent quatre-vingts ans qu'ils l'occupèrent. Leurs bâtiments, devenus propriété nationale en l'/OO, sont affectés, depuis 1823, à un casernement de la garde de Paris. Le nom de la rwe du Parc-Royal rappelle aussi le voisinage des jardins des Tournelles.

L'enceinte de Philippe-Auguste, nous le disions en tête de ce chapitre, était sensiblement parallèle aux rues des Francs-Bourgeois et de

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