‹ Paris--atlasChapitre 60 sur 339 · L'HOTEL DE SENS · texte numérisé non relu

L'HOTEL DE SENS

municipaux allumaient le feu de la Saint-Jean, — là que Ton brûlait, écartelait les criminels de marque : Ravaillac, la Brinvilliers, Damiens, tant d'autres. Certes, alors, le supplice suprême n'était pas comme maintenant, caché aux yeux du public, sur le seuil d'une prison; c'était au grand jour, vers quatre heures, et la foule y accourait comme au plus enivrant des spectacles.

Croyez-en M°^^ de Sévigné , venue pour contempler la mort de la Brinvilliers et un peu dépitée de n'avoir vu qu'une cornette. « Jamais, dit-elle, il ne s'est vu tant de monde, ni Paris si ému, ni si attentif. » Aujourd'hui, ce vaste espace est réservé, rarement d'ailleurs, à des solennités ayant un caractère municipal; la plus belle page de ses annales aura été, à notre époque, la réception à l'Hôtel de ville de l'empereur et de l'impératrice de Russie, le 7 octobre 1896. L'usage, pour les ouvriers sans travail, de s'y réunir, de se mettre en grève, n'est plus qu'un souvenir.

Devant l'Hôtel de ville, la bergo de la Seine descend en pente douce jusqu'au fleuve ; elle justifie bien le nom de Grève donné autrefois à la place, lorsque le quai n'existait pas encore ; il y a là un coin pittoresque à voir, c'est le Mail, marché aux pommes .et aux poires qui se fait dans de grandes péniches amarrées perpendiculairement au cours de l'eau jusque sous le pont Louis-Philippe ; il va sans dire que le Mail n'est tenu que pendant les mois des fruits d'hiver.

La rue de Rivoli coupe en deux parties égales. Nord et Sud, le quartûrSaint-Gervais, que limitent latéralement à l'Ouest les rues Lobau et des Archives, à l'Est les rues de Turenne et Saint-Paul. L'église Saint- Gervais, a le privilège d'être la paroisse la plus anciennement créée sur la rive dr^i^^^^^deJiu-Smie ; elle existait en 560 ; dans son état actuel, c'est un bel. édifice du xv^ siècle, remanié à la fm du xvi^ siècle, auquel Salomon de Brosse (et non Jacques comme on l'a si longtemps cru) ajouta le portail vermiculé dont Louis XIH avait posé la première pierre, le 24 juillet 1616 et qui fut terminé en cinq ans. Aux deux derniers siècles on admirait fort cette façade qui nous laisse aujourd'hui assez froids. Jaillot s'écrie : « C'est un chef-d'œuvre d'architecture, auquel, pour me servir des termes d'un auteur célèbre (M. de Voltaire), il ne manque qu'une place et des admirateurs. » La place a été créée, un peu de travers, il est vrai, mais les admirateurs ne semblent pas y être à l'étroit. Ce qui manque, en revanche, c'est ce vieil orme Saint-Gervais (( qui offusque le portail et gêne la voie publique )> (toujours d'après Jaillot), sous lequel au moyen âge se rendait la justice locale. On souhaiterait l'y voir encore verdoyant, vénérable témoin des temps passés. Il n'y a que dix ans que la rue des ^ Archives a été soumise à l'alignement dans le IV^ arrondissement. Avant, elle se composait d'une série de rues étroites et tortueuses, dites des Deux-Portes, des Rillettes, de rilomme-Armé, du Chaume. Au xni« siècle, trois couvents d'hommes furent fondés dans ce canton : celui de Sainte-Groix-de-la-Bretonnerie, circonscrit entre la rue de ce nom et celle du Plâtre ; il n'en reste plus trace aujourd'hui ; celui des Carmes Billettes, construit en 1299 sur l'emplacement de la maison où un juif avaif fait bouillir une hostie consacrée : « la maison où Dieu fust bouillis », dont a subsisté un charmant petit cloître du XV® siècle et une église médiocre datant de 1756, devenue temple protestant ; enfin, celui des Blancs-Manteaux*

Ces derniers s'y installèrent en 1258, sous le nom de serfs de la Vierge.

Les Blancs-Manteaux disparurent peu après. Dans leur maison déserte

vint se fixer, au siècle suivant, la communauté des Guillemites installés

jusque-là à Montrouge. Ces religieux avaient des manteaux noirs, mais

FAÇADE DE L'ÉGLISE S AINT-GERYAIS.

le premier surnom prévalut. Vers 1618, la règle bénédictine leur fut appliquée, et vers la fm de l'ancien régime, quelques-uns d'entre eux illustrèrent le monastère par leur érudition. Leur église, reconstruite peu après cette réforme, est restée paroissiale. Quant aux bâtiments conventuels aliénés en l'an V, ils furent démolis et sur leur emplacement s'éleva le Mont-de-piété, institution dont la prospérité justifie le but, bien qu'elle ne soit que la substitution de l'administration aux particuliers dans l'opération du prêt sur gages ou sur titres, et qu'elle n'y ait pas perdu tout caractère usuraire.

En 1878, la construction de bâtiments nouveaux sur le côté Ouest de l'édifice amena la mise au jour d'une tour de l'enceinte de Philippe- Auguste, que l'on savait d'ailleurs avoir existé sur ce point. Les tours qui flanquaient cette enceinte étaient carrées ; la forme de celle qu'on a retrouvée là ne le laisserait guère supposer, car elle est cylindrique ; c'est que, par la suite des temps, cette fortification n'ayant plus d'utilité pratique avait été englobée dans des maisons particulières et modifiée suivant les besoins. La préfecture de la Seine, dont relève le Mont-de-piété, n'en a pas moins eu grand raison d'honorer d'une restauration ce respectable débris du xni« siècle.

A signaler enfin, rue des Archives, 40, l'école de filles en ce qu'elle occupe les locaux de l'ancienne mairie du IV^ (autrefois YII^) arrondissement.

Comme son nom l'indique, la rue du Bour-Tibourg traversait jadis un

Page 1