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LE PONT D'ARCOLE

sort de presque tous nos squares.

Dans la baie quaclrangulaire (moderne) de l'entresol, élevé de quelques marches, est une statue de Biaise Pascal par Cavelier. C'est la commémoration des fameuses expériences faites par Pascal, au sommet de la tour, sur la pesanteur de l'air. Certains esprits, qui veulent toujours tout remettre en question, avaient prétendu que ces expériences avaient eu lieu sur la tour de Saint- Jacques-du-Haut-Pas, située, il est vrai, beaucoup plus haut, mais on leur a opposé le texte formel de Pascal lui-même : « Je fis l'expérience ordinaire du vuide au haut et au bas de la tour de Saint-Jacques-dela-Boucheri^T^ïau^de 24 à 25 toises... »

La tradition de Pakîal s'est perpétuée par l'observatoire météorologique municipal installé au haut de la tour.

Le souvenir de Nicolas Flamel et de dame Pernelle, sa femme, est consacré par la dénomination de deux rues voisines. Ils vivaient au commencement du xv® siècle ; Flamel fut maître écrivain de l'Université, alchimiste convaincu, et — ce qui peut paraître un peu contradictoire — bienfaiteur de l'humanité. Nous avons signalé (III^ arrondissement, p. 32) la maison de la rue de Montmorency, donnée par lui aux pauvres; l'église Saint-Jacques-de-la-Boucherie fut aussi l'objet de nombreux bienfaits de sa part. Il possédait d'ailleurs plusieurs maisons à Paris; en voici une preuve, encore inédite, tirée d'un carton des Archives nationales : c'est le bail, fait le 29 janvier 1411, par « Nicolas Flamel, escripvain, demourant à Paris lès Saint Jacques de la Boucherie, à Colin Herbelot, marchand de vin demourant à Paris devant l'ostel qui fut feu monseigneur le duc d'Orléans, et qui à présent est au duc de Hollande en la rue de la Poterne-Saint-Pol... «, d'une maison sise dans ladite rue de la Poterne, aboutissant par derrière aux murs des jardins de l'hôtel des Béguines. Cette rue se nomme maintenant rue de Jouy et appartient aussi au IV^ aiTondis sèment.

En souvenir de la visite faite par la reine d'Angleterre à l'Hôtel de ville, le 23 août 1855, le boulevard de l'Hôtel-de-Yille, percé l'année précédente, prit le nom d'avenue Victoria, jolie voie, bien bâtie, bordée d'arbres, mais qui, malheureusement, se termine en impasse, ou à peu près. A l'angle qu'elle forme avec le boulevard de Sébastopol a été construit, en 1862, par l'architecte Davioud, pour le compte de la

ViHe, le Théâtre Sarah-Bernhardt, qui a eu des fortunes bien diverses, parmi lesquelles Fhonneur d'avoir fourni aux grandes œuvres de Gounod leur scène de début. Il périclitait quelque peu, sous le nom de théâtre des Nations, quand l'incendie de l'Opéra-Comique lui valut le nouvel honneur d'être, pendant onze ans, de 1887 à 1898, notre second théâtre de musique. Il est aujourd'hui sous les auspices de l'artiste dont il porte le nom.

Hôtel de ville. — Après avoir eu son siège dans différents quartiers de la ville, à la vallée de Misère, sur la montagne Sainte-Geneviève, près du grand Châtelet, le « Parloir aux bourgeois » vint se fixer, en 1357, dans la Maison aux Piliers de la place de Grève, dont Charles V avait hérité des derniers dauphins de Viennois, et que Etienne Marcel, prévôt des mardi a n d s , lui acheta, un peu malgré lui, pour la Ville, au prix de 2,800 livres parisis. Il était impossible de choisir un meilleur emplace ment. Depuis Louis VII , la Grève appartenait aux bourgeois, qui avaient payé 70 livres le droit d'empêcher qu'on n'y ' construisît nulle maison. Et la Seine coulait là, la Seine à qui la corporation des marchands par eau — les anciens nautes du temps de Tibère — devait sa prospérité au point d'être devenue l'administration municipale entrée de l^église sainï-merri. même, avec son (^^e i»e la verrerie.)

chef comme prévôt des marchands, disputant dès Philippe- Auguste, au prévôt de Paris, délégué du pouvoir royal, le droit de gérer les intérêts de la cité.

Au XVI® siècle, le corps municipal, constitué et puissant comme il l'était dès lors, se sentit bien à l'étroit dans cette étrange maison, composée àe plusieurs petits logis, où il y avait, dit Sauvai, deux cours, un poulailler, des étuves, une chapelle, une chambre de parade, une autre appelée le plaidoyer.

Il décida la construction d'une maison de ville digne de Paris, et François P'^ tint à être juge des plans qui seraient dressés à cet effet. On ne doute plus guère aujourd'hui qu'ils n'aient été l'œuvre d'un architecte italien, Dominique de Gortone, dit le Boccador, avec le concours, pour l'exécution, d'un maître es œuvres de maçonnerie, Pierre Ghambiges. La première pierre du nouvel édifice fut posée en grande solennité, le 15 juillet 1533. Bien des causes, et surtout les guerres étrangères et religieuses, en retardèrent l'achèvement.

L'honneur reste à François Miron, prévôt des marchands sous Henri IV, d'avoir enfin, en 1606, terminé ce grand œuvre.

Encore fallut-il qu'il y contribuât, pour une bonne part, de ses propres deniers ; exemple digne d'être proposé, mais sans grande chance qu'il soit souvent suivi !

La (c figure et pourtrait )> de Henri IV à cheval fut sculpté par Pierre Biard au-dessus de la porte du bâtiment central.

Sous Louis-Philippe, l'Hôtel de ville fut agrandi, au Nord, du terrain qu'occupait l'hôpital ,du Saint-Esprit, accolé depuis 1362 à la maison aux Piliers ; à l'Est, par une emprise du même genre faite sur l'ancienne église de Saini-Jean-en-Grève, d'où le nom de salle Saint-Jean, conservé depuis à cqite partie de l'édifice; mais le bâtiment principal, celui qu'avait mené/à point François Miron, n'avait pas varié d'apect.

LA STATUE D'ÉTIExNNE MARCEL.

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LA PLACE DE L'HOTEL DE VILLE. (A gauche, l'Hôtel de ville; au fond, leglise Notre-Dame.,

Dire les événements dont le palais municipal fut le théâtre, ce serait faire ici non pas seulement l'histoire de Paris, mais celle de la France même : son rôle sous Etienne Marcel, puis pendant la Ligue, avec les Seize, puis sous la Fronde, lorsque W^^ de Montpensier y venait prendre le mot d'ordre qui, à l'aide du canon de la Bastille, sauva Condé ; le banquet oiîert par le corps de ville, en 1686, à Louis XIV, et l'érection de sa statue, œuvre de Goysevox, dans l'une des cours, le 14 juillet 1689, en souvenir de ce banquet. Et cent ans plus tard, jour pour jour : le matin, les armes, la poudre fournies par l'Hôtel de ville pour l'attaque de la Bastille, le soir les sanglants résultats de la victoire, la tête de de Launay apportée au bout d'une picrue, et peu après le meurtre de Flesselles, et le surlendemain la visite de Louis XVI.

Rappelons les orages qui y grondèrent pendant les assemblées révolutionnaires de la Commune de Paris, Robespierre qui y cherche vainement un asile, le 9 thermidor, et est réduit, sans y réussir davantage, à se donner la mort. Et toutes les révolutions du xix^ siècle ayant là leur dénouement et leur triomphe : la déchéance de l'Empire, celle de Charles X, après un sanglant combat sur la place et sur le pont d'Arcole, la République de 1848, proclamée dans ses salles, et aussi celle du 4 septembre.

Tant de souvenirs glorieux, tragiques, heureux, où l'âme de Paris avait palpité, ne désarmèrent pas la fureur des guerres civiles ; ils périssaient tous dans les llammes, avec le monument lui-même, le 24 mai 1871.

Au lendemain de ce désastre, les pouvoirs publics décidèrent qu'il serait réparé. Un arrêté préfectoral du 23 juillet 1872 fixa le programme du concours et son dernier délai au 31 janvier de l'année suivante. Parmi les soixante-six projets soumis au jury, celui de Ballu et Deperthes fut agréé. Dix années (1873- 1883) ont été nécessaires pour son exécution, et les deux architectes ont eu la joie de voir leur œuvre achevée, car Ballu est mort en 1885 et Deperthes en 1898.

Dans son ensemble, le palais municipal, de style Renaissance, rappelle d'une façon frappante le plan et l'aspect général de l'ancien édifice : un large bâtiment central accompagné de quatre pavillons d'angle; il est monumental et grandiose, mais sans la moindre lourdeur. A vrai dire, la beauté architecturale ne réside guère que dans les façades, et les bâtiments, vus des cours intérieures, n'ont rien de remarquable. 11 faut cependant citer de charmants escaliers en tourelles, imités de ceux de Chambord, et surtout recommander la visite

attentive des salles de fêtes, dont la décoration artistique, confiée à nos meilleurs artistes, s'enrichit chaque année d'œuvres nouvelles. On verra là que, quand elle le veut, la Ville de Paris peut rivaliser, pour la munificence, avec les palais des plus puissants monarques.

Les façades iDrincipales ont une longueur de 143 mètres; celles qui prennent jour sur la rue de Rivoli et le quai, de 80 mètres ; le campanile est haut de 50 mètres. Une heureuse idée a été de décorer l'édifice des statues de personnages célèbres dont Paris et la France sont fiers. Il faut mentionner à part l'altière statue équestre d'Etienne Marcel, œuvre des sculpteurs Idrac et Marqueste, dans les jardins du préfet (façade sur la Seine).

La place de P Hôtel -de -Ville n'est ainsi nommée que depuis 1806; avant, c'était la place de Grève, fameuse entre toutes dans l'histoire de Paris, véritable vestibule de l'Hôtel de ville, les jours de grandes émotions. C'est aussi le lieu où chaque année, le 24 juin, les magistrats

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QUATRIÈME ARRONDISSEMENT

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