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UNE DES FAÇADES DE LA PLACE DES VOSGES

l'entrée du lycée Charlemagne, installé, depuis 1804, dans les bâtiments restaurés en grande partie de la maison professe des jésuites. Cette allée a un caractère archéologique; elle représente le tracé de l'enceinte de Philippe-Auguste.

Elle avait été fondée en 1580. Son église, maintenant paroisse sous le nom de Saint-Paul-Saint-Louis, fut construite de 1627 à 1G41 sur les plans du P. Martellange, architecte des jésuites. L'édifice, à l'intérieur, ne manque pas de majesté, mais sa façade porte le cachet de ce style dit jésuite que nous rie pouvons nous résigner à trouver beau. Elle offre cette particularité d'avoir au-dessous de la grande horloge un cadran, lumineux la nuit, où l'indication de l'heure, donnée en chiffres romains, se complète pour chaque minute, marquée en chiffres arabes.

Cette église contient encore les inscriptions funéraires de personnages illustres qui y furent inhumés. Les deux bénitiers placés à l'entrée de la nef passent pour avoir été donnés par Victor Hugo, lors du baptême de son premier fils, né place des Vosges. C'est en 1802 que le service paroissial fut transféré dans l'ancienne église des jésuites, pour rempla^cer l'église Saint-Paul, dont nous parlons plus bas. Quant à la maison professe, dès 1768, elle était devenue le siège du prieuré de Sainte-Gatherine-du-Val-des-Écoliers, situé de l'autre côté de la rue Saint- Antoine.

Il ne reste plus rien, que le souvenir, de ce prieuré d'hommes, -foïïïé en 1229 par les sergents d'armes de Philippe -Auguste en accomplissement du vœu qu'ils avaient formé pendant la bataille de Bouvines — quinze ans avant — si la victoire leur restait. La fondation prospéra, car jusqu'à la Révolution, le prieuré eut toujours des revenus bien supérieurs à ses charges. Dès le xvi« siècle, il avait aliéné une partie des terrains de son riche enclos, la culture Sainte-Catherine dont la rue de Sévigné a si longtemps porté le nom; au siècle suivant, il vendit le reste, lorsque la mode et le bel air se fixèrent au Marais. A leur tour, les bâtiments monastiques furent, achetés par le roi en 1767, au prix de 400,000 livres pour l'établissement d'un marché qui ne lut achevé qu'en 1783. C'est le petit et vieillot marché Sainte-Catherine. On donna aux rues adjacentes les noms des personnages qui avaient traité cette opération : Alexandre de Tarente était alors prieur de Sainte- Catherine ; Necker, ministre; cVOrmesson, contrôleur des finances; C«ro?î, maître des bâtiments du roi.

De l'autre côté de la rue de Sévigné, la caserne des sapeurs-pompiers occupe une partie de remplacement d'une prison, la Force, établie dans l'hôtel des ducs de La Force en 1780. Le nom s'appliquait bien à la destination. Pendant la Terreur, la Force reçut un grand nombre de prisonniers, parmi lesquels la malheureuse princesse de Lamballe. Une ordonnance royale de 1840 décida la translation de cette sinistre geôle dans un bâtiment à construire en bordure du boulevard Mazas, et la nuit du 19 au 20 mai 1850 suffit à transporter de la Force à la Nouvelle-Force (Mazas) les 840 détenus qui y étaient gardés. La rue Malhcr a été ouverte

sur l'étroite rue des Ballets où était l'entrée de la prison, et des maisons de rapport s'y sont promptement bâties. Un mur de la Force est encore debout, cependant. Sa hauteur fait frémir; elle n'empêcha pas, néanmoins, un prisonnier de reconquérir la liberté en 1840; Victor Hugo a dramatisé cette évasion dans un des plus beaux chapitres des Misérables.

Le mur de Philippe-Auguste séparait jadis l'ancien hôtel de La Force de celui que l'on nomme aujourd'hui hôtel Lamoignon. A ses vastes jardins ont succédé des maisons de rapport, mais il en reste une très belle façade (à l'angle des rues Pavée et des Francs-Bourgeois). Il avait été construit pour Diane de France, « sœur légitimée des rois, duchesse d'Angoulême », au commencement du xvu^ siècle. Plus tard, il appartint à la famille Lamoignon, dont il a gardé le nom ; aujourd'hui, l'industrie se le partage, mais en le respectant.

Presque rien à dire du pâté de maisons circonscrit parles rues Pavée à l'Est, Vieille-du-Temple à l'Ouest. Il était bâti dès le xin<^ siècle, ainsi que l'attestent les mentions que l'on trouve à cette époque de la plupart de ses rues : la rue du Roi-de-Sicile doit son nom à l'hôtel de Charles d'Anjou, frère de saint Louis, précisément l'hôtel qui passa aux ducs de La Force ; la rue des Ecou/fes existait en 1233 ; son nom signifie sans doute étoffes; la rue des Juifs est moins ancienne, du moins sous ce nom, mais une tradition bien ancienne et qui se vérifie encore actuellement en faisait une résidence plus spécialement affectée aux juifs ; la rue des Rosiers, moins jolie que son nom, est aussi contemporaine de saint Louis.

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