L'ÉLÉPHANT
(Sculpture de la façade de Notre-Dame.)
Phot. Neurdeîn, LE TOMBEAU DU DUC D'HARCOURT, par Pigalle. (Notre-Dame.)
auraient pu être célébrées sur tout autre point.
Dans la rue de Birague, qui par le « pavillon du Roi »
relie la place à la rue Saint-Antoine, se voit, au n^ 10, la maison mortuaire de Lakanal.
Rue des Tournelles, nous signalerons la belle synag'og'ue achevée en 187o — et, dans un tout autre ordre d'idées, au n° 28, l'emplacement de la maison qu'habita Ninon de Lenclos.
Le boulevard Beaumarchais n'appartient que sur un faible parcours au IV« arrondissement. Une maison
de rapport a récemment remplacé, au n^ 25, le théâtre Beaumarchais, qui avait été fondé en 1837.
La Cité constitue, avec l'île Saint-Louis, le quartier Notre-Dame, qui est le 16« quartier de Paris. En commençant ce chapitre, nous disions que là est le berceau de Paris. II est constant, en effet, que c'est dans cette île que vécurent les plus anciens habitants de Lutèce, cette tribu des Parisii qui, avec Camulogène à sa tête, résista si vaillamment, dans les plaines voisines, aux troupes romaines commandées par Labiénus. Elle succomba sous le nombre, subit la conquête et dut s'accommoder avec le vainqueur. Peu après, adonnés à la navigation, sous le nom de nautes, les Parisiens élevaient à Jupiter, à Mars, à Vulcain, un autel, dont on retrouva heureusement les fragments en 1711, lors d'une fouille faite sous le chœur de Notre-Damie. L'inscription constatant cet hommage aux divinités païennes précise qu'il fut fait sous le règne de Tibère.
D'autre part, de nouvelles fouilles, faites, les premières en 1847, les secondes à la fm de l'année 1897, amenèrent la découverte d'une muraille d'enceinte datant de l'époque gallo-romaine, et construite — fait bien curieux aussi — avec des pierres provenant des arènes de la rue Monge, dont nous parlerons en traitant du V« arrondissement. Ces vestiges de fortifications ont été retrouvés à la pointe orientale de la Gité ; il n'est pas douteux que l'enceinte était continue.
Au cours des siècles, l'île se peupla chaque jour davantage. Alors que Paris commençait à déborder sur les deux rives au point d'y former bientôt deux véritables villes, la Gité, semble-t-il, aurait dû voir diminuer le nombre de ses habitants ; ce fut le contraire : on ne sait quel fanatisme poussait les gens à s'y entasser dans les maisons malsaines de rues sombres et sans air ; il est prodigieux qu'à la veille de la Révolution on y comptât onze paroisses, alors qu'il n'y en avait que seize sur la rive droite et sept sur la rive gauche. Sauf en ce qui concerne ce nombre invraisemblable d'églises, qui disparurent presque toutes avec l'ancien régime, rien ne fut changé à l'aspect de la Gité pendant la première moitié du xix« siècle ; elle conservait toujours son dédale de rues tortueuses bordées de vieilles masures ; Haussmann y porta le premier coup de pioche en faisant la large trouée du boulevard du Palais, supprimant la rue de la Barillerie qui reliait en serpentant le pont Saint-Michel au pont au Ghange; peu après fut ordonné le percement de la rue de la Cité, absorbant les vieilles rues du Marché-Palu, de la Juiverie et de la Vieille-Lanterne ; puis, celui de la rue de Lw^èce (d'abord rue de Gonstantine), reliant les deux voies précédentes. Là où l'air avait manqué durant tant de siècles, il y en avait pour ainsi dire trop, tout à coup ; dans ces vastes espaces se construisirent des
QUATRIÈME ARRONDISSEMExNT
Phot. Neurdeîn.
CHEMIN DE CROIX DU XIII« SIÈCLE, FAISANT LE POURTOUR DU CHŒUR DE NOTRE-DAME.
édifices d'un ton très moderne : le Tribunal de Commerce, lourde bâtisse quVcrase un dôme insolite ; la Caserne de la Cité, devenue préfecture de police; l'Hôtel-Dieu, qui est une autre caserne. On se prend à regretter l'ancienne Cité, à penser qu'il en reste trop peu déjà, entre Notre-Dame et le grand bras de la Seine, à s'indigner presque en voyant que dans ce peu qui restait, dans les rues du Cloître^ des Chanoines, des Ursins, les grandes bâtisses à sept étages succèdent aux vieux logis et font à la cathédrale un encadrement parfois disparate.
Notre-Dame, à tous ces rajeunissements de l'île, aura gagné cependant d'apparaître mieux en lumière, et c'est ce qui les excuse. Paris n'a pas de plus beau monument; il est en France des cathédrales plus vastes, il n'en est pas dont l'ordonnance générale soit plus harmonieuse. De quelque côté qu'on l'admire, devant la façade, ou de la rive gauche, ou à la pointe de l'île, ou le long de l'aile Nord, dans la rue du Cloître, il est impossible de trouver plus de pureté et plus de noblesse dans le style.
^ L'église de Notre-Dame est bâtie en forme de croix latine. Deux tours carrées couronnent la façade occidentale. Une flèche élégante s'élève au point d'intersection des quatre branches de la croix. On pénètre dans l'édifice par six portes. La largeur de l'église est de 130 mètres; sa largeur dans la croisée est de 48 mètres ; la hauteur de la maîtresse voûte est de 35 mètres et le développement de la façade de 40 mètres. Trois portails percent la façade de Notre-Dame. Le portail du milieu se nomme le grand portail ou portail du Jugement; au nord se trouve le portail de la Vierge; au midi le portail de Sainte- Anne. Ces trois portes en ogive s'ouvrent sous des voussures profondes, ornées avec un grand art ; ' elles sont surchargées de tympans sculptés.
La première pierre de l'édifice fut posée sous Louis VII, en 1163, par le pape Alexandre III.
La construction ne fut pas définitive avant 1260 (la façade méridionale porte la date de 1257) et néanmoins rien dans l'ensemble, tant le plan avait été bien conçu, ne laisserait supposer que c'est là l'œuvre d'un siècle. Le monument n'a qu'à peine souffert de l'injure du temps; celle des hommes, en revanche, lui a été fort sensible. Aux deux siècles derniers on n'aimait plus le gothique, et on le fit bien voir à Notre- Dame : Louis XIV et Louis XV firent les modifications les plus sottes à l'intérieur de l'édifice en supprimant la clôture du chœur, en abattant le jubé, en substituant du verre blanc aux magnifiques vitraux en grisaille du xni^ siècle, sauf aux roses de la façade. La Révolution, plus aveugle encore, détruisit la flèche centrale et démolit toutes les statues des façades, notamment cette suite si curieuse des statues des rois de France. Tant de vandalisme a été réparé autant qu'il était possible. Après des restaurations partielles accomplies par des architectes ignorants des principes de l'art architectural du moyen âge, et dont chacune entraînait la mutilation d'une partie du monument, la loi de 1845 consacra enfin des fonds considérables à la restauration générale de Notre-Dame. Ce travail, d'une immense difficulté, fut heureusement confié à deux hommes d'une rare compétence. Grâce à la science
profonde, aux labeurs obstinés, au goût de Viollet-le-Duc et de Lassus, la cathédrale a recouvré son antique splendeur.
Une dernière remarque :
tout le monde peut constater quelques différences entre les deux tours de la façade principale ; cette dissemblance a été expliquée par le fait que la cathédrale, lorsqu'elle fut construite, n'était que le siège d'un évêché, dépendant de l'archevêché de Sens, et que seules les cathédrales archiépiscopales avaient le privilège d'avoir des tours absolument semblables. Paris ne devint, en effet, le chef-lieu d'un archevêché qu'en 1622.
Parmi les œuvres de sculpture que renferme la cathédrale, il faut citer le tombeau du duc