LA TOUR DE NESLE ET L'ÎIOTEL DE NEVERS
sous LOUIS XIII.
Vî
ENTRÉE DU GRAND CHATELET (xvii« siècle).
Saint Louis aperçut quels dangers la royauté courait à voir grandir chaque jour devant elle un pouvoir municipal aussi étendu. Il se réserva la nomination de l'officier de justice, qui fut désormais le prévôt de Paris, et désigna pour ces fonctions un homme dont le nom est resté célèbre, Etienne Boileau, Fauteur du Livre des Métiers de Paris ^ code et règlement remarquable de toutes les associations ouvrières. Dès lors, la prévôté de Paris et la prévôté des marchands demeureront distinctes jusqu'à la Révolution, opposant presque constamment, l'une à l'autre, durant cinq siècles, les forces et l'influence sur lesquelles elles s'appuient : le roi, le peuple.
Cette opposition allait prendre pour la première fois, moins de cent ans après rinstitution de la prévôté royale, le caractère d'une lutte aiguë où la nation même aurait pu périr. Qu'il suffise de rappeler les combats que le peuple de Paris eut à livrer pendant la captivité du roi Jean, autant contre les ennemis du dehors que contre ceux du dedans. Le prévôt des marchands était Etienne Marcel. Poui^avoir aimé les Parisiens et défendu leurs libertés, il a conservé une légitime auréole de grandeur, bien que son rôle, surtout vers la fin, soit un peu obscur. On eût mieux aimé le voir rester d'accord avec le dauphin, ce sage qui fut Charles V. Les intérêts de la ville n'auraient eu qu'à y gagner, car Charles V, une fois le pays pacifié, sut montrer combien il leur était attaché.
Pour éviter le retour des dangers qu'avait fait courir à Paris l'approche de l'armée anglaise, il protégea les faubourgs de la rive droite par une nouvelle enceinte que l'on peut se représenter par
une ligne partant de la Seine vers la place du Carrousel,
LA PORTE DE LA CONFÉRENCE. (D'après une gravure du xvii" siècle.)
COUR DE L'ANCIENNE SORBONNE. (D'après une gravure du x vu « siècle.)
traversant le Palais-Royal, puis, la place des Victoires, et suivant le tracé de la rue d'Aboukir devenait parallèle aux grands boulevards jusqu'à la Bastille, d'où elle rejoignait la Seine parallèlement au canal Saint- Martin. La Bastille n'était encore qu'une porte fortifiée : elle allait peu après, par l'adjonction de quatre tours aux quatre primitives, devenir la fameuse prison que l'on sait. L'enceinte de la rive gauche, telle que l'avait faite Philippe-Auguste, ne fut pas reculée, mais renforcée sur les points faibles, et des fossés plus profonds y furent creusés.
Un autre mérite de Charles V aux yeux des Parisiens est d'avoir aimé la belle architecture et les autres arts. Il voulut avoir dans sa capitale deux palais : l'un, officiel, le Louvre, qu'il fit reconstruire presque entièrement; l'autre, une sorte de maison de campagne, bien qu'on la nommât « l'ostel solennel des grands esbattemens )>, l'hôtel Saint-Paul, composé de logis appartenant à divers propriétaires. De là, par un passage souterrain, le roi pouvait gagner la Bastille et la campagne. L'expérience de ses jeunes années l'avait rendu prudent.
Sous le règne de ce prince éclairé, Paris connut pour la première fois le cérémonial et les fêtes de la réception d'un souverain étranger. A en lire le récit, dans la relation officielle et très étendue qu'en a faite l'auteur des Grandes Chroniques de France, le souvenir s'impose à l'esprit des fêtes qu'il y a quelques années Paris offrait à l'empereur de Russie, et l'on est frappé des analogies qu'à cinq cents ans de distance présentent les deux réceptions.
C'est le 4 janvier 1378 que l'empereur allemand Charles IV, accompagné de son fils, le roi des Romains, fit son entrée dans Paris par La Chapelle. Le prévôt de Paris, le prévôt des marchands, l'y attendaient, et le prévôt de Paris le salua en ces termes : « Très excellent prince, nous les officiers du roy à Paris, le prevost des marchans et les bourgois de la bonne ville, nous venons faire la révérence et nous offrir à faire vostre bon plaisir, car ainsi le veult le roy notre seigneur et le nous a commandé. » Et l'empereur les remercia «moult gracieusement». Le cortège, composé de plus de quatre mille cavaliers, se mit en marche. A mi-chemin, il rencontra le roi, monté sur un palefroi blanc et entouré d'une foule de seigneurs. Le service d'ordre avait été réglé d'avance : « Et avoit le roy fait crier, le jour devant, que nul ne fust tant hardi d'occuper le chemin de la grant rue (la rue Saint-Denis) en venant au Palais, de gens ni de charroi, ni ne se boujassent des places où ils s'estoient mis pour veoir passer l'empereur, le roy et le roy des Romains. Et de fait, furent mis sergens pour garder au bout des rues qui viennent sur le chemin de la grant rue, qui gardoient et deffendoient le peuple de passer... »
PARIS DANS LE PASSE
LES TUILERIES AU XVIIe SIECLE (coté du cabrouse
Le lendemain, le prévôt des marchands et les échevins offrirent à l'empereur, au nom de la ville , une nef pesant 190 marcs d'argent (c'est ce que nous appelons un surtout de table), et deux grands flacons dorés et émaillés, du prix de 70 marcs d'argent ; au roi des Romains, une fontaine d'argent du poids de 93 marcs et deux grands pots d'argent de 30 marcs. Ce jour-là et les suivants furent consacrés à la visite des monuments de la ville : la Sainte-Chapelle, le Palais de justice, le Louvre, l'hôtel Saint-Paul où étaient la reine et ses enfants; puis, le château de Vincennes, celui de Beauté, à Nogent-sur- Marne, et enfin l'abbaye de Saint-Maur, où Charles IV et son fils prirent congé du roi de France.
En dépit des promesses d'alliance qui avaient été échangées en ces jours pacifiques, une longue période commence d'années lamentables pour l'histoire du pays — les plus sombres de notre histoire — et, ce qui prouve l'importance de Paris, c'est qu'il demeure le centre de toutes les luttes qui désolent le royaume, le but convoité par tous les partis. La révolte des Maillotins, les querelles des Armagnacs et des Bourguignons, les Cabochiens, l'assassinat, du duc d'Orléans, la trahison de Perrinet Le Clerc qui livre les portes de la ville à l'ennemi, Henri V et Henri VI d'Angleterre transportant leur royauté dans la capitale, . tous ces faits appartiennent au moins autant aux annales générales de la France qu'à celles de sa capitale. Plus d'un demisiècle s'écoule, ainsi marqué par les horreurs de la guerre.
Et cependant, la ville continuait à s'étendre, à se parer. Gomment dépeindre le fouillis pittoresque et charmait qu'elle offrait à l'œil au temps où Charles VII, enfin vainqueur de l'Anglais, put y rentrer sans crainte! C'était, dans un enchevêtrement de rues étroites et tortueuses, une forêt de clochers de toutes sortes et de tourelles pointues. Les maisons étaient en bois, chargées de sculptures délicates, ou bien c'étaient des logis en pierre, dont les meneaux faisaient aux fenêtres une croix naturelle. Les plus riches avaient pignon sur rue ; les artisans et les boutiquiers avaient des habitations plus modestes, d'un seul étage formant saillie, de façon à protéger le rez-de-chaussée, qu'une large baie ouverte sur Ja rue convertissait en magasin, ou pour mieux dire, en étalage, car les acheteurs restaient au dehors. A ces auvents pendaient des enseignes d'une amusante variété. Les saints et les saintes y étaient très largement représentés, mais ils n'étaient pas les seuls : le Barillet, le Gril, la Couronne, la Tête noire, l'Écu
de France, puis tous les animaux possibles," du lion au singe et à la mouche se voyaient fréquemment. D'autres étaient plaisantes : la truie qui file, le Coq hardi (perché sur le dos d'un lion) ; un K majuscule traversé par une barre, signifiant : Au grand Cabaret, etc., etc.
On a fait des volumes sur les enseignes curieuses de Paris.
Trois quartiers bien distincts constituaient l'ensemble de la ville.
La Cité occupait l'île de ce nom; l'Université , la rive gauche, et la ville proprement dite, la rive droite. Trois cent dix rues au total y serpentaient, dont la plupart ont conservé leur nom, sinon leur aspect. Leur liste complète a été conservée aux érudits dans un poème du commencement du xiv° siècle, écrit par un certain Guillot, qui, chose singulière,paraîtavoir
LA TOUR DU TEMPLE EN 17 92. eu SUrtOUt le