L'HOTEL LAMBERT
impression inoubliable de grandeur, de majesté, se dégageant dupasse sept fois séculaire dont elles demeurent les témoins muets.
Avant de quitter cet incomparable monument, nous rappellerons Tadmirable description que Victor Hugo en a faite dans son roman célèbre Notre-Dame de Paris.
Au chevet de Notre-Dame, la Morg-ue, construite en 1864, met une note triste. Vu de la Seine, le lugubre édifice masque la perspective de l'abside de la cathédrale de la façon la plus détestable, et réciproquement, vu de l'abside, il cache aux yeux l'un des plus beaux panoramas qu'offre la Seine à son entrée dans Paris. Là était, dissions-nous plus haut, l'autel élevé par les nautes du temps de Tibère aux divinités païennes. Ne seraitil pas raisonnable d'y édifier une statue de Camulogène, le vaillant défenseur de la cité des Parisiens, et de reléguer la Morgue dans quelque annexe écartée de l'Hôtel-Dieu ou de la Préfecture de police? Là, seuls les intéressés seraient admis à contempler le lamentable spectacle qui, maintenant, s'offre si complaisamment à la curiosité des badauds, et même des enfants.
Il faut signaler, dans la rue de Lutèce, vis-à-vis du Palais de justice, la statue de Théophraste Renaudot, « fondateur de la Gazette et des consultations charitables pour les pauvres malades », qui mourut en 1653. Cette statue, qui fait honneur au sculpteur A. Boucher, fut érigée en 1893,
sur l'emplacement de la maison du Grand-Coq, rue de la Calandre, oia Renaudot avait réalisé ses heureuses inspirations.
Nous ne parlerons que pour mémoire de la maison sise sur le quai aux Fleurs, où elle porte les numéros 9-11, et qu'une inscription, sans l'ombre d'authenticité ni même de vraisemblance, signale comme l'ancienne habitation d'Héloïse et d'Abélard en 1118, reconstruite en 1849. De pareilles affirmations gravées sur le marbre sont un défi au bon sens.
Trois ponts relient la Cité à la rive droite : le pont au Change, dont il a été parlé dans la notice du P'' arrondissement; le pont Notre-Dame, le plus ancien de Paris, puisque c'était le pont de la voie romaine, écroulé en 1499, refait en pierre en 1507, remanié sous le second Empire; le pont d'Arcole, pont suspendu construit en 1828, refait dans son état actuel, et dont le nom est un mystère^ A l'origine, c'était la passerelle de la Grève; on raconte qu'au cours des combats de 1830, un jeune homme y tomba, blessé à mort, en s'écriant : « Je me nomme d'Arcole », d'où le nom donné au pont. Le fait n'a pas pu, jusqu'ici, être vérifié de façon certaine.
Autant la Cité a perdu sa physionomie d'antan, autant l'île Saint- Louis a conservé la sienne, celle qu'elle eut lorsqu'elle se couvrit de maisons, dans la première moitié du xvu^ siècle. Jusque-là, elle se composait de deux îles, dont la plus grande s'appelait île Notre-Dame, et l'autre île aux Vaches. Toutes deux appartenaient aux chanoines de la cathédrale, qui les donnaient à bail aux blanchisseurs et aux tisserands. Au commencement du règne de Louis- XIII, des traités furent passés avec trois entrepreneurs, Marie, Le Regrattier et Poulletier, qui s'engagèrent à réunir les deux îlots, à y bâtir et à les relier à la rive droite par un pont, le pont Marie, construit dans l'axe du pont de la Tournelle, qui existait depuis le xiv^ siècle, entre l'île et la rive gauche. Tous ces travaux furent exécutés avec promptitude; l'île Saint-Louis bénéficia de là vogue dont jouissait alors la région de l'est, et de nombreux hôtels s'y élevèrent. Deux d'entre eux méritent une mention : l'hôtel Lambert, à la pointe orientale de l'île, et l'hôtel de Lauzun, quai d'Anjou^ 47, remarquables par la beauté de leur construction et la richesse de leur aménagement, que leurs propriétaires successifs ont su respecter. La Ville a, en 1899, acquis ce dernier au prix de 300.000 francs. Des maisons moins somptueuses, mais de très bon air encore, bordent le quai de Béthune et lui avaient valu, au siècle dernier, le nom de quai des Balcons. L'église Saint- Louis fut construite de 1664 à 1679 et n'a pas changé depuis. Ces dates en disent assez sur son style. Il faut toutefois lui faire un mérite de sa flèche ajourée, mais elle ne date que de 1765.
Le pont Saint-Louis, jeté entre la Cité et l'île Saint-Louis, de la Morgue à la rue du Bellay, remplace l'ancien pont Rouge, construit en bois en 1614, reconstruit de même en 1717. Le pont Louis-Philippe,