‹ Paris--atlasChapitre 92 sur 339 · LE PALAIS DU SÉNAT · texte numérisé non relu

LE PALAIS DU SÉNAT

(Entrée principale sur la rue de Vaugirard.)

sa lettre, encore inédite, que nous avons trouvée dans une liasse des Archives nationales :

Monsieur le Préfet,

Vous avez soumis à mon examen, le 17 août, dernier, une proposition qui a pour objet le changement du nom de la rue Dauphine, à Paris, qui reprendrait celui de Thionville.

Vous rappelez que la rue Dauphine existe depuis 1607 et qu'elle tire son nom du Dauphin qui fut Louis XIII ; qu'elle prit le nom de Thionville, le 27 octobre 1792 conformément à un arrêté de la commune de Paris, qui voulut consacrer la mémorable résistance que lek\ habitants de la cité ainsi dénommée oi^posèrent, à cette époque, à l'invasion étrangère; que son ancienne dénomination lui fut rendue en 1814 et qu'elle l'a conservée; qu'à la fin de 1830, une députation de la ville de Thionville sollicita la remise en vigueur de cet arrêté, et qu'aujourd'hui quelques habitants de cette rue manifestent le désir de lui voir, en effet, restituer un nom qui rappelle un souvenir glorieux.

Vous appuyez ces vœux.

Je ne vois aucun inconvénient. Monsieur le Préfet, à ce qu'ils soient favorablement accueillis. Je vous autorise, en conséquence, à donner à la rue dont il s'agit le nom de Thionville, et à prendre les mesures que cette substitution peut exiger.

Recevez, etc.

Entre la rue Dauphine et la place Saint-

PALAIS DU LUXEMBOURG; FAÇADE DONNANT SUR LE JARDIN. (A gauche, les tours de Saint-Sulpice.)

Michel, se trouve tout un réseau de rues vieillottes où le passant est surpris de rencontrer fréquemment des constructions d'assez grand

FAÇADE DU THÉÂTRE DE L'OD É ON. (En avant le buste d^Émile Augier.)

air, la plupart occupées aujourd'hui par Tifidustrie ou le commerce. Il y en a dans la rue Christine (du nom d'une sœur de Louis XIII), dans \ii rue de Savoie (la princesse Christine, épousa un duc de Savoie); les rues Saint-André-des-Arts et des Grands- Augustins en sont pleines. L'église Saint-André-des-Arts, très ancienne paroisse de cette région, démolie pendant la Révolution, était située à l'extrémité orientale de la rue qui porte son nom, à l'angle de la rue Suger, dénommée jadis rue du Cimetière-Saint- André. Quant à la rue des Grands-Augustins, elle doit son nom, ainsi que le quai, au couvent d'Augustins, qui s'était étabh au bord de la rivière en 1293, maison importante entre toutes, où eut lieu, le 1«^ janvier 1579, l'institution de l'ordre du Saint-Esprit. Elle devint, quelle déchéance! en 1812, le siège d'un marché à la volaille qu'on appelait marché de la Vallée, qui disparut à son tour. Ce qui en reste sert de dépôt à la Compagnie des omnibus. La rue du Pont-de- Lodi fut ouverte en 1798, sur une partie de l'emplacement resté libre de l'ancien couvent, que la Révolution avait fermé.

Le percement, en 1899, de la rue Danton (dont l'amorce, sous le nom de boulevard Saint-André, datait du commencement du second Empire) a fait disparaître un coin bien curieux du vieux Paris : la rue des Poitevins, si étroite, si peu praticable aux voitures, mais si pittoresque et féconde en souvenirs : l'hôtel de Thou, la maison Panckoucke et cette célèbre pension Laveur, où tant d'hommes politiques ont fait l'apprentissage de leur talent oratoire. Du même coup, la pioche a fait tomber les «bâtiments de l'ancien collège Mignon, devenu

SIXIEME ARRONDISSEMENT

tour à tour en ce siècle mairie de rarrondissement, puis imprimerie. La fontaine Saint-Michel fait assez bel effet sur la place et à l'entrée du boulevard de ce nom. Elle date de 1860 et a eu pour architecte Davioud. En suivant la rue Saint-André-des-Arts, nous passerons devant le lycée Fénelon, le premier en date des lycées de jeunes filles, ouvert en 1883, dont on a reconstruit somptueusement les façades de 1893 à 189o. Un peu plus haut s'ouvre le passage du Commerce^ où Sainte-Beuve, jeune et pauvre, vécut dans une mansarde.

L'annexe du passage qui s'ouvre à gauche et se continue par la rue du Jardinet se nomme cour de Rohan — il faudrait dire Rouen, puisque là était l'hôtel des archevêques de cette ville; on y voit encore un important fragment d'une tour de la muraille de Philippe-Auguste.

La rue Mazarine abonde en maisons historiques : aux numéros 12 et 14 l'ancien jeu de paume où la troupe de Molière ouvrit l'Illustre Théâtre en 1643; au 42, l'ancien théâtre Guénégaud, successivement, de 1671 à 1689, Opéra, théâtre d| Mo- Hère et du Marais, réunis après

la mort de Molière, enfin Comédie-Française. Au 33, làr maison où l'intelligent comédien du Périer créa le premier hôtel parisien de pompiers.

Quant à la rue de r Ancienne-Comédie, elle n'est ainsi nommée que depuis 183^1, en souvenir du théâtre de la Comédie Française, qui s'y tint de 1689 à 1700. C'était la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés, et, plus modernement, rue de la Comédie.

Déjà nous avons dit (p. 57) l'origine de la rue Mazet. Le restaurant Magny, fameux par ses dîners à' intellectuels (Renan, Flaubert, les Concourt, Berthelot, etc.) en a disparu, il y a quelques années, mais on peut y voir encore une curiosité, l'auberge du Cheval-Blanc, la dernière peut-être des auberges du centre de Paris, avec cour, remises, écuries, poules qui picorent, dindons qui gloussent, etc. Théophile Gautier ne s'en serait-il pas inspiré pour décrire l'hôtellerie de la rue Dauphine, où il a installé ses comédiens du Capitaine Fracasse ?

Quartier de l'Odéon.

— Le 22® quartier de Paris est placé sous le vocable du théâtre de l'Odéon.

Nous ne chicanerons pas là-dessus l'édilité parisienne ; elle aurait sans doute choisi la dénomination : quartier du Luxembourg, si elle ne l'avait donné à Fensemble de l'arrondissement. Elle aurait pu tout aussi bien adopter pour ce quartier le patronage de Saint-Sulpice ou de l'École de médecine. Au fond, peu importe. L'Odéon, il faut pourtant bien le dire, est un tard venu dans ces parages, qui, depuis le commencement du XVI 11® siècle, étaient occupés par l'hôtel des princes de Bourbon (les rues de Condé ■et Monsieur-le-Prince n'ont pas d'autre étymologie que <îe voisinage). Vers 1770, le prince Henri de Bourbon ayant fixé sa résidence au Palais-Bourbon, <iujourd'hui Chambre des

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