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LE MONUMENT D'EUGENE DELACROIX

(Au jardin du Luxembourg.)

lui-même, donnait le signal des pires folies 1 Cela dura, avec des périodes de calme et des péripéties diverses, jusqu'au printemps de l'année 1762, où les bâtiments de la foire brûlèrent. On tenta de les reconstruire, mais la vogue était partie; la foire mourut d'inanition après le carnaval de 1786.

Un décret de 1811 prescrivit la construction d'un marché sur cet emplacement. Il fut ouvert en 1818. On y vend à la fois des denrées alimentaires et des objets de ménage ou de toilette ; mais le commerce y était languissant, de plus en plus, si bien qu'une aile du quadrilatère a été désaffectée afin de faire place à une salle où concourent les jeunes filles pour l'obtention des brevets d'enseignement.

Toutes les rues environnantes portent des noms de Bénédictins de Saint-Germain-des-Prés, qui se sont illustrés dans la science historique, Victor Hugo a comparé les tours de l'église Saint-Sulpice à deux grosses clarinettes. Pour être exacte, la comparaison est injuste, car il n'y a pas que cela à dire de Saint-Sulpice. Quel que soit le peu de mérite, en général, des édifices religieux construits aux xvu^ et xviii^ siècles, on peut citer des exceptions. Saint-Sulpice en est une. La première pierre de l'édifice fut posée en 1646, pour remplacer une pauvre église fondée en 1250, mais le gros de l'œuvre appartient au xviii^ siècle ; la façade et les... clarinettes furent construites parServandoni, en 1748; encore, la tour de droite, lorsqu'on regarde la façade, reste-t-elle inachevée et en mauvais état. Ce qui fait la beauté de Saint-Sulpice, c'est l'ampleur majestueuse de ses proportions, grâce à laquelle les grandes cérémonies y prennent un caractère de solennité tout à fait imposant. Quant à la décoration picturale, elle est médiocre; il faut cependant excepter quelques compositions d'Eugène Delacroix. A signaler, dans le

transept gauche, un obélisque dont le piédestal porte une longue inscription consacrant le passage de la ligne méridienne à ce point et indiquant les travaux astronomiques achevés en 1743 pour arriver à la détermination du méridien de Paris.

Le centre de la place Saint-Sulpice est occupé par une fontaine monumentale d'un style bien froid, placée là en 1847. C'est l'œuvre de Yisconti, qui fut souvent mieux inspiré. Elle est divisée en quatre arcades contenant les statues de Fléchier, Bossuet, Massillon et Fénelon.

La longue façade du séminaire diocésain, construit en 1820, n'est pas faite pour donner de la gaieté à la place, qui serait bien morose si un marché aux fleurs ne venait, deux fois par semaine, lui donner un peu d'animation. L'angle Sud-Ouest est occupé par la mairie de l'arrondissement, édifiée en 1853, dans le style administratif; de 1886 à 1889, on lui a ajouté une façade du même goût sur la rue Madame.

Bien tristes aussi sont les rues qui avoisinent l'église. Rue Servandoni, 15, est la maison où Condorcet, proscrit, trouva un asile pendant huit mois. Il y écrivit sa dernière œuvre : Esquisse des progrès de l'esprit humain. Sa tête était mise à prix ; pour ne pas compromettre sa pz^otectrice, il s'enfuit

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