‹ Paris au village, vaudeville en un acteChapitre 7 sur 27 · LOUISE, JEAN · texte numérisé non relu

LOUISE, JEAN

LOUISE

Dis-donc, Jean, sais-tu bien que monsieur Anatole nous taille une fière besogne , tout d'même, depuis qu'il est ici; mais ne nous plaignons pas, la soirée doit ûnir[:ar un bal. . . et un bal à la mode de Paris; c'est ça qui doit être charmant... Dieu! comme je vais m'en donner; avec ça que madame Derinance n'a pas ménagé la dépense: nous aurons des violons, des illuminations , des feux d'artifices. . .

JEAN

Dam! c'est (ju'on n'a jamais vu ça chez nous.

LOOiSE.

Aia : Nos amours ont duré toute une semaine.

Je ne manquerai pas une seiiT coiitredaiiset

Mes vœux, aujourd'hui, vont donc s'acconaplir. '

Comn.' je vais courir,

Sauter en cadence ,

Un jour de plaisir

Ne devrait pas finir.

J'entends les violons, v'ià le bal qui commence, Tout Tmondc «'apprêt' pour la contredanse : Mad'uioiseir dans'-t-ell', me dit un garçon. Moi quand j'suis au bal, je n'dis jamais non. Jo ne manquerai pas, etc.

C'est ça, VOUS danserez av«;c tout le monde et il faudra que je reste comm' l'autre jour à vous r'garder.

LOUISE

Jaloux!

JEAN

Jaloux tant qu'vous voudrez, mais vous conviendrez qu'ça n'est pas amusant. Ah! ça, maintenant, j'm'en vais voir si tout est ar~ rangé dans i'temple de l'hymen.

LOUISE

Qu'est-ce qu'il faut y faire ?

JEAN

Eh bien •' y mettre un buffet, des tables,

LOUISE

Un buffet danî: I'temple de l'hymen !

JEAN

Puisque c'est la qu'on a placé le restaurant.

LOUISE

Ça s'ra bien drôle.

JEAN

Et le temple d'I'aniour, qui est vis-à-vis servira au limonadier; c'est là qu'on trouvera des échaudés, des bavaroises.

LOl'ISE.

Un limonadier aussi; comme nous allons nous rafraîchir'

JEAN

C'est ça, vous ne voyez dans tout cela que la dause^ le sirop de groseilles, les fusées volantes, les glaces panachées.

LOUISE

Est'Ce que tu y fois autre chose, toi?

JEAN

Oui, mam'zelle, je vois que tous ces préparatifs sont autant de

relaitls pour notre mariage. Depuis qu'on bouleverse lout dans le château, et que chacun est assujéti au régime de la mode, on no pense plus à nous.

LOriSE.

Tu sais pourtant bijn que monsieur de Valvicux, mon parrain > a décidé que notre mariage se ferait dani un mois et qu'il me donnerait ime bonne dot.

JEAN

Dans un mois! C'est trop tard, et je ne pouvons attendre p!us long-teiups.

LOUISE

Qu'est-ce donc qui vous en empêche, Monsieur.

JEAN

Ecoute donc, je ne suis pas comme toi d'une Iranquilliié désespérante. . . Tu supportes les délais avec une patience, une résignation... et tu dis que tu m'aimes

LOUISE

Mais qu'est-ce qu'il adonc aujourd'hui, je ne le reconnais plus.. Mamaa m'a toujours dit de me défier des amans qui paraissent si pressés.

Pourquoi donc ça.

LOUISE

Parce que quand l'amour a jeté son premier feu, il faut s attendre au changement.

JEAN

Ta mère ne savait ce qu'elle disait ; quand l'amour a jelé son premier feu, il jette son second... et ainsi de suite. . . Au surplus nous n'en sommes pas là, et ie sens que j'étoulle.

LOUISE

Comment ..t'étouffes...

JEAN

Il fait assez chaud pour ça. . . . Depuis ce matin que je tratai-lle et que le soleil me tappe-là.

Aia du Vaudeville de VEcu de six frayics.

Oui j'éprouve uu double martyre Quand pour toi je brûle d'amour.

Je suis encore, il faut le dire.

Consumé par les feux du jour.

Enfin, soir et matin, je brûle, C'est endurer trop de tourmens, Je n'saurais lutter plus long-temps Contr' l'amour et la canicule.

^h ! mon Dieu, mon dieu , ce que c'est que les femmes.

LOUISE

Eh bien! monsieur, est-ce que vous allez dire du mal des femmes?

JEAK.

Il n'y a p<)s de quoi, peut-être ?

LOUISE

C'est égal, je ne veux pas que vous eu disiez du mal.

JEAK.

J'en dirai pas de mal. . . Mais vois-tu bien , si tu changeais à mon égard, je ne sais pas c'que je ferais, ou plutôt je le sais bien, je ferais comme mon cousin Marcel , je m'engagerais dans les houzards... J'aurais un grandsahre, une jolie sabredache. un beau dolman, on m'appellerait gentil houzard... toutes les femmes courraient après moi.

LOUISE

Eh bien î monsieur, partez.

JEAN

C n'est pas l'embarras, c't'idée-là m'a déjà trotté dans la tête.

LOUISE

Elle est jolie, votre idée.

JEAN

Ah! dam, vois-tu, si notre mariage n'est pas terminé c'te semaine, j'suis capable de toui.

LOUISE

Tu es un fou. ( On entend^ dans la coulisse le bruit d'une voiture. )

JEAN

Eh! mais, qu'est-ce que j'entends la, on dirait le bruit d'une voiture? Est-ce que ce serait de la compagnie qui nous arrive pour ce soir.

LOUISE

Va donc voir un peu.

J'y cours, et je t'en apporterai des nouvelles. (// sort.)

LOUISE, seule.

L'pauvre Jean, l'amour lui fait perdre la tête; l'fait est qu'il en tient pour moi d'une bonne manière. Ah! pour ce qui est d'ça, i'n'faut qu'des yeux pour s'en apercevoir.

\iR : Il y a six mois (Lcocadic).

Tous les dimanches pour la danse, II est rprcrnier à me r'tenir, Dam', il faut voir comme il s'élance.

Quand un autre veut le prévenir ; Après moi, faut le voir courir.

Aux champs chaque jour il me guette, Il soupire, il rit lour-à-tour,

^^llelque fois nifnie, il en est bète.

Et voilà, voilà c'que je iioinnie de l'amour. (A Jean, qui revient. ) Eh bien ! c"te voiture !

JEAN

C'en était bien une. Par exemple, je n'connaispas la personne qu'elle a amenée ; mais liens, la ^oici qui vient de c'côté avec madame. Connais-tu celte Ogure-lù, toi?

LOVISE.

Non, ma foi ; mais attends donc, si c'était la tante dont on nous a annoncé l'arrivée :'

JEAN

C'est bien possible.

SCÈiNE VII.

LOUISE, JEAN, MAD. DERMANCE, MAD. BLINVAL, {Sa mise de voyage annonce une vieille élégante de Paris ; elle parle avec beaucoup de prétention. )

MAD. BLINVAL, à madame Dennance.

Et mes cartons, qu'est-ce qui en prendra soin, ma chère amie?

MAD. DERMANCE,

Soyez tranquille: Louise vous préparerez l'appartement durezde-chaussée, et vous y porterez en même temps ces cartons.

MAD. BLINVAL

Mon enfant, je vous les recommande bien.... Ce sont mes robes, mes garnitures et mes plumes.

MAD. DERiMANCE.

Jean, vous prendrez les malles qui sont restées chez le concierge, et vnusles porterez, au même endroit.

JEAN

Oui, madame.

LOUISE, à Jean.

C'est elle ; quand je te disais. ( ll% sortent, )

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