SCENE IX
Les Mêmes, ANATOLE.
MAD. DERMANCE.
Ma tante, je vous présente monsieur Anatole , qui a bien voulu quitter la Chaussée -d'Antin pour venir consoler une veuve en Normandie.
MAD. BUNVAL, te lorgnant.
Comment donc, tournure Irès-dislînguée. . . c'est le bon ton delà rue de Provence, joint aux grâces de la rueTa\thout.(J part.) Je devine: c'est un soupirant; i! est brun, j'aime cette couleur-là c'était celle de mon premier. ( Elle soupire.)
ANATOLE
C'est sans doute à madame Blinval que j'ai l'honneur de parler ?
MAD. BLINVAt.
Oui, monsieur.
ANATOLE
J'aurais dû m'en douter a la fraîche nr de ce teint, à celle taille élégante, et surtout au goût qui règne dans cet ajustement.
MAD. BLINVAL
Ah! mon Dieu, ee qu'il y a de plus simple : une redingottelunique en mousseline brodée. {A part.) Ce jeune homme est d'une amabilité!... Il me rappelle mon second.
MAD. DERMANCE, regardant salante.
Ah ! quelle jolie croix!...
MAD. BLINVAt.
Ma chère amie, c'est une croix à la Jeannette. C'est une mode que nous avons prise au village.
ANATOLE , à madame Dennanee.
Je venais vous dire que je me suis arrangé avecla couîurière; c'est délicieux ! J'aurai toutes les robes pour ce soir, nos paysannes seront mises comme des petits anges! Quant au tailleur', j e n'ai pu le rejoindre ; mais j'espère avant peu...
MaD. BLINVAt.
Vous avez des projets pour ce soir ?
MAD. DERMANCE, SûUrîant.
Oui , nous vous conterons cela ; monsieur veut mettre tout le village à la mode.
ANATOLE
Je ne plaisante pas, déjà Jean et Louise sont entre les mains de vos gens qui les habillent , je me charge des autres.
MAD. BLINVAL
Ce projet me semble divin, car toutes vos villageoises ont des mises. Il paraît que dans ce pays, la civilisation est bien arriérée.
Aie ; Depuis long'lcmps J'aimais Adèle.
Il faut vraiment, sans perdre une seconde, De cet état, les aider à sortir.
Sur leur ignorance profonde, Je suis le premier à gémir.
Pour )a beauté, j'ai fait plus d'une emplellc. Je bannirai d'ici les grands bonnets, Quand vous prenez leurs crois à la Jeannette, Je veuT les voir adopter vos bérets (ter).
MAD. BLiNVAL, d part à Mad. Dermance.
Machère amie , je n'Ai pas besoin d'en entendre davantage , "voilà l'homme qu'il te faut.
ANATOLE
Avant un mois je veux voir Paris en Normandie.
MAD. BLlNV/iL.
11 irc trompe beaucoup s'il ne réunit pas les qualités du cœur à celles de l'esprit.
ANATOLE
Je veux chasser lamonotonie de II campagne.
MAD. BLINVAL
C'est bien dit, car ici sans doute on croit vons avoir intéressé beaucoup quand on vous a raconté l'histoire de la naissance d'un poulet et l'éducation d'un lapin.
MAD. UERMANCE.
Oh I rassurez-vous , nous nurons iciMes iistraclions de loulc espèce.
ANATOLE
Oui , d'abord une salle de spectacle au bout du jardin.
MAD. BLINVAL
Tant mieux, nous jouerons l'opéra séria.. .C'est mon fort , j'ai été deux mois ù Florence, j'ai conservé l'accent italien dans toute sa pureté. J'ai joué Tancredi iwec agrément, on m'a dit que je pouvais doubler iMad. Pasta. [Elle fait des roulades).
ANATOLE
Brara ■ brava !. .. Ensuite nous monterons à cheval si réquitatiou a des attraits pour madame.
MAD. BLINVAL
Comment donc, j'ai reçu d'excellens principes , et js dégolte à la course tous les écuyers du Cirque»01ympique.
ANATOLE
Eh bien, demain nous commencerons la journée par une petite promenade militaire.
ÏAD. DERMANCE.
Mais j'oublie que vous devez avoir besoin de repos , voulez- Tous que je vous conduise à votre appartement.
MAD. BLINVAL
J'éprouve une fatigue, je dois être à faire peur ( A part. ) Ce jeune homme est charmant.
AiH de la Vieille, Ahl pour moi, quel plaisir s'apprête, Vous aurez du monde ce soir.
Je vais me mettre à ma toilette.
ANATOLE
Pour nos dames, quel désespoir !
MAD. BLINVAL
Je vois chacun admirer ma tournure.
Mes marabouts avec ma garniture.
MIO. DEBMANCE.
Ah ! quel plaisir, nous aurons, je vous jure,