‹ Paris brulé par la Commune ouvrage illustré de douze gravures Louis ÉnaultChapitre 21 sur 34 · ORDRE · texte numérisé non relu

ORDRE

Depuis quelques jours il règne une grande confusion dans certains arrondissements ; on dirait que des gens payés par Versailles prennent à tâche : i° de fatiguer la garde nationale; 2°, de la désorganiser.

On fait battre la générale pendant la nuit.

On bat le rappel à tort et à travers. En sorte que personne ne sachant plus auquel entendre, on ne se dérange même plus, et cette puissante institution, cette armée, espoir et salut du peuple, est à la veille de sombrer sous -son triomphe.

Un tel état de choses ne saurait subsister plus longtemps. En conséquence, j’invite tous les bons citoyens à se pénétrer des instructions suivantes :

PIÈCES JUSTIFICATIVES

La générale ne sera battue que par mon ordre ou celui de la commission exécutive, et dans le seul cas de prise d’armes générale.

Le rappel ne sera battu dans les arrondissements qu^ par ordre de la place , signé du commandant de la place, et pour la réunion d’un certain nombre de bataillons commandés pour un service spécial.

Ce n'est pas tout : malgré mes ordres formels, une canonnade incessante diminue nos provisions, fatigue la population, irrite les esprits, et amène d’un côté la fatigue, de l’autre, la colère et la passion.

En sorte que cette Révolution si grande, si belle et si pacifique, pourrait devenir violente, c’est-à-dire faible.

Nous sommes forts ; restons calmes !

Cet état de choses est dû en partie à des chefs militaires trop jeunes et surtout trop faibles pour résister à la pression populaire. L’homme du devoir ne connaît que sa conscience et méprise la popularité. Je réitère l’ordre d’avoir à se tenir sur la plus stricte défensivé, • et à ne pas jouer le jeu de nos adversaires , en gaspillant et nos munitions, et nos forces, et surtout Ja vie de ces grands citoyens, enfants du peuple, qui ont fait la Révolution actuelle.

Quand le bruit aura cessé, que le calme de la rue aura passé dans les esprits, nous serons beaucoup plus aptes à perfectionner notre organisation, d’où dépend notre avenir.

En attendant , citoyens , laissons de côté toutes ces petites rivalités , toutes ces personnalités mesquines , qui tendent à désunir ce magnifique faisceau populaire

PIÈCES JUSTIFICATIVES. 285

formé par la communauté de la souffrance. Si nous voulons vaincre, il faut être unis. Et quel plus beau, plus simple et plus noble lien que celui de la fraternité des armes au service de la justice !

Formez vite vos compagnies de guerre, ou plutôt coinplétez-les, car elles existent déjà.

De dix-sept à dix-neuf ans, le service est facultatif; de dix-neuf à quarante ans, il est obligatoire, marié ou non.

Faites entre vous la police patriotique, forcez les lâches à marcher sous votre œil vigilant.

Aussitôt que quatre compagnies, formant au minimum un effectif de 500 hommes, seront constituées, que son chef de bataillon demande à la place un casernement. En caserne ou au camp, son organisation s’achèvera rapidement, et alors tout ce trouble, toute cette confusion s’évanouiront au souille puissant de la victoire.

Danton demandait à nos pères de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace ; je vous demande de l’ordre, de la discipline, du calme et de la patience : l’audace alors sera facile. En ce moment, elle est coupable et ridicule.

Paris , 8 avril 1871.

Le délégué à la guerre , Cl.l'SERET.

Une commission des barricades, présidée par le commandant de place, et composée des capitaines du génie, de deux membres de la Commune et d’un membre élu

PIÈCES JUSTIFICATIVES

par chaque arrondissement, est instituée à partir du 9 avril.

Elle se réunira à l’état-major de la place le 9 avril, à une heure. '

Paris, le 8 'avril 1871.

l,e délégué au ministère de la guerre, GLtJSERET.

Ex-Préfecture de Police.

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