AUX ARMES
Donc , AUX ARMES ! Que Paris se hérisse de barricades, et que, derrière ces remparts improvisés, il jette encore à ses ennemis son cri de guerre , cri d’orgueil, cri de défi , mais aussi cri de victoire; car Paris, avec ses barricades, est inexpugnable.
Que les rues soient toutes dépavées : d’abord, parce que les projectiles ennemis, tombant sur la terre, sont moins dangereux ; ensuite , parce que ces pavés , nouveaux moyens de défense, devront être accumulés, de distance en distance, sur les balcons des étages supérieurs des maisons.
Que le Paris révolutionnaire, le Paris des grands jours, fasse son devoir; la Commune et le Comité de salut public feront le leur.
Hôtel de Ville, le 2 prairial an 79.
Le Comité de salut public :
Ant. Arnaud, E. Eudes, F. Gambon, G. Ranvier.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Au citoyen général Dombrowski .
Citoyen , j’apprends que les ordres donnés pour la construction des barricades sont contradictoires.
Veillez à ce que ce fait ne se reproduise plus.
Faites sauter ou incendier les maisons qui gênent votre système de défense. Les barricades ne doivent pas être attaquables par les maisons.
Les défenseurs de la Commune ne doivent manquer de rien; donnez aux nécessiteux les effets que contiendront les maisons à démolir.
Faites d’ailleurs toutes les réquisitions nécessaires.
Pari6, 1 prairial an 79.
Delescluze, A. Billioray.
P. 0. le colonel d’état-major, Lambron.
Une autre pièce, trouvée chez Delescluze, donne l’ordre et la marche des exécutions qui étaient résolues.
Le citoyen Millière, à la tète de 150 fuséens, incendiera les maisons suspectes et les monuments publics de la rive gauche.
Le citoyen Dereure, avec 100 fuséens, est chargé du premier et du deuxième arrondissement.
Le citoyen Billioray , avec cent hommes, est chargé des neuvième , dixième et vingtième arrondissements.
Le citoyen Vésinier, avec 50 hommes, est chargé spécialement des boulevards, de la Madeleine à la Bastille.
Ces citoyens devront s’entendre avec les chefs de barricades pour assurer l’exécution de ces ordres.
Paris, 3 prairial an 79.
Delescluze, Régère, Ranvier , Johannard, Vésinier, Brunel, Dombrowski.
Citons encore quelques lignes qui , sans justifier le moins du
308 PIÈCES JUSTIFICATIVES
monde l’atrore Raoul Rigault , montrent sa férocité guidée par cet effroyable fanatique de Delescluze.
Direction de la sûreté générale.
Le citoyen Raoul Rigault est chargé, avec le citoyen Régère, de l’exécution du décret de la Commune de Paris relatif aux otages.
Paris, 2 prairial an 79. Delescluze, Billioray.
Soldats *de l’armée de Versailles,
Nous sommes des pères de famille,
Nous combattons pour empêcher nos enfants d’être, un jour, courbés comme vous sous le despotisme militaire.
Vous serez, un jour, pères de famille.
Si vous tirez sur le peuple aujourd’hui, vos fils vous maudiront, comme nous maudissons les soldats qui ont déchiré les entrailles du peuple en juin 1848 et en décembre 1851 .
U y a deux mois, au 18 mars, vos frères de l’armée de Paris, le cœur ulcéré contre les lâches qui ont vendu la France, ont fraternisé avec le peuple : imitez-les.
Soldats, nos enfants et nos frères, écoutez-bien ceci, et que votre conscience décide :
Lorsque la consigne est infâme, la désobéissance est un devoir.
3 prairial an 79. Le Comité central.
Soldats de l’armée de Versailles,
Le peuple de Paris ne croira jamais que vous puissiez diriger contre lui vos armes , quand sa poitrine
PIÈCES JUSTIFICATIVES. 309
touchera les vôtres ; vos mains reculeraient devant un acte qui serait un véritable fratricide.
Comme nous, vous êtes prolétaires; comme nous, vous avez intérêt à ne plus laisser aux monarchistes * conjurés le droit de boire votre sang comme ils boivent vos sueurs.
Ce que vous avez fait au 18 mars, vous le ferez encore, et le peuple n’aura pas la douleur de combattre des hommes qu’il regarde comme des frères et qu’il voudrait voir s’asseoir avec lui au banquet civique de la liberté et de l’égalité.
Venez à nous, frères, venez à nous ; nos bras vous sont ouverts I
3 prairial an 79.
Le Comité de salut public :
Ant. Arnaud, Billioray, E. Eudes,
F. Gambon, G. Ranvier.
Paris, 3 prairial an 79.
L’ennemi s’est introduit dans nos murs plutôt par la trahison que par la force; le courage et l'énergie des Parisiens le repousseront.
A l’heure où toutes les grandes communes de la France entière se réveillent pour la revendication de leurs libertés, pour se fédérer entre elles et avec Paris, Paris la ville sainte, le foyer de la Révolution et de la civilisation, n’a rien à redouter.
La lutte est rude, soit ; mais n’oublions pas que c’est la dernière, que c’est le suprême effort de nos ennemis.
A ces hommes que rien n’a pu instruire, à ces hommes qui ne tiennent compte ni de la grande Révolu-
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tion, ni de 1830; — à ces hommes qui ont oublié les luttes de 1848, les hontes de décembre 1851 et de Sedan ; — qui ne savent pas même se souvenir du 4 septembre, des journées du siège et du 18 mars, nous allons donner la grande leçon de prairial de l’an 79 I
Ouvrons nos rangs à ceux que les Versaillais ont enrôlés de force et qui veulent s’unir à nous pour défendre la Commune, la République, la France.
Mais pas de pitié pour les traîtres, pour les complices de Bonaparte, de Favre et de Thiers.
Tout le monde aux barricades. Tous doivent travailler, de gré ou de force même, à les construire ; tous ceux qui peuvent manier un fusil , pointer un canon ou une mitrailleuse, doivent les défendre.
Que les femmes elles-mêmes s’unissent à leurs frères, à leurs pères et à leurs époux.
Celles qui n’auront pas d’armes soigneront les blessés et monteront des pavés dans leurs chambres pour écraser l’envahisseur.
Que le tocsin sonne ; mettez en branle toutes les cloches et faites tonner tous les canons, tant qu’il restera un seul ennemi dans nos murs.
C’est la guerre terrible, car l’ennemi est sans pitié : Thiers veut écraser Paris, fusiller ou transporter tous nos gardes nationaux ; aucun d’eux ne trouvera grâce devant ce proscripteur souillé par toute une vie de • crimes et d’attentats à la souveraineté dii peuple. Tous les moyens seront bons pour lui et ses complices.
La victoire complète est la seule chance de salut que nous laisse cet ennemi implacable. Par notre accord et notre dévouement, assurons la victoire.
Aujourd’hui, que Paris fasse son devoir, demain la France entière l’imitera.
Citoyens,
Les Versaillais doivent comprendre, à l’heure qu’il est, que Paris est aussi fort aujourd’hui qu’hier.
Malgré les obus qu’ils font pleuvoir jusqu’à la porte Saint-Denis sur une population inoffensive, Paris est debout, couvert de barricades et de combattants 1
Loin de répandre la terreur, leurs obus ne font qu’exciter davantage la colère et le courage des Parisiens !
Paris se bat avec l’énergie des grands jours !
Malgré tous les efforts désespérés de l’ennemi, depuis hier il n’a pu gagner un pouce de terrain.
Partout il est tenu en échec; partout où il ose se montrer, nos canons et nos mitrailleuses sèment la mort dans ses rangs.
Le Peuple, surpris un instant par la trahison, s’est retrouvé; les défenseurs du droit se sont comptés, et c’est en jurant de vaincre ou de mourir pour la République qu’ils sont descendus en masse aux barricades 1
Versailles a juré d égorger la République : Paris a juré de la sauver !
Non 1 un nouveau 2 Décembre n’est plus possible; car, fort de l’expérience du passé, le peuple préfère la mort à la servitude.
Que les hommes de Septembre sachent bien ceci : le peuple se souvient. U a assez des traîtres et des lâches qui, par leurs défections honteuses, ont livré la France à l’étranger.
PIÈCES JUSTIFICATIVES
Déjà les soldats , nos frères , reculent devant le crime qu'on veut leur faire commettre.
Un grand nombre d'entre eux sont passés dans nos rangs. Leurs camarades vont suivre en foule leur exemple.
L’armée de Thiers se trouvera réduite à ses gendarmes. — Nous savons ce que veulent ces hommes et pourquoi ils combattent.
Entre eux et nous , il y a un abîme 1 AUX ARMES 1
Du courage, citoyens, un suprême effort, et la victoire est à nous !
Tout pour la République 1 Tout pour la Commune !
(La Rédaction de PARIS LIBRE.)
Le Comité de salut public autorise les chefs de barricades à requérir les ouvertures des portes des maisons là où ils le jugeront nécessaire;
A réquisitionner pour leurs hommes tous les vivres et objets utiles à la défense, dont ils feront récépissé, et dont la Commune fera état à qui de droit.
Paris , le 3 prairial an 79.
’ Le membre du Comité de salut public,
G. Ranvier.
Paris, le 25 mai 1871.
Informez le Père-Lachaise que les
carde nationale de la Seine.