AUX GARDES NATIONAUX DE PARIS
Vos ennemis, ne pouvant vous vaincre, voudraient vous déshonorer. Ils vous jettent les épithètes de brigands et de pillards, en ajoutant ainsi la calomnie à la série de leurs crimes. Répondre par la force à leurs attentats contre la République, voilà le brigandage;
PIÈCES JUSTIFICATIVES
lutter pour le triomphe des franchises communales, voilà le pillage.
Bonapartistes , orléanistes et chouans sont ligués contre Vous et n’ont de lien commun que leur haine pour la Révolution. Us révent de rétablir un trône qui servirait de rempart à leurs privilèges, et ils voudraient écraser la République, garantie de tous les progrès, sous l’ignorance des campagnes qu’ils égarent ou corrompent.
Vous déjouerez leurs projets liberticides par votre discipline et votre héroïsme. Leurs trahisons nous ont empêchés de sauver l’intégrité de notre patrie, mais elles n’auront pas la puissance de nous rejeter sous le joug, même passager, d’une restauration monarchique.
Il faut que ces insurgés contre les droits du peuple en prennent leur parti : nous réaliserons le sublime programme tracé par nos pères en 92. L’ordre dans la République, la liberté, l’égalité, la fraternité, ne demeureront pas lettre morte. La lutte soutenue en France depuis quatre-vingts ans contre le vieux monde va toucher à son dénoûment.
Si vous remplissez vos .devoirs, il n’est pas douteux : c’est Paris triomphant , ce sont les villes qui brûlent de suivre votre exemple, ce sont les campagnes élevées à la notion de leurs droits , c’est la République devenue inébranlable et affranchissant le peuple de l’ignorance et de la misère , c’est une ère nouvelle ouverte à tous les progrès.
Si, au contraire, vous hésitiez ou vous reculiez, ce serait Paris livré aux vengeances féroces des sicaires de Versailles et noyé dans des Dots de sang, ce seraient
PIÈCES JUSTIFICATIVES. 300
la dévastation et le carnage dans toutes les rues, l'égorgement et la déportation des républicains dans toute la France, le deuil de la République ajouté au deuil national , l’esclavage du citoyen greffé sur la patrie démembrée, une rétrogradation effroyable dans toutes les orgies du royalisme.
Gardes nationaux ! votre choix est fait : vous combattez pour la République, pour votre salut, pour la plus noble des causes, et vous vaincrez!
Vive la République ! Vive la Commune !
Paris, le 27 floréal an 79.
Le Comité de salut public.
Le gouvernement de Versailles vient de se souiller d’un nouveau crime, le plus épouvantable et le plus lâche de tous.
Ses agents ont mis le feu à la cartoucherie de l’avenue Rapp et provoqué une explosion effroyable.
On évalue à plus de cent le nombre des victimes. Des femmes, un enfant à la mamelle, ont été mis en lambeaux.
Quatre des coupables sont entre les mains de la sûreté générale.
Paris, le 27 floréal an 72.
Le Comité de salut public :
Ant. Arnaud, Bili.iorav, Eudes, F.Gambon,G. Ranvier.
Citoyens,
La porte de Saint-Cloud, assiégée de quatre côtés à la fois par les feux du Mont-Vaiérien, de la butte Mortemart, des Moulineaux et du fort d’Issy, que la trahison a livré, la porte de Saint-Cloud a été forcée par les Ver-
saillais , qui se sont répandus sur une partie du territoire parisien.
Ce revers , loin de nous abattre , doit être un stimulant énergique. Le peuple qui détrône les rois , qui détruit les Bastilles ; le peuple de 89 et de 93 , le peuple de la Révolution ne peut perdre en un jour le fruit de l’émancipation du 18 mars.
Parisiens, la lutte engagée ne saurait être désertée par personne; car c’est la lutte de l’avenir contre le passé, de la liberté contre le despotisme, de l'égalité contre le monopole, de la fraternité contre la servitude, de la solidarité des peuples contre l’égoïsme des oppresseurs.