DÉCLARATION
Après l'amnistie de l'Empire, il y a vingt ans, des proscrits de Décembre, en réunion de leur Société, à Londres, votaient unanimement la déclaration suivante :
A nos concitoyens,
L'édifice est couronné. L'Empire a comblé son crime envers nous. Il nous amnistiés. Insulte, piège ou peur de revanche, il nous amnistie... Nous, nous ne l'amnistions pas. Les principes ne pardonnent pas. Les républicains de Février ne pardonnent pas à l'Empereur de Décembre. Ils protestent contre la grâce. Après avoir osé punir, il ose absoudre. Il double l'attentat. Le crime ne peut pas plus gracier que frapper. Le droit de grâce tient au droit de peine : et ce dernier droit est à nous sur lui. Malgré le plébiscite, il est ce qu'il était, et nous sommes ce que nous étions, malgré coup d'Etat et coup de grâce, ayant toujours droit sur lui et pour nous. Contre l'usage de ce droit qui prime tout, clémence comme sentence, il y avait quoi? Une force qui cède, un fait qui reste, une porte qui s'ouvre. A nous d'entrer, s'il le faut, pour les besoins de notre cause; à lui d'attendre notre justice. Nous la lui ferons quand nous pourrons. Nous rentrerons alors de plein droit et pour remplir notre devoir.
Le Comité de la Commune révolutionriaire.
Aujourd'hui, après l'amnistie de la présidence, les pros. crits de Mai n'ont guère plus à dire, sinon que l'amnistie opportuniste a été encore moins franche, moins prompte et moins digne que l'impériale, qu'elle les a torturés par ses lenteurs, insultés par les motifs, exaspérés par les exceptions: Bref, qu'elle les a mis à l'aise pour la reconnais-
sance de la grâce et la revendication du droit. La reconnaissance 1 Qui donc la doit, des proscrits ou des j^roscrjpteurs? des graciés rentrant la plupart sans pain, sans gîte, pour mourir de faim, dans une République qu'ils ont faite, ou bien des éléments, gros et gras, restés en paix à traire la République? Nous rentrons donc aujourd'hui, comme autrefois, pour faire notre devoir. Hommes de peine de la République, et non ses hommes de joie, nous revenons imperturbablement à notre tâche. Inflexibles dans nos principes, nous déclarons que le vote des Chambres peut faire loi et non droit, qu'il ne peut changer le droit en crime, ni le crime en droit. Peine ou grâce, n'importe. Nous rentrons avec la même cause et le même drapeau pour reprendre la lutte 011 nous l'avons laissée. Fidèles au droit quand même, prêts à' servir jusqu'au bout le seul souverain qui ait eu nos services et nos serments, le seul qui nous ait amnistiés, le Peuple...
. . . Oui, un jour même avant les Chambres, le 20 juin, le peuple de Paris, en nommant le forçat Trinquet, nous a rendus France, droits et noms.
Les membres amnistiés de la Commune de Paris,
Félix Pyat , Gambon , Protot , Mellier, Clément» Vesinier, Cluseret.
Dans la déclaration qui précède, ces messieurs accusent les opportunistes de traii^e la République.
On voit que la marotte de M. Gambon ne Ta pas abandonné et qu'il se souvient qu'il doit sa réputation et sa célébrité au noble animal qui fait la joie des portières et la fortune des laitiers. C'est égal, traire la République, c'est roide.
Le dernier numéro de la Commune parut le 5
novembre 1880, par suite de la condamnation de M. Félix Pyat, le 19 octobre, à deux ans de prison et à 1000 francs d'amende, pour avoir fait l'apologie de l'attentat du polonais Bérézow^ki contre le Czar, en 1867.
M. Félix Pyat fut également condamné le 4 novembre à deux ans de prison et à 1000 francs d'amende. Le gérant de la Commune fut condamné à six mois.
Le 17, ^LAL Cluseret et Adolphe Robert furent condamnés chacun à 2000 francs d'amende et quinze mois de prison.
AL Félix Pyat, mis en demeure par son parti de subir sa condamnation, prit un parti héroïque.... il se cacha.
La Caricature parut du 8 février au 11 mars, sous la direction de AL G. Pilotell.
Le dessin de ce premier numéro représente un entablement du Louvre, au haut duquel se trouvent écrits ces trois mots : Liberté — Egalité — Fraternité — et plus bas, en gros caractères, le nom de Trochu. Un homme, coiffé du bonnet rouge, cravate et ceinture de même couleur, les bras à moitié nus, la face tournée vers la foule, est perché sur cet entablement; d'une main il dé signe 17i qui manque au nom de Trochu, écrit ainsi : Troc u, 17i est dans l'autre main. Au dessous du dessin, un vers de Lucrèce, comme légende.
Le premier article de tête était ainsi conçu :
— Sainte ironie ! disait Proudhon.
Tu avais raison, vieux Franc-Comtois.
Nous avons ri, et du rire bête de ceux qui ont faim et qui mendient.
Nous avons ri pour trente sous.
Nous avons ri, — nous avons fait rire.
Singes de 92, écureuils de révolution, soldats imbéciles qui portaient, dans des gibernes de papier noir, des cartouches dont la poudre était du sable ou de la bjue — qui, les pieds dans des flaques d'eau et ia neige sale, autour des bastions inutiles, tiraient de peur sur les étoiles, et qui n'avaient de baïonnettes que pour tuer les chiens ; — qui n'avaient un drapeau, les lâches, que pour le rougir du sang des 6 sous de cheval, que coupaient par petits morceaux, sur un étal de bois, les haches des sapeurs.
Sainte ironie !
Mieux valait mourir !
On dit que Sapia, couché à terre par un coup de fusil, se releva sur un genou, et, à travers la place pavée de morts, menaça d'un sourire les assassins bretons.
Il fallut, pour tuer ce rire de héros, qu'une seconde balle vînt casser sa mâchoire.
Sainte ironie !
La Caricature fut suspendue le 1 1 mars par le général Vinoy. Elle reparut le 23 mars, mais n'eut qu'un seul numéro. M. Pilotell ayant préféré abandonner son journal pour une écharpe de commissaire de police. En peu de temps^ il devint Valter ego de Raoul Rigault. Nous en avons parlé au journal la Lune.
Le Corsaire fat la suite du Petit National, comme le Pirate continua le Corsaire après sa sa suppression, le 6 mai. En tête, ce journal portait pour épigraphe : ]^itara iriijjendere zéro. M. Richardet en était le gérant.
Ce n'est pas faute de talent que le Corsaire ne vécut que neuf numéros. Il était trop indépendant, et il eut le tort de ne pas prendre au sérieux la fameuse conspiration des brassards tricolores, en dévoilant que ces fameux insignes de ralliement étaient simplement des cocardes qu'une modiste de la rue Richelieu fournissait aux cantinièresfédérées.
Le Pirate parut du 17 au 20 mai sous la direction de M. Charles Bornet.
Le Cri du jjeujjle, qui avait pour collaborateurs MAL Jules Vallès, Pierre Denis, Casimir Bouis, Henri Verlet, Vermesch, A. Breuillé, Henri Bellenger, J.-B. Clément et A Goullé, parut le 22 janvier, mais il fut suspendu par un décret du général Vinoy le 1 1 mai 1871. U reparut le 2 1 mars, 1871, après la proclamation delà Commune.
\'oici ce qu'on lisait dans le dernier numéro du Cri du peitpZe, le 20 mai :