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PROJET DE DÉCRET

— Considérant qu'à toute révolution nouvelle, il faut non seulement un drapeau nouveau, mais une devise nouvelle ;

La Commune de Paris décrète :

La devise : Liberté^ Egalité, Fraternité est remplacée par celle-ci :

Outrance, trente sous et ne rien faire.

La Garde Nationale est chargée de l'application du présent décret.

— Considérant que la petite vérole est une maladie gênante, qu'elle expose non seulement le citoyen à mourir, mais à rester défiguré, que l'égalité est impossible dans une société qui compte des hommes grêlés dans son sein;

La Commune de Paris décrète :

Article unique. — La petite vérole est abolie dans la République française.

U Indépendance Française^ d\i 9 au 16 mai, dirigée par M. Edouard Steinhein, avait la prétention de régénérer la prospérité française par le travail et la paix.

Cette idée charentonnesque n'eut aucune espèce de succès, pas même celui du rire.

Le rédacteur de cette feuille n'était pas journaliste; il le comprit à temps en lâchant le journal.

Le Journal officiel de la Commune avait pour collaborateurs au 20 mars : MM. A. Régnard, Ed. Vaillant, L.-X. de Ricard, Maxime Vuillaume, Henri Bellenger, G, Courbet, E. Maréchal^

Ch. Limousin, C. Nel. Plus tard, il eut Vésinier etCh. Longuet. Son dernier numéro fut imprimé, le 24 mai, à l'imprimerie Nationale; il est presque introuvable aujourd'hui.

Le Xational fondé en 1869, deuxième incarnation, avait pour collaborateurs : MM. Rabasse, J. Trégogli, Chanloup, Ayraud Degeorge, A. Landrin, G. Lant\% L. Michelont, La Bedollière, d'Octeville, J. Glère, etc., etc.

Il est extraordinaire que la Commune ait laissé vivre ce journal du 18 avril au 16 mai; car chaque jour, il protestait énergiquement contre tous les actes arbitraires commis par les délégués de tous genres et de tous poils qui terrorisaient Paris.

Une fois supprimée, cette feuille fut remplacée par le Journal iJOpulaire. Il n'y avait aucun doute à ce sujet : mêmes rédacteurs, mêmes bureaux, mêmes caractères, même format.

Il ne parut que du 17 au 20 mai.

Le Mont-Aventin^ organe des buttes Montmartre, fut encore une création de M. Secondigné, il vécut deux jours, le 26 et le 3o mars.

Dans son dernier numéro, ce journal publiait Tavis suivant :

— Le Mont-Aventin publiera dans la journée une seconde édition, contenant la proclamation authentique de la Commune, et des renseignements d'une telle importance, que nous sommes obligés d'en ajourner l'msertion jusqu'après vérification!

La vérification est encore à faire!

La Nation Souveraine parut du i5 avril au 3 mai avec une rédaction qui n'était pas piquée des vers : MM. Alexandre Rey, A. Genevray, Paul Parfait, d'Althon Sée, Victor Considérant, G. Hubbard, G. Goudchaux, etc., etc.

Ce journal fut supprimé par la Commune.

VOrdre fut créé par Vermorel, le 20 mars; deux numéros seulement.

Paris-Libre parut du 12 avril au 24 mai, avec la collaboration de MM. Vésinier, E. Morot et J. Dereaux.

Ce journal eut un grand succès avec sa publication du Pilori des Mouchards, Le public lisait avidement ses révélations sur la liste des noms des individus qui avaient sollicité, sous l'Empire, des emplois d'agents secrets. Ce n'était qu'un trompe-l'œil, car ces révélations étaient le secret de polichinelle, les chefs de la police impériale ayant eu soin, prévoyant la Révolution du 4 septembre, de briàler les papiers qui auraient pu com promettre les agents qui les avaient servis.

Chacun sait que Raoul Rigault, malgré de minutieuses recherches, ne trouva rien lorsqu'il s'installa à la Préfecture de Police. Ce fut son grand désespoir.

Ce journal publia un feuilleton : Le Mariage

d'une Espagnole, Il va sans dire qu'il s'agissait de Tex-Impératrice que Vésinier, dit Racine de Buis, traînait dans la boue.

Le Réveil du Peuple, du i8 avril au 22 mai, parut sous le patronage de Delescluze, qui plus tard le désavoua.

Ses collaborateurs étaient MM. Jacquet, Emile et Georges Richard.

La Révolution, qui comptait au nombre de ses rédacteurs MM. GouUé et Benoit Malon, parut

sept fois, du 2 avril au i5 mai.

Le Salut Public ne fut pas plus heureux, il eut également sept numéros, du 16 au 2 3 mai; il était rédigé par M^L G. Sauton et Maroteau.

Comme violence, voir la Montagne.

La Sociale avait les mêmes rédacteurs que le Père Duchêne et en plus madame André Léo-, ce journal vécut du 3i mars au 17 mai.

C'était une concurrence à Emile de Girardin pour l'alinéa et le paradoxe :

Pas de droits politiques, sans droits économiques!

Pas de liberté, pas de justice sans égalité.

Le droit du travailleur est l'envers du droit du citoyen!

Gravons un niveau sur Turne électorale

Et n'oublions pas que la misère estla mère de l'esclavage.

Le Tribun du Peuple était rédigé par un trio d'hommes de talent : MM. Lissagaray, H. Maret et E. Lepelletier ; il ne parut néanmoins que huit fois, du 17 au 24 mai.

Emile de Girardin était resté à Paris, il publiait sans collaborateurs une brochure internationale : Le Bonhomme Franklin.

Le premier numéro parut le 10 avril avec cette épigraphe : Eripuit cœlo fuhnen sceptruinqiie tyrannis (Turgot).

— Dans l'ancien et le nouveau monde, d'un pôle à l'autre, toute chose a son contraire; l'ombre a la lumière, le froid a le chaud, le faux a le vrai, la saleté a la propreté, la bassesse des sentiments et du langage a l'élévation du langage et des sentiments, le Père Duchêne n'avait pas lu le Bonhomme Franklin.

Au milieu du débordement des feuilles révolutionnaires et de leurs violences de langage,.Ja voix d'Emile de Girardin était frappée d'impuissance. Elle était perdue dans la tourmente. Sa brochure ne se vendait pas. Lassé, le 4 mai, à six heures du matin, il m'écrivit :

Si vous êtes resté à Paris et si vous êtes libre, venez^

Cordialités, E. de Girardin.

A sept heures, j'étais chez lui. Il m'attendait. A

peine étais-je arrivé qu'an bruit épouvantable ébranla l'hôtel de la cave aux combles. Je me levais.

— Ce n'est rien, me dit-il. G est encore un obus, le quatrième depuis ce matin.

Néanmoins nous voilà partis pour vérifier la cause de ce bruit. Un énorme obus, après avoir crevé la toiture, était tombé sur une commode ; il avait brisé le marbre et traversé deux tiroirs remplis de linge.

— Décidément, me dit-il en riant, Versailles s'entend avec ma blanchisseuse.

Je tirai les tiroirs; tout son linge était en morceaux.

— Bahl ajouta-t-il, ça fera de la charpie pour les blessés.

Nous retournâmes dans son cabinet.

— ^^ous n'êtes pas compromis, me dit-il tout à coup.

— Compromis! pourquoi? répondis-je. Je suis capitaine dans le 8^ bataillon d'ordre. C'est mon droit, je suppose !

— Parfaitement; mais j'eusse préféré que vous fassiez neutre.

— Cela n'était guère possible.

— Mais on vous pourchasse et ce que j'allais vous proposer augmenterait encore les dangers qui vous menacent.

— Je suis aussi insensible au danger que vous à la perte de vos chemises.

— Je voulais vous proposer de prendre la direction d'un journal. Je serai votre rédacteur. L'inaction me pèse. Il doit y avoir un moyen de conciliation entre Versailles et la Commune. J'ai choisi un titre : V Union française. Il rend ma pensée. Gela vous va-t-il?

— Quand voulez-vous que nous paraissions?

— Demain, 5 mai.

Le lendemain, j'étais installé dans les bureaux de la Liberté^ qui avait quitté Paris pour Saint-Gerinain. Tous les matins, j'allais rue Pauquet-de- Villejust chercher la copie du maître.

Le i6 mai, je reçus la visite d'un délégué à n'importe quoi, orné d'une large sous-ventrière en flanelle rouge, qui me demanda brusquement où était le « citoyen » Girardin?

— Ma foi, lui répondis-je, vous seriez bien aimable de me l'apprendre.

— C'est bon, c'est bon, me répondit-il. Ne faites pas le malin, nous le pincerons bien et vous avec.

Immédiatement je fis publier dans le Journal populaire une note annonçant que M. de Girardin envoyait sa copie à V Union française de son château, où il était depuis le commencement de la Commune. Puis je le fis prévenir aussitôt.

Il partit sur-le-champ et m'écrivit :

Cessez le journal : Finis Franciae.

Le jour même, le journal était supprimé par un arrêté de la Commune. Il avait vécu douze numéros.

L'Union qu'Emile de Girardin avait rêvée n'avait abouti qu'à nous mettre tous deux entre l'enclume et le miarteau.

La liberté de la Presse sous la Commune

peut se jpeindre en ce i^ésiimé de quelques lignes:

Journal Officiel du 20 mars 1871

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