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JOURNAUX SUPPRIMES

4 avril. — Les Débats, le Constitutionnel, Paris-Journal.

2 1 avril. — Le Bien public.

I" mai. — • La Paix.

3 mai. — La Nation souveraine.

6 mai. — • Le Petit Moniteur, le Petit National, la Petite Presse, le Petit Journal, la France, le Temps, le Bon Sens.

12 mai. — L'Anonyme, le Moniteur Universel, l'Observateur, VUnivers, le Spectateur, VEtoile.

i5 mai. — Le Journal de Paris.

16 mai. — Le Corsaire, la Discussion, le National.

10 ma:. — La Commune, l'Echo de Paris, le Pirate, le Républicain, la Revue des Deux- Mondes, l'Indépendance Française, VAvenir National, la Patrie, El Eco de Ultramar, la Justice, l'Union Française.

Les journaux pornographiques. — Le Gil Blas. — Ci gît 1880. — L'année pornographique. — La revue des Va" riélés. — Le cercle de la Presse et Rabelais. — xVL Zola et la presse pornographique. — La Silhouette et le pot de chambre. — Le Boudoir. — VEvénetnent Parisien. — Le Piron. — Le Boccace. — Le Décaméron. — La Lanterne des cochons de Paris. — La Grivoiserie parisienne. — V Asticot. — le Rabelais. — Alphonse et Nana — Boccacio. — U Evénement parisien. — L'art de manger les moules. — 2399 jours de prison. — L'£'gayement parisien.

L'énorme succès du Gil Blas^ succès qui valut à M. Dumont, son directeur, le i3 août 1880, une condamnation à un mois de prison et 5oo francs d'amende, tenta plusieurs spéculateurs qui publièrent une série de journaux orduriers.

Le Gil Dlas avait inauguré un genre. Sa prose, suivant une expression célèbre, ne pouvait se lire que d'une main. Si elle dépassait les limites des choses qui peuvent se dire dans un journal exposé

à être la par tous, elle était écrite avec tant de verve, tant d'esprit, avec des sous-entendus si spirituels, si fins, si gaulois qu'on pouvait dire que la sauce faisait avaler le poisson.

Il n"enfutpas de même des imitateurs du Gil Blas, qui remplacèrent l'esprit par les grossièretés, les sous-entendus par un réalisme dégoûtant, Tidéalisme par la brutalité du fait. Chose triste à avouer, cette série de journaux fut dès son apparition accueillie avec une telle faveur par le public que plusieurs d'entre eux tirèr.:nt à cent mille exemplaires.

La Presse entière s'éleva contre ce iournalism^e pornographique qui envahissait les boulevards, comme la piage est envahie par le flot un jour de grande marée.

Le Terajjs du 28 décembre disait à ce propos :

Pour être franc, cette poussée de feuilles de honte, cette éruption de psoriasis moral, pourra bien être la caractéristique de Tannée qui s'en va. Il y a des baptêmes de promotions à Saint-Cyr, lorsqu'on jette aux orties le schako de l'école et qu'on revêt enfin le costume du régiment. On pourrait aussi baptiser, à l'heure de leur mort, les années qui s'etïondrent et dont les faits et gestes nous font dire étonnés :

— Quoi donc? Ce sera là de l'histoire?

Et si l'on cherche pour ces douze mois une étiquette louangeuse, je demande qu'on lui cloue du moins cet écriteau sur la boîte à joujous qui lui servira de bière ;

Ci-git 1880. — Vannée pornographique.

Le Temps avait raison. Ce fut une fureur, une rage.

Les revues de fin d'années consacrèrent des couplets à la presse pornographique. Aux Variétés,. mademoiselle Alice Lavigne chantait :

Demandez le journal Scandaleux, immoral.

Voilà la feuille de vigne.

D'vot'faveur elle est digne.

Achetez vit'. Messieurs, Le journal scandaleux.

Vrai, ]'vo.us Tdis, dans not'journal Au diable Berquinl ce qui nous flatte C'est le piment, c'est le picrate.

On n' se pique pas d'être moral Aussij faut voir comme on s'empresse Comm'on s'bouscule et comme on s'presse Avec nos histoires, nom d'un nom, On f'rait cabrer un escadron.

Au cercle de la Presse, la revue prit carrément ce titre : Revue j)ornographiqiie. Rabelais, un des personnages de la Revue chantait ce rondeau, répondant à la pornographie qui l'appelait soa père :

Quoi! c'est à l'heure où on me déifie,

Où mes écrits sont partout triomphants.

Que les journaux de la pornograghie

Et leurs auteurs se diraient mes enfaiits! ...

Vous, mes enfants !... Voulez-vous bien vous taire?

Non... non... messieurs,., je vous suis étranger!

Mestils, ce sont: Lafontaine, Voltaire,

Pigault-Lebrun, Paul de Kock, Béranger.

Dans toute la presse parisienne, un seul journaliste osa défendre la presse pornographique. Il est inutile de dire que ce fut M. Zola. Pourtant, qu'avaient de commun avec ce grand écrivain les quelques obscurs cochons qui rédigaient ces ignobles feuilles et jetaient en pâture au public des histoires immondes ramassées dans les casernes et dans les maisons de filles?

Rien assurément, et toute la polémique qui se fie pour et contre les feuilles pornographiques ne fit qu'augmenter la curiosité du public.

La Silhouette^ dans son numéro du 9 septembre 1880, publia un dessin qui représentait M. Zola, nu comme un sauvage, avec la queue d'un paon, trempant sa plume dans un pot de chambre, duquel s'échappait une vapeur qai asphixiait une multitude de mouches.

Cette satire fut le mot de la fin de la polémique.

Le Boudoir parut le 3o mai 1S80; L'Éuénement Parisien^ le G juin; Le Piroa le 17 juillet-, Le Boccace^ Le Décaméron^ La Lanterne des cochons de Paris, le 4 septembre ; La Grivoiserie Parisienne, le 16 septembre ; U Asticot^ le 2 octobre; Le Rabelais, le i3 octobre; Alphonse et Xana le 27 octobre, Boccacio le 24 novembre, et enfin Y Evénement Parisien le 18 décembre.

Le parquet s'émut des nombreuses plaintes qui lui parvinrent, et de l'audace des vendeurs qui arrêtaient les passants en plein boulevard Montmartre pour leur offrir leur marchandise. Ce qui mit le comble à la mesure, ce fut le fameux dessin publié par V Événement Parisien : l'art de manger les moules.

Les gérants, les directeurs et les rédacteurs en chefs des feuilles pornographiques, furent cités en police correctionnelle et furent frappés des condamnations suivantes:

L'Evénement Parisien, i^^ août 1880, 3 mois de prison, i3oo fr. d'amende.

3o août, 6 mois de prison, 5oo d'amende.

9 septembre, un an de prison, 5oo fr. d'amende.

20 octobre, un an de prison, 5oo fr. d'amende.

23 octobre, 6 mois de prison, 1000 fr. d'amende.

26 octobre, 3 jours de prison, 1000 fr. d'amende.

3o octobre, un an de prison, looofr. d'amende.

Le Piron, i5 septembre 1880, un mois de prison, 5oo fr. d'amende.

16 octobre, un an de prison^ 5oo fr. d'amende.

Le Boccace^ 24 août 1880, 3 mois de prison, 5oo fr. d'amende.

22 octobre, 6 mois de prison, 1 000 fr. d'amende.

La Grivoiserie Parisienne, 6 octobre, 1 5 jours de prison, 35o fr. d'amende.

19 octobre, r 00 fr. d'amende.

Le 3o octobre, le tribunal correctionnel condamna les distributeurs de VEzénement Parisien à des peines variant de i à 3 mois de prison et tous à 5oo fr. d'amende.

Les fabricants de journaux pornographiques eurent à subir deux raille trois cent quatrevingt dix-neuf jours de prison et à payer io,o5o/V. d'amende.

La moralité la voici :

Ils gagnèrent dans leur campagne plus de trois cent mille francs. Ils se sauvèrent à l'étranger pour échapper à la prison et à l'amende. L'un, Léopold Duffîeux, s'établit libraire à Bruxelles. Il y mourut en 1886. L'autre, Emile Blain, se réfugia à Londres. Il se lit courtier en parfumerie, à ce qu'il paraît. Il se lit délivrer par son patron à Conduit- Street quelques douzaines de savons, soi-disant pour le compte d'un honorable commerçant de Ludgate-Hill. Arrêté pour ce fait, il fut condamné à quatre mois de travaux forcés. Cet aimable cit03^en publie L'Egayenient Parisien, feuille malpropre qui n'a rien à envier à iaLa?i^e?'?ie des cochons. C'est le véritable moniteur d^s i'jpanars et le bréviaire des filles de brasserie.

La conda.mnation d^Émile Blain fut publiée le 3o décembre 1 884, par le journal Vlntransigeanty sous ce titre : l'odyssée d'un jjornographe.

Une autre feuille, la Parisienne., mérite de ne

pas être oubliée. Elle n'eut qu'un seul numéro, mais il était corsé. Trois articles intitulés : le Bouton, la CJiemi><e de nuit et V Avrhichic étaient ce qu'on pouvait lire de plus ignoble Depuis le rédacteur en chef jusqu'au vendeur, tous furent condamnés par la 8*^ chambre correctionnelle à des peines diverses.

Dans ce déiilé de feuilles ordurières, la palme revient de droit à la Bavarde. Elle joignait à la pornographie l'industrie du chantage : c'était une combinaison des plus curieuses. La Bavarde^ tout en ayant en apparence un siège social, avait des correspondants dans les principales villes de France. Aussitôt quePun d'eux avait connaissance -d'un scandale dans la ville où il habitait, il envoyait un article ou des notes au rédacteur de la Bavarde. Alors on publiait une édition spéciale pour cette ville.

Le gérant, un nommé de la Noue, qui exerçait cette profession pour 2 francs par jour, fut condamné par presque tous les tribunaux de province à des peines sévères et à de forts dommages et intérêts. Il purgea bien ses condamnations, mais les personnes qui avaient eu le courage de braver les malpropres vengeances de la Bavarde pour faire condamner et supprimer cette ignominieuse feuille, en furent pour leurs frcis, car de la Noue était absolument insolvable.

Alors se passa une chose fort curieuse, les parties civiles qui avaient actionné la Bavarde devant

le tribunal d'Arras eurent la pensée de recouvrer leurs frais, en poursuivant les marchands de journaux de cette ville qui avaient accepté le dépôt du journal et l'avaient vendu par fois à des prix fantastiques. Elles en furent pour leurs peines.

Le Constitutionnel. — Thiers socialiste. — Le Juif-Errant. — Les 10,000 francs du père Aymés. — Le Journal des raccourcis. — Appel aux condamnés à mort. — Une fantaisie macabre. — Le Courrier français. — La curée de l'abonné. — Le truc du déjeuner. — La coupure révélatrice. — Le citoyen Tolain. — Une mauvaise farce. — Rossel et le général Cluseret. — Le Boulevard. — Une lettre de M éry. — Un sonnet de Baudelaire. — Jules Vallès sentimentallste. — Les moulins à vent et M. Ludovic Halévy.

Le Constitutionnel parut le 29 octobre i8i5. Primitivement il s'appelait VIndé2:)endant. Il eut pour fondateurs MM. Jaliien de Paris, Rousselin de Saint-Aibin, JayetTissot, anciens membres de la Convention. Il est assez étrange que ce furent des régicides qui fondèrent ce journal, lequel, sous tous les régimes, fut l'organe officieux du gouvernement.

A ses débuts, ce journal fit peu de bruit, quoique le nombre des journaux fût très restreint. En i83o

il comptait parmi ses collaborateurs : MM. Cauchois^ Lemaire, Bâchez, Bjdin et Thiers. En 1843, il passa entre les mains du fameux docteur Véron, illustré par sa cuisinière Sophie et son immense cravate, A la fin de iSôr. .M. de Persigny, comprenant les inconvénients d'avoir une presse officieuse, rattachée trop directement au pouvoir, lequel était responsable des articles publiés dans ses journaux, résolut de rompre avec elle. Il commença par désavouer la Patrie, puis quelques jours plus tard le Constitutionnel. Véron céda alors le journal à Mirés, pour un^ somme de 1,900.000 francs.

Le premier soin d'un financier qui achète un journal est de le mettre en action. Mirés ne pouvait manquer à la tradition. Il appela l'épargne publique à souscrire, et une multitude de gogos accoururent, cro3^ant apporter leur argent à un journal subventionné par TEmpereur. Mais ils furent vite désillusionnés, car, en vertu de la législation de iS52, \q Constitutionnel, qui msLu'iÏQstait des velléités d'indépendance, reçut deux avertissements, les 7 et 8 juin 1862. Menacé d'être suspendu, il dut se calmer.

Le Constitutionnel eut successivement pour rédacteurs en chef : Amédée Renée, Amédée de Césena, La Guéronnière, Cucheval-Glarigny, Granier de Cassagnac, Grenier, Grandguillot et Limayrac.

Le Constitutionnel vit toujours, mais il peut hardiment être classé parmi les disparus, car ce

PARIS-CANARD iH}

journal dont le tirage dépassa 5o,ooo exemplaires est presque tombé à zéro, malgré le talent de M. Henr}^ des Houx.

Si le Constitutionnel de 1887 végète . sans bruit^ l'ancien remplirait un volume de souvenirs et d'anecdotes.

C'était à répoque où le docteur Véron, prêtenom de M. Thiers, dirigeait le Constitutionnel, "spécialement acquis pour combattre des doctrines propagées dans nombre de journaux.

Le docteur pleurait des larmes de sang en voyant les abonnés s'en aller chaque fois que M. Thiers l'entraînait dans les abîmes de la politique, et celuici était sensible à ces douleurs qui ne lui donnaient, d'ailleurs, aucun bénéfice.

— Tenez, lui dit un jour M. Thiers, savez-vous ce qu'il faut faire pour sauver le journal ?

— Mais je ne demande que cela,

— Nous avons combattu le socialisme jnsqu'à ce jour...

— Dites : Vous avez.

— Soit, eh bien! il faut le soutenir à présent.

— Ah ! par exemple, voici qui serait fort, toujours votre système de bascule.

— Oh ! le soutenir en première page, en première colonne, ou même en seconde page, ce serait de l'enfantillage, et d'ailleurs cela ne se lirait pas, c'est décidément très ennuyeux. Ecoutez bien ! Voici E jgène Sue qui achève aux Débats les Mystères de Paris. Le journal de Bertin a gagné dix

mille abonnés avec cet abominable chef-d'œuvre. Eh bien ! attachez-vous Eugène Sue, non point pour un seul roman, mais pour deux, trois, dix s'il le faut.

— Cela coûtera cher.

— Qu'importe.

— Est-ce vous qui ferez les fonds ?

— Non pas.

Véron réfléchit et le marché fut conclu. Il assura à Eugène Sue cent mille francs par an pendant quinze ans pour sa collaboration exclusive.

Le premier feuilleton qu'il publia fut le Juif- Errant. L'histoire de ce roman célèbre, qui a fait le tour du monde, est des plus curieuse, et personne ne croira que ce roman anti-clérical faillit paraître dans le journal la Gazette de France.

La Gazette de France était à cette époque dirigée par M. de Lourdoueix, chef du parti gallican. Son journal, naturellement, en défendait les doctrines. Il alla trouver Eugène Sue et lui demanda d'écrire pour la Gazette un roman contre les Jésuites.

Eugène Sue accepta et se mit aussitôt à l'œuvre. Son scénario achevé, il le communiqua à M. de Lourdoueix, mais celui-ci effra\^é par les types de Rodin et d'Aigrign\^ demanda au romancier d'atténuer l'horreur de ses personnages. Eugène Sue fut intraitable, il ne voulut apporter aucune modification à son ouvrage.

M. Véron n'eut pas les mêmes scrupules que M. de Lourdoueix. Peu lui importait d'ensociali'

pester la France et l'Europe pourvu qu^il gagnât de l'argent. Le succès du Juif-Errant lui donna raison.

En 1866, une grosse polémique s'établit entre iMM. de Riancey et Paulin Limayrac. Un pari de loOjOoo francs s'engagea entre les deux rédacteurs en chef.

Ce débat amusa fort la galerie et le tirage des deux feuilles rivales augmenta considérablement. Les petits journaux d'alors criblèrent d'épigramm.es les deux écrivains. L'un d'eux accusait Paulin Limayrac d'être un plagiaire, d'avoir copié un industriel célèbre, qui, quelques années auparavant, avait couvert les murailles parisiennes d'affiches énormes sur lesquelles on lisait en caractères ultra-gigantesques :

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