‹ Paris-CanardChapitre 24 sur 28 · DIX MILLE FRANCS · texte numérisé non relu

DIX MILLE FRANCS

à qui prouvera

que mon eau ne/ait pas repousser les cheveux

sur les têtes les plus chauves.

Cet industriel, un maître dans l'art de la réclame, reçut un matin la visite d'un inconnu.

— Monsieur, lui dit-il gravement, je viens chercher la prime.

— Quelle prime?

— Celle que vous promettez par vos affiches.

— \h ! très bien.

— Monsieur, j'ai usé de votre spécifique, et voici le résultat.

En même temps, l'inconnu découvrit, en ôtant son chapeau, Je plus superbe genou qui ait jamais surmonté une paire d'épaules.

L'inventeur examina un instant. Puis, sans se déconcerter le moins du monde :

— Pardon, monsieur... Combien de flacons avez-vous employé.^

— Trente !

— En ce cas, je ne réponds de rien. Ce n^est qu'au millième que la cure est complète.

Et le flacon coCitait quinze francs la pièce!

Bénéfice net dans tous les cas : cinq mille francs.

Même résultat pour la polémique du Constitutionnel. Elle ne prouva rien, mais les caissiers des deux feuilles se frottaient les mains en encaissant chaque jour les beaux écus, produits de la bêtise humaine.

Fiorentino, le maître-chanteur, rédigea longtemps les feuilletons dramatiques au Constitutionnel. Pendant des années, il tint tremblante sous sa férule la gent dramatique. Arrivés ou débutants, tout le monde y passait.

Il avait un moyen infaillible pour faire chanter les gens. Il habitait un joli appartement, somptueusement meublé. Il recevait les visiteurs dans son cabinet de travail. Un jour, une artiste, aujourd'hui célèbre, vint le trouver pour solliciter quelques lignes. Après bien des explications, il les lui promit. Quelques jours après, elle vint le remercier et lui offrit timidement un bronze, un vase valant au

moins cinq ou six cents francs. Il reçut Tobjet en remerciant, puis il ajouta :

« Vous êtes bien aimable, madame, mais voyez autour de vous, tous ces objets d'art. Eh bien ! j'en ai plein des armoires ! Nous avons nos pauvres, vous le savez sans doute. J'aurais préféré une petite somme : tenez, voyez ce tiroir (et il ouvrit un tiroir où étaient des billets de banque). Ceci leur est destiné. »

L'artiste, prise au trébuchet^ versa cinq cents francs en s'excusant de ne pouvoir donner que cela.

Si, au contraire, on lui donnait de l'argent, il l'empochait d'abord et disait qu'il eût préféré un objet d'art, un souvenir; qu'il était bien assez riche et qu'il n'avait pas besoin d'argent.

Le dernier propriétaire du Constitutionnel fut M. Gibiat. Ce journal fut mis en vente et racheté par sa veuve, en i885 ; il est aujourd'hui sous la direction de M. Henri des Houx.

Nous avons eu tous les genres de journaux. Un des plus fantaisistes fut assurément le Journal des Raccourcis^ paru le i*^^ juin 1877. 11 annonçait qu'il paraîtrait tous les jours de guillotine. Avec le système de AL Grévy, il courrait grand risque de ne paraître qu'à de longs intervalles.

Dans le titre se trouvait cette mention :

ABONNEMENT GRATUIT d'uN AN

Pour tous les condamnés qui apporteront leur tête à la rédaction.

Les manchettes portaient ceci : « Bourreau de rédaction, place de la Roquette, de minuit à quatre heures du matin; les têtes trop spirituelles ou trop politiques seront envoyées à T Ecole de médecine».

Voici comment le Journsil des Raccourcis annonçait sa venue :

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