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Mon cœur va dé- bor dcr.
[Parie'.) Eli! quoi, Gripet, lu ne tressailles pas a cette A Gbipet. — L'encre?... l'ai cassé la dernière bouteille
pensée glorieuse?
Gbipet, — Pour parler franchement, j'aimerais mieux une tle déserte sans sauvages ; c'est moins dangereux.
Ii i\-l; mi. — Tais-toi. poltron, et dépêchons !■■■ Nous commençons aujourd'hui le tour du monde.
Gbipit. — Est-ce que t'est bien loin '.'
jBàK-Bin. — Nous nous arrêterons à Saint-Maur... A
pri pus, In n'as |ias oublie l'ancre '
hier soir; mais voila les munitions de bouche... une Bute et un bondon.
Jemv-B»u. — Comme e'esi nautique!... Mais a moi, marin, il fallait du thon, beaucoup de thon... marine... C'esi égal, embarque ! embarque! Prends un ris... au large... Nous voila partis... psss.-.psss...commei a file 75 noeuds à l'heure!... Haul les gabiers! Prends garde de tomber, Gripet... montrons-nous dignes de monter
le Forban... En voilà un qui n'est guère solide. ..je ne pourrai jamais m'asseoir là-dessus... Qu'importe ! Dans ma noble ardeur, je ferais le lour du globe sur mes jambes, en répétant :
Vents, soufflez! gronde, orage! etc.
Si j'avais été maître De choisir mon étal, Je me serais fait naître Matelot de l'État.
Au lieu d'un soleil pâle.
La zone m'eût brûlé ; Et puis, â fond de cale, Je serais plus calé.
(Parte.) C'est vrai; j'aurais beau être en panne, je m'amuserais gratis... car je dois te l'avouer, Gripet, tous mes appointements passent en circulation pour la navigation. Je veux mettre mon père à contribution en lui faisant la relation de mes excursions, expéditions et pérégrinations ; j'en suis pour mes frais de narration et de description. Cela ne hausse pas mes actions, et chaque embarcation qui contente ma passion et flatte mes dispositions, en donnant de l'extension à ma vocation, nie coûte des réflexions qui ne me laissent nulle satisfaction... Oh ! ciel parâtre !.. Plutôt que de me vouer à l'étude... d'un huissier, tu devais me faire pirate ; c'était presque la même chose .. d'huissier à corsaire, il n'y a que la main... Du moins, mes exploits ne seraient pas sur papier timbré Une fièvre nautique s'empare de moi ! Je ne vois plus que flots irrités... que vagues mugissantes... Je nage au sein des mers de toutes les parties du monde'; j'en vois de toutes les couleurs... Dans ma soif d'eau salée, je changerais toutes mes plumes et celles de mon patron contre une simple paire de nageoires; oui, je voudrais être... cétacé.., C'est assez réfléchi .'j'y suis décidé ; dès demain, je pose la première pierre... d'une frégate... Je la lance à la mer, et là, sur le pont neuf... de mon bâtiment, je m'écrie, une hache d'abordage à la main. :
Vents, soudiez! gronde, orage! etc.
Je fume mon cigare, Bercé par le roulis, El ma tête s'égare Au chant des bengalis.
De plaisir dans le vague Mon esprit va vaguer...
En glissant sur la vague, Je me sens divaguer.
{Parlé.) Oui, morbleu! vive la marine!... Pourtant, dans mon bonheur, quelque chose me manque, c'est ma Barbe... Figure-toi, Gripet, que ce malin, eu mettant le pied dans la rue, Barbe s'offre à nies yeux, portant une énorme baleine... de corset. Elle voulait me faire voguer avec elle vers l'Ile d'Amour, en citadine ; mais
<*> j'ai refuse. Alors elle a fui (toujours avec sa baleine) en me traitant de monstre... marin. Malgré cela je la regrette... Oh! que n'es-tu là, ma jolie, ma sainte Barbe! je te ferais sauter... sur mes genoux.
Use vois. — Ho! hé! du Forban', ho! hé!
jEix-BiR. — Qui me hèle? Serait-ce elle?... Non. c'est un vaisseau marchand... marchant avec la plus glande vitesse... Passe-moi ma longue-vue... ah ! voici mon lorgnon!... Le Cyclope, monté par Jules Leborgne et Achille Grosdos... En forçant de voiles, ils me dévoilent leurs projets: ils voudraient nous passer, nous allons les combattre... Tout le monde sur le pont ! Branle-bas général !... canonniers, à vos pièces!
Achille Grosdos. — A toi, Jean-Bar; gare la bombe!
.Im-litii. — Merci, bombé ! .. oh ! c'est un bout de
saucisson ; je ne puis digérer cela, vengeons-nous !
Feu de bâbord !... Ils sont démâtés ! La victoire est à nous !. . Gripet, célèbre notre triomphe par un air guerrier, maritime...
Gripet, chantant. —En avant, marchons...
Jeax-Bih. — Non, non, non, c'est tombé dans l'eau. Redis plutôt avec moi :
Vents, soufflez ! gronde, orage ! elc.
Mais bientôt la tempête Me fera tempêter ; L'ouragan qui s'apprête Me dit de m'apprêter.
Au loin projetant l'ombre, Le ciel vient de s'ombrer, El rend le jour si sombre.
Que je crains de sombrer.
{Parlé.) — Voilà le moment critique; c'est sur les ecueilsque nous allons cueillir les palmes de la gloire... Grand Dieu ! que vois-je ? Un ours blanc se dirige vers nous... Donne-lui un coup de croc sur tes dents..
Gripet. — Eh ! non, c'est un caniche qui se baigne...
Jea^Bar. — Silence! Il approche, il va monter. .. C'en
est fait, nous coulons Adieu, Gripet, nous tombons
dans les profondeurs de l'abîme Tiens! j'ai pied...
Ce ne sera qu'un bain... Remorque le bâtiment sur le sable-.. Mais dans quelles contrées sommes-nous?... Ah ! voici un habitant, demandons... Vénérable insulaire, apprenez à des Européens naufragés dans quels parages les flots inconstants les ont conduits.
Ux paysan. — A Charenton.
Jeax-Bar, étonné. — Charenton !
Un cocher, de loin. — Paris! Paris !
Jean-Bai. — Bon! voilà mon affaire! Je termine mon voyage maritime en coucou... Pilote, deux places.
Le cocher. — Il n'y a plus que des lapins, bourgeois.
Jejx-Bar. — Va pour des lapins !... Gripet, his>o le navire sur l'impériale Embarque! embarque! Pilote, la barreau vont; cingle... toncheval, et voguons...
vers Paris... En voilà pour la semaine Dimanche, je
veux redire encore :
Vents, soufflez! gronde, orage ! elc.
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