‹ Paris chantantChapitre 106 sur 130 · Y A-T-IL ROMANCE ET ROMANCE · texte numérisé non relu

Y A-T-IL ROMANCE ET ROMANCE

Il y a peut-être fagot et fagot , je ne contesterai pas la valeur de cette découverte essentiellement philosophique.

Mais il n'y a pas romance et romance. Ce petit poème, ce petit refrain, cette petite musique, eu un mot ce petit je ne sais quoi qui se lamente sur le mode mineur depuis un nombre de siècles inimaginable, a cela de commun avec toutes les choses éternelles, qu'il est et sera toujours semblable à lui-même.

Avant d'aller plus loin, prenons bien garde de ne pas nous embrouiller dans les mots.

Une romance , ce n'est pas autre chose qu'une romance ; ce n'est ni une chanson, ni une chansonnette, ni une vilanelle, ni

StNS

une ariette, ni un vaudeville, ni une complainte, ni un lai, ni un virelai, ni une séguidille, ni rien au monde qu'une romance, et voilà tout.

Une romance, c'est une petite chose en trois couplets, quelquefois en quatre, rarement en plus grand nombre. Dans cette petite chose, il y a un soupir : ce soupir, c'est celui d'un monsieur qui aime et qu'on n'aime pas, quand ce n'est point celui d'une dame qui aime et qu'on n'aime plus.

Ce monsieur et cette dame soupirent ainsi depuis la création du monde, ou, si l'on veut, depuis la découverte des bémols, ce qui revient absolument au même.

Si tous les hommes étaient constants, si toutes les femmes étaient humaines, la romance n'existerait pas; et si la romance n'existait pas, il ne faudrait pas l'inventer.

Mais puisque nous sommes tous plus ou moins des monstres de cruauté ou de perfidie, il est bien j uste que, pour la peine, nous subissions la romance sans nous plaindre, et mademoiselle Puget avec résignation. Ayons le courage de nos petits défauts.

Cela dit, je conviendrai d'une chose, car je repousse avec horreur toute espèce de système absolu.

Si la romance est immuable dans son essence, il est cependant reconnu qu'elle change quelquefois de robe, et ne méprise pas tout à fait les capricieuses lois de la mode en ce qui concerne ses atours.

Par exemple, j'ai une tante et une grand'mère. Eh bien ! il est facile d'établir une différence notoire entre les bergeries que ma tendre aïeule réussit quelquefois à fredonner quand de vin pur elle a bu deux doigts, et les roucoulements sentimentals de ma digne collatérale.

Ici comme là, il s'agit bien toujours de cruelles et d'inhumaines, d'inconstants et de volages, de Lovelaces et de Célimènes; c'est bien toujours, si vous voulez, ce petit monde galant et soupireur qui relève exclusivement de la romance, mais on sent que le vertugadin de ma grand'mère a été remplacé chez ma tante par ce corsage à la grecque, de séduisante mémoire, et cette tunique transparente qui rendaient madame Tallien et madame Récamier si belles dans les salons du Luxembourg.

Et vous, Louisa, ma gentille grisette, qui habitez sous les toits avec les hirondelles, vous aussi, vous chantez; mais, hélas! que vos romances ressemblent peu, ma mie, aux ritournelles plaintives de mes grands parents!

Il faut cependant rendre justice aux grisettes en général et à Louisa en particulier.

La iirisette est d'une nature essentiellement sérieuse dans les choses du cœur. Le genre un peu cavalier de Monpou et d'Alfred de Musset a bien pu, dans ces derniers temps, corrompre cette gravité sentimentale qui la distingue, mais ce n'a été qu'une erreur passagère, et Louisa, égarée un instant par la marchesa d'Amaëgui, est retournée bien vite à ce principe éternel de toute romance et de tout cœur de modiste :

Vois-tu, mon ange.

Jamais le cœur ne change;

L'amour d'un jour Ça n'est pas de l'amour.

La grisette, et ceci fait l'éloge de cette constance que de mauvaises langues lui dénient, est demeurée la seule de toutes les beautés de notre époque qu'on puisse séduire aujourd'hui en pinçant de la guitare.

Louisa donne un thé lous les samedis, el ces jours Ij, quelques étudiants, ses convives, déploient un talent sur la mandoline qui livre le cœur de la pauvre enfant à «le violents orages. Cette circonstance esl de notoriété publique.

Malheureusement, il faut bien le dire, toutes les grisettes aujourd'hui ne demeurenl passons les toits, el toutes n'ont pas pour l'étudiant de première année one égale estime. Quelques-unes, échappées de la loge du portier, ne se sont envolées dans les mansardes que pour retomber de ebute en chute jusqu'au premier étage de la maison , dans un boudoir de princesse, tout tapissé de velours et tout jonché de fleurs. Os beaux anges des gouttières, en se laissant choir dans un lit de guipures, sont devenus quelque peu diables, et méritent tous plus ou moins qu'on les apostrophe'de ees deux vers du poète :

Won, non, VOUS n'êtes | > I us Lisette, Non, vous ne portez pins ce nom.

Aussi ce doux nom de grisette, elles ne le portent plus. Louisa n'aime plus la guitare, ni les étudiants en droit ; Louisa ne chante plus à sa lucarne, Louisa ne donne plus de thés le samedi soir, Louisa ne. se souvient plus de ces romances qui jadis la faisaient tant rêver, la Folle, la Poitrinaire, ma Normandie, la Montagnarde, Je veux i" aimer sans te le dire, Quoi! lu le veux, il faut partir, et tant d'autres mélodieux soupirs qu'elle exhalait autrefois d'une voix tremblante

Non. non, Louisa n'est plus Lisette, c'est Louisa, c'est la grande dame, c'est la grande coquette, c'est la lionne, c'est la lorette enfin'

Qu'est-il résulté de là? Je vais vous le dire.

Du jour que la grisette a changé de nom, la romance a changé d'allure. Il a fallu, pour plaire, quitter les doux sentiers de la galanterie et brûler le pavé sur la grande roule des passions, l'oëme et musique, on a tout enflammé d'un feu plus vil', et le soupir antique et solennel a dû céder la place à tous les égarements du pœur et de la raison

Oh! sur ton Iront qui penche J'aime à voir ta main blanche Peigner tes cheveux noirs !

Beaux cheveux qu'on rassemble Les matins, et qu'ensemble, Nous défaisons les soirs!

Apres cela, je conviendrai que les bergères du dix-huitième siècle, et les belles plus on moins cruelles de 1819 et années suivantes avaient bien aussi leurs petits défauts. Les Chloris de Marmontel et de M. le chevalier de Boufllers n'étaient pas précisément aussi blanches que leurs moutons, elles étaient toutes un peu rosières de la façon de Joconde, ou, si vous aimez mieux, à la façon de barbari. mon ami. D'ailleurs, il faut bien avouer qu'elles professaient pour les ramiers amoureux une estime singulièrement exagérée.

Quant aux dames qui brillaient sous la Restauration, et qui envoyaient chaque malin leurs chevaliers à la guerre combattre pour les lis et pour l'amour, on ne sautait rien dire sur leur compte qui tendit à ternir leur haute réputation de vertu. Le jeune et beau Dunois croyait en l'honneur de sa dame comme en celui de son roi. C'était le beau temps de toutes les belles croyances... en chansons.

Il y avait cependant par-ci par-là des Adèle, des Sophie, des Julie, des Il or tenue, des

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Constance, voire des Elvire et des Célimène, qui préféraient garder leurs amants près d'elles, au risque de les faire endiabler, plutôt que de les voir partir pour la Syrie. Celles-là ne voulaient d'autres combats que ceux de l'amour, et n'aspiraient à d'autre gloire qu'à celle de les renouveler souvent. Files avaient toutes un sein d'ivoire, des dents de perles, des lèvres de corail, une peau d'albâtre et des cheveux de jais, rude assemblage de corps solides qui explique jusqu'à un certain point la dureté de leur cœur de rocher. Coquettes ou inhumaines, elles ne sortaient pas de là. Leurs amants, du reste, étaient d'assez bonnes pâtes d'homme. Ils s'écriaient communément :

Je veux braver son inconstance,

Je veux n'être plus amoureux,

Je veux... mais sitôt que j'y pense

Je ne sais plus ce que je veux (bis.J

M. Romagnési et M. Amédée de Beauplan ont fait déraisonner comme cela une foule d'honnêtes gens.

Mais quoi qu'il en soit des bergères, des Adèle et des tendres amies, il n'en reste pas moins démontré que jusqu'à la venue des femmes légères de la rue Saint-Georges, la romance ne s'était pas avisée des énormités qui la distinguent aujourd'hui. On ne saurait le nier, nos belles d'aujourd'hui préfèrent le cigare à la houlette, et plument plus de pigeons qu'elles ne caressent de colombes. La plaintive Philomèle se gène peu pour aller conter sa peine aux échos du bois de Boulogne, montée sur un pur-sang. Elle préfère le vin de Champagne au cristal des ruisseaux, et, s'il est encore des bergères, elles sont femmes à se laver cavalièrement les mains du lait de leurs brebis.

Quant à la romance purement attendrissante , nous aurions tort de lui refuser une sorte d'existence parmi nous. Mais un point remarquable qui la sépare des idylles et des pastorales d'autrefois, c'est qu'elle est devenue d'une certaine force sur la géographie.

Du temps de M. Romagnési, villages et hameaux, ruisseaux et bocages, tout se ressemblait. Que la scène fût sur les rives du Bosphore ou sur les côte- du Morbihan, ou sur les bords du Tage, ce n'était pas là l'important. M. Romagnési trouvait partout des bocages pour faire soupirer ses Annettes, ou des coudrettes pour faire danser ses Lucas. Dans ce temps d'innocence, l'opéra-comique ne possédait qu'une toile de fond, laquelle représentait un hameau, et figurait aussi bien les montagnes du Valais que les campagnes de Colcoude, ou les jardins de Bagdad. On n'y entendait pas malice.

Aujourd'hui, la griselte veut de la couleur locale, et exige que M. Bérat respecte la vérité, lorsqu'il lui arrive de chauter sa Normandie, ce fameux pays qui lui a donné le jour- Clle prétend aussi, quand on lui parle de la Bretagne, apercevoir réellement :

La passerelle en planches, Et le torrent sauvage où j'aimais tant à voir Nos Bretonnes, pieds nus et le point sur les hanches, S'en aller en chantant du gros bourg au lavoir.

L'Ile sait de même ses Orientales sur le bout du doigt, et mépriserait mademoiselle Puget s'il lui arrivait de mettre le Bosphore en musique autrement qu'en ces termes :

Nous irons le matin écumer le rivage, Des pêcheurs négligents ramasser le corail ,

l'AKIS CHANTANT.

IM

l'.t puis nous ravirons quelque vierge nu passage. Pour l'offrir en hommage bu sultan «lu sérail

Monte tlans ma l.irlane,

Jeune Greequc à l'œil noir.

Il est évident que M. de Beauplan n'eut pas trouvé tartane, et eût bravement écrit : Monte tian* ma nacelle... bergère, aur yen.r de jais.

Je nie suis arrêté à ces détails que pour mettre en lumière une précieuse vérité qui est celle-ci :

l.a romance, c'est l'homme.

Ainsi que l'homme, elle change d'habits el de coiffure, quitte la culotte ^ris de perle et la triomphante perruque à l'oiseau royal, adopte comme lui tous les caprices de Staub ou de M. Roolf, se coifle de toutes les lubies de (iibus ou de Gausserait, mais n'en demeure pas moins, ainsi que l'homme, une chose passablement médiocre et monotone; — ce qu'il fallait démontrer.

MARC FOURMER.

UuïClVTuUc .

paroles de m. eugene de mirecourt. — musique ds m. auguste biogino.

PIANO

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D'i ci, vois l'hiron- del - le

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P.Ticéiié» 'le TaniinMnn cl C rd.-i. 90, rue Je la Har

PARIS l I1AMAM.

llFlMh.MI (OITLFT.

Sun vol, t ii>t»- présage, Nous annonce l'orage;

Mais tes beau \ eui

Pour moi sonl des étoiles,

Ki je prendrai pour \oiles Tes longs cheveux.

TROISIÈME couflbt.

Si ma barque se brise, Ton souffle, douce brise, Nous conduira

Vers le ciel, ta pairie,

< lu I lieu, ma belle amie, Nous sourira.

Q! Ullli-Mi: COUPLB1 •

Puis les saintes phalanges De tes frères les anges

Aux ailes d'or, Nous ouvrirons la sphère Où mieux que sur la terre

On aime encor.

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