FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES
tandis que ce) Orphée au geste symbolique Préck à ses iimliiciirs un avenir heureux, Ceuï-ri, mii|ilis du fou de sa \oi\ prophétiqu Dégustent... par avance un repas somptueux ,
Caressent... en espoir des femmes toujours belles; Savourent... dans leur rêve un Champagne à huil sous, Jouchenl de mille fleurs... le fond de leurs cervelles. L'imagination a de si beau joujoux '
ous n'avons jamais eu qu'une fort médiocre estime pour la CtGALE de la Fontaine. Cette drôlesse, ayant chanté tout l'été avec l'insouciance qui la caractérise, nous paraît passablement sans cœur d'aller crier famine chez la Fourmi.
Nous ne nions pas qu'une des plus nobles façons de vivre soit de se suspendre en chantant aux touffes parfumées des orangers. Mais quand la bise est venue, envoyer sa muse grelottante mendier chez la Fourmi! exposer la poésie, la plus sainte des choses, à tout le mépris des riches! Non, non, dame Cigale, il faut avoir plus de respect que cela pour soi-même et pour l'inspiration que le bon Dieu nous donne. H y a dans
l'AUIS CHANTANT.
Paris une foule de cigales qui n'ont pas voire soleil, qui n'ont pas vos grenadiers en Heurs et votre beau ciel de la Provence, mais qui ont le cœur assez haut placé pour souffrir et se consoler entre elles quand les mauvais temps sont venus. Cette foule-là, c'est le peuple.
Les historiens qui ont écrit près de six cents volumes sur l'histoire de France ont toujours oublié de mentionner ce fait, que, depuis plus de mille ans, le peuple, chez nous, se venge ou récompense, bâtit des trônes,creuse des gémonies, marcheà la gloire, ou s'endort dans ses chaînes au bruit de la chanson.
On compte dans Paris plus de cinquante sociétés chantantes qui ont chacune un jour de réunion dans la semaine. Ces sociétés, que l'on connaît sous le nom générique de Coquettes, ne sont le plus ordinairement composées que d'ouvriers et de journaliers; mais ce qu'il faut remarquer, c'est que parmi ces ouvriers il y a des poètes, et que, parmi ces poètes, il y a des hommes de génie.
Le gouvernement, qui se rappelle le mot de. Mazarin, délivre aux Coguettes, sans beaucoup de difficulté, la permission dont elles ont besoin depuis les lois d'avril;ce qui leur donne une existence légale sanctifiée parle préfet de police. Leur institution a pour base les règles les plus pures du suffrage universel; leurs lois émanent de ce qu'il y a de plus édifiant en fait de fraternité, de liberté, d'égalité et autres nafvetéstouchantes du credo populaire. Elles ont un comité directeur, elles ont des insignes, des drapeaux et des devises; elles ont des lyres avec des marottes en sautoirs, elles ont particulièrement ce qui nous manque à tous, oui à tous, à vous, artistes, à vous, publicistes, à vous, gazetiers, orateurs, hommes d'Etat, à tous, vous dis-je..., elles ont une foi sérieuse dans ce qu'elles font. Chacun des membres d'une goguette a pour conviction inébranlable, qu'il goûte en y allant un plaisir peu commun; et comme la distraclion, chez le peuple, est une chose très-grave, il en résulte que chacun prend sa part de l'agrément avec un flegme qui va souvent jusqu'à l'intrépidité. Ils chantent sans arrière-pensée. En outre, ils ont l'instinct de la liberté individuelle développé à un tel point, qu'un dé leurs bons camarades (expression consacrée) chanterait faux à déplacer les montagnes et userait de la permission au delà de toute patience humaine, que l'assemblée ne tolérerait pas le moindre signe qui put gêner le chanteur, parce que ce chanteur-là, voyez-vous, c'eut un citoyen qui s'amuse.
J'imagine que la Coguette naquit un jour de cet axiome de philosophie française mis plus tard en musique par Champein : Sans chanter peut-on vivre un jour? Piron et Collé s'étaient posé sans doute cette question charmante, un soir de ripaille, à la lueur d'un lampion de cabaret, et les deux coudes appuyés sur la table, parmi les pots renversés. Or la Goguette a eu cela de vertueux, qu'elle est demeurée fidèle à son berceau. Née au cabaret, elle y est obstinément restée, et bien lui en a pris ; car le cabaret, sans elle, n'existerait plus. Mais qu'on se rassure, elle a mis sa gloire à nous conserver ce refuge bienaimé de nos pères. Oui, nous l'avons encore, quoi qu'on en dise, et tel assurément que le légua Santeul, lui, le buveur sublime, aux Hadet et aux Bauveset, autres ivrognes non moins dignes de l'épopée. C'est toujours le cabaret, le vrai, le vieux cabaret avec son vieil Olympe, son vieil Apollon, son Bacchus et ses Muses, des immortels passablement fripés, je le veux bien, mais, au demeurant, de bons diables de dieux, point fiers, point bégueules, point trop durs au pauvre monde, et
ruas ciiam INT.
toujours animés de ce fameux rire que vous savez, du rire inextinguible d'Homère... Allons! trinquons avec Vénus, et vivent les dieux qui sont morts!
Un moment pourtant... Parfois, du milieu des deux cents buveurs d'une Goguette, un homme tout à coup se lève. Cet homme a la ligure maie et énergique, l'œil doux cl profond, la bouche calme, le geste sobre, le front sévère. Aussitôt tout bruit cesse, et les mains retombent sans achever de porter aux lèvres le verre qu'elles viennent de remplir, (l'est qu'il ne s'agit plus ici de pampres ni de faux dieux, de croyances éteintes ni de hochets vieillis ; ce n'est plus le passé qu'on va chanter, c'est l'avenir.
Qu'ai-je dit tout à l'heure? que le cabaret, le bon vieux cabaret de Santeul existait encore? Non, non, détrompez-vous. Est-ce que Santeul a jamais connu la poésie de cet homme qui est là debout et qui chante? Est-ce que les compagnons de Santeul virent jamais courir ces feux terribles sur leurs fronts transfigurés? La muse de San teul, cette nymphe convertie du Latium, sut-elle jamais autre chose que moduler des psaumes sur le dactyle un peu aviné d'Horace? Allons donc! du temps de Santeul, il y avait de grands seigneurs et des manants ; mais le peuple, où était-il ? Or, celui-là qui chante ainsi debout au milieu de ses frères, c'est le poète plébéien... Ne cherchez rien dans le passé qu'on puisse lui comparer. Entre le passé et lui tout un monde a croulé; tout ce qui fut, il l'ignore, mais il signale tout ce qui vient.
Ce que je raconte là ne forme jamais dans une soirée de goguette qu'un incident rapide. C'est un éclair qui passé, une traînée de feu qui s'allume, quelques regards qui flambent, et puis l'on se remet à boire et à chanter Cupidon dans les vignes; seulement le spectateur impassible peut en conclure ce fait purement géologique : que les vianesqui croissent près des cratères produisent un vin généralement capiteux...
Il y a presque autant de femmes que d'hommes dans une Goguette. Quelquefois même, et ce ne sont pas les séances les moins pittoresques, ce sont elles qui occupent le bureau. Nous en causerons un autre jour.
Mais qu'est-ce donc que ce bureau?
Je vais vous le dire. Nous avons d'abord un président décoré de ses insignes, lesquels sont, dans les jours solennels, le grand cordon de la Légion d'honneur, à moins que le capricieux dignitaire n'ait préféré le grand cordon de Saint-Louis. Nous avons ensuite un vice-président, personnage absolument muet et honorifique, dont la principale fonction est de verser du vin au président. Nous avons aussi un président d'honneur, personnage encore plus muet et encore plus honorifique, dont l'emploi présumé consiste à verser du vin au vice-président. Après cela, vient le maître des chants, qui donne la parole à tour de rôle aux amateurs qui se sont fait inscrire. Le maître des chants ne se verse généralement à boire qu'à lui-même. Le secrétaire marche ensuite ; c'est lui qui a le soin des convocations et des procès-verbaux : personnage ordinairement très-ennuyé des grandeurs. Le trésorier est le dernier membre du comité qui soit de la magistrature assise. Il a tout l'embonpoint qui convient à sa sinécure. Enfin vient la magistrature debout dans la personne du maître des cérémonies, le Curtius de la Goguette, l'homme aux grands dévouements, celui qui déploie le plus audacieux courage pour obtenir qu'on ôte son chapeau, que les hommes ne fument pas trop, et que les femmes se. taisent le plus possible. Mais il est un personnage bien autrement respectable que nous ne devons point passer sous silence, quoiqu'il ne soit pas précise-
ment du comité: nous voulons parler du marchand de vin chez qui se tient l'assemblée. Ce digne industriel prend ce jour-là le nom de pourvoyeur. 11 a pour privilège exclusif de se promener sans cesse autour des tables, surtout pendant que l'on chante, et de produire avec ses verres et ses bouteilles un accompagnement à la quinte qui ne manque pas de monotonie. De plus, il est autorisé à servir un litre de vin à chaque membre de la Goguette à mesure qu'il se présente. Le pourvoyeur interprète assez judaïquement cet article-là de ses franchises. Vous arrivez, par exemple, en compagnie de deux de vos amis ; vous demandez un litre et trois chaises, on vous apporte aussitôt une chaise et trois litres. Il est vrai que vous avez le droit de payer les trois litres d'avance.
Il nous serait difficile d'énumérer les noms de toutes les Goguettes de Paris. Voici ceux que nous avons pu recueillir ; le lecteur appréciera leur singularité quelquefois originale. La Lice chansonnière ; les Gais Pipeaux; les Enfants de la Halle; laCouronne chansonnière ; les Enfants de Pkébus; les Enfants de la Goguette ; les Enfants du Vaudeville; les Enfants de la Joie; les Amis des Arts; les Démocrites ; les Joyeux ; les Enfants de l'Avenir ; les Amis de la Chanson ; la Camaraderie ; les Soirées de Famille; les Poissom de l'Uippocrhie ; les Palefreniers du cheval d'Apollon; la Pipe; le Canif; les Amis du siècle; les Momusiens ; les Animaux; les Disciples de Bacchus; les Canotiers; tes Moissonneurs; les Entonnoirs; les Ermites; les Nourrissons des Muses; les vrais Soutiens de In ijaieté française ; etc., etc.
Nous demanderons la permission de terminer par un mot de notre ami Bancroche, un savant du plus haut mérite, quoique décoré, à qui nous demandions ce que pouvait signifier la présence du vieux coq gaulois dans les armes françaises.
«Vous portez un coq, me répondit-il avec sa brusquerie germanique, parce que vous êtes un tas de sans-souci qui braillez dès l'aurore et qui chantez comme des sourds. »
illttir iFoutnirr.
l'AKIS CHANTANT.