COMPLAINTE SUR LA MORT DU GRAND CHICARD
1MK H. IMlllli
Ain : I).' Fualdfcs.
Écoulez, gens du grand monde Plambards, Tilis du bon ion.
TAchcz de saisir le Ion.
Je vais chauler à la ronde, Avec grâce, esprit, chic, art, L'hisloire du grand Cliicard.
Malgré son intelligence, Il naquit un peu boucher ;
Il aimait tant écorcher lîéies, grammaire et décence, Que pour charmer ses loisirs Il dut cultiver les cuirs.
Il dépouilla tant de hèles, Qu'il fut l'effroi des troupeaux ;
L'art qu'il montra sur les peaux Le fit chérir des griseltcs.
Qui dans les bras d'un tanneur Croyaient trouver le bonheur.
J'ai dit tanneur pour l'histoire; Sans le vrai, rien n'est parfait ; Grand homme, si je l'ai fait, Pardonne, c'est pour ta gloire, Car on trouvait étonnant Que partout tu sois tannant.
Mais bientôt rêvant le Irône Que son talent lui promet, D'un sale casque à plumet Il se fait une couronne; Alors en dépit des sols, Il fut nommé roi des sauts.
Aux Vendanges de Bourgogne Il piaula son étendard, Et mit sur son nez tant d'art, Pour mieux déguiser sa trogne, Qu'on disait avec transport :
Chez Chicard on trouve un porl
Lorsqu'au doux son des cymbales L'on sent frémir ses jarrets, Si l'on a cinq francs tout prêls, On dit, voyant ses cinq balles :
Rien qu'avec ces cent sous-ci, Je peux voir ces sans-souci.
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Il faudrait le Caravage
Pour peindre ce grand vainqueur.
Sons son reil fascinaieur
Le cœur que Chicard ravage
Se transforme en un volcan
Dont la lave est du cancan.
Il chaule, il saule, il frélille; En le voyant, on se dit :
Que cet Amour a d'esprit!
Aussi chaque jeune fille Fuit le trait de Chicard, quoi- Qu'il n'ait rien dans son carquois.
Aulant que Mars, en carême, Il est le dieu des combats :
En voyant ses doux ébats, La femme que Chicard aime, De celui qui la prendra Sait bien ce qu'elle apprendra.
Il consomme aulant de femmes Que feu le grand Salomon.
Aux jours gras c'est un démon Qui sait fasciner les dames Dont les coeurs sont convaincus, El tous les maris... vaincus.
Dépassant toutes les bornes, Par son pouvoir infernal.
D'un garde national Il fait une bête à cornes!
Et dire que cet état Est patenté par l'Étal!
Pour arrêter ce carnage Un complot fui projeté; Dans la Seine il fut jeté ; Mais par bonheur Chicnrd nage.
Pour l'honneur du carnaval, Satan lit Chicard naval.
Point d'amante, point d'amie Qui sache où ses écus sont ; Aussi sur sou écusson Figure l'économie, Car il ménage fort bien Et son esprit et son bien.
Pourtant il eut son Cocagne Aux environs de Paris; Il recrutait nos houris Pour sa maison de campagne ; Car Chicard pour cent raisons Tient aux Petites-Maisons.
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Mais il a fui cet asile Depuis les chemins de fer.
Le voyage était trop cher ; Pourtant on quittait la ville Pour les caravansérails De Chicard, avant ces rails.
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Quoi ! déjà de ce grand homme On voit le sceptre trembler!
Même il songe à rassembler Ses hauts faits dans un grand tome; C'est un poème touchant Dont voici le premier chant :
« Adieu , printemps ; mon automne « Arrive; j'ai donc été; « Je vois s'enfuir mon été, « Car je deviens monotone, « Moi qui par des sauts divers « Ai su charmer tant d'hivers. »
Mais, grands dieux, le télégraphe Vient nous annoncer sa mort!
Amis, pleurez sur son sort, El de moi, son biographe, Recevez de son dépari Le billet de faire part.
Que Chicard sans traverse aille
Jusqu'à la postérité,
Car ce n'est en vérité
Pas trop i[ii il entre à Versatile,
Ni qu'il soit dans Gavard, ni
Pans l'album de Gavarni.
Puisqu'il fut un Chicard rare, Ici-bas, il serait beau De lui construire un tombeau En vrai marbre de Carrare.
Sur lequel on lût aussi L'épitaphe que voici :
Ci-gît qui, quoique grand maître, Hélas ! a manqué son but, Car jamais à l'Institut Il ne put se faire admettre, C'est pourquoi la mort le prit, Afin d'en faire un esprit.
Oui, c'est là qu'est sa dépouille' Mais du convoi du tanneur On exclut son serviteur, Car ces laquais, ça dépouille !
Au moins qu'à son héritier Son cuir passe tout entier.
Chicard, ô toi qu'on inhume, Excuse un adolescent.
Si le style à Dollet sent L'homme ayant trop d'amertume, Qu'au moins ce dernier couplet Fasse aimer l'amer Dollet.
Ile son iliani iloux et pur, le roi île France épris, Dp la simple nonneiie, un jour, Gl une reine; In moine beau chanteur fui aussi bien surpris ll'enirer au tiel couvert île la pourpre romaine.
Chaulez, génie lillelle, el nuis, bel \mailis; Puisqu'un [rail musical appelle une couronne, L'un île tous peul demain s'o\eiller sur le Irène,
(lu, pour le moins, eu paradis.
!.. fi.