SCENE X
CLODION, wm UNE ETOILE et M. PER- RUQUE.
UNE ÉTOILE , annonçant. L’honorable M. Perruque, amateur de musique.
(Un grand bruit de cymbale et île tam-tam se fait entendre.)
M. PERRUQUE. Voulez-vous bien me laisser tranquille avec votre cuivre... les vandales!... ils poursuivent mes oreilles jusqu’ici.
CLODION. Après qui eu avex-vous donc ?
M. perïvuque . Après votre enragée de musique moderne... votre orchestre iafernal ! Dieu me . pardonne , ils mettront bieutôt un canon pour remplacer la petite flûte!... ils accompagnent déjà une romance avec un cornet à piston.
CLODION. A ce que je vois, monsieur n’est pas lç partisan de nos maestri ilaliani, de nos soprani , bassi , diletUuiti ?
M. perruque. OU! ne me parlez pas de tos Rubini, Donisetti, Tamburini , Grisi, Lablachi ,ni même de Rossi ni... Dans mon tems , dans le bon teins . . nous avions de la' musique... de la véritable... de la musique de Lully, de Duni , de Gretry , de Monsigny , de Spontini... au moins ce n’était pas vos noms eni...etquellemusiquc !..on n’en fait plus comme ça !.. L’autre soit , j 'étais à l’Opéra , à côté d’uu petit jeune homme !
voilà qu’il me soutient qu’il n’y a de bonne musique en France que depuis Rossini , et il m’entonne ce petit air du Comte Ory :
( Chantant. )
Que le» destin» prospères * * Accueillent vos prière».
Et Grêtr* monsieur. . . que je lui dis...
c’est bien un autre chant... écoutez cet ai admirable de Zémir et Azo r :
{Chantant sur le même air.)
Du moment qu’on aime,
On devient plus doue.
Quelle différence!., comme c’est phrasé...
comme c'est modulé !....' là-dessus mon jeune homme s'échauffe et croit m’imposer par ce petit air du Barbier de Sn'ilte :
(De meme)
Ah ! bravo ! bravo | Figaro.
Ali! bravo! bravissiino !
Mais je l’ai terrassé, anéanti, pulvérisé avec ce bel air de Dalayrac dans Hrnaud <f Asl : ,
iPe même.)
Ab! te pauvre petit !
Ah! comme il est transi!
Il n’y a pas de comparaison.
CLODION, à part. C’est toujours le même air pour changer.
m. perruque. On ne fait plus de. la musique comme cela aujourd'hui , ni à i'Ôpéra ni aux Italiens.
. CLODION. Vous y avez donc été bien souvent aux Italiens?
perruque. Jamais et c’est assez pour juger. - ■
Clodion. Allez-y...
M. perruque. Quelle gamme me chantez-vous là?... que j’y aille !... impossible, mon cher.
Ata : Trou, /o, la.
Tout* est loué, (bis.) ■
D’avanc' la recette Est faîte.*
Tout eu loué ' ;
Et le public e»t jour.
Malibran n’est plus ici, «
On n’a rien de Rossini ;
On peut se. passer de lui,
On peut s'passer d'elle aussi.
Tout est loné.
Si de bons Parisiens,
Qui paient aux Italiens Leur part de la subvention.
Vcul'nl entrer, on leur répond:
Tout est loué.
Les journaux ont exalté Ce tlié&trc trop vanté.
Par grÂce on leur offre encor Des billets de cortidor.
Tout est loué.
(Des coups de tam-tam se font entendre comme au commencement de 1a scène et M. Perruque se sauve en se bouchant 1rs oreilles.)