‹ Paris dans la comete revuevaudeville en un acteChapitre 12 sur 25 · CLODION , LA VIEILLE · texte numérisé non relu

CLODION , LA VIEILLE

clodion , s fui. Voilà une drûlc d’organisation musicale ! (Se retournant.) Allons , encore une visite!... Qu’esl-ce que c’est que cette vieille femme... Qui est numérotée comme une place de fiacres.

LA vieille, entiant. Ali ! mon Dieu ! mon Dieu!... ils disent qu’on a sa liberté, on ne peut pas seulement perdre sa pauvre argent. - . .

clodion. “Qui êtes-vous, ma bonne femme?

LA vieille, sans l’écouter. Ils l’ontdécimée, abîmée, supprimée...

CLODION. Supprimée... qui? quoi ?...

LA vieille. La loterie, mon pauvre citer homme , la loterie royale, nationale, impérial... qui esistaitde tems immémoriale... à Lille, c'était pour les iinbécilles... à Lyon, c'étaient les bons , à Strasbourg, ça reculait toujours... je ne vous parle pas de Bordeaux, c’est tous des Gascons, ils ne sortent jamais...

Clodion. Eli! mon Dieu... comme à Paris...

LA vieille. Excusez, mon chéri , Paris sont tous sortis... à preuve qu'oit bout de vingt-trois ans j’ai gagné une amie , qui m'a servie à nourrir un terne.

clodion. Eh bien! est-il venu- votre terne?

la vieille. C’est pas sa faute , il allait venir... c'était son tour à sortir, quand ils ont inventé la supprimation... aussi, moi je l’dis, c’est l'horreur des horreurs , c’est ■ de l’arbitraire... c’cstdu mornopole tout pur... v’ià comme ils pensent au bonheur du peuple.

Air de ta Grand'Mrre.

Combien je regrette Mes bons numéros,

Mes mis’s en rschelte,

El mes rêves si beaux.

Toutes les nuits en équipage le rêvais que j'me promenais,

Et puis quand venait le tirage.

Sur mes deux pieds je me trouvais.

Combien, etc.

D'autres fois encor plus ronlenle.

Je rêvais ebat ou bien rivet.

Je mettais ('numéro quarante,

C'était le trente-neuf qui sort» t.

Combien, etc.

Ah! je peux dire qu’ils m*en ont coûté de pièces de sixliards, ceux-là .. imaginezvous que j’étais cuisinière chez des gens cossus , des marchands de briquets phosphoriqttes.. ils en ont vu du phosphore.. le leur faisais manger des poules pour des ebopons , et tous les matins j’économisai* un quarteron de beurre que j'allais mettre à la loterie.

Air : J'ai vu/e Parnasse.

Leur ai- j' conté des balivernes I Sur le poisson et le gibier,

Pour alimenter mes «paternes,

Je P sais danser l’an»' du panier.

Vos façons étaient un peu traîtres.

Si f'en juge «i'aprèt vos propos,

Au Iteu de bien nourrir vos maîtres,

Yous nourrissiez vos numéros...

LA vieille. D ites donc, vieux moraliste, est-ce que vous croyez qu’on n’eSl pas moraliste également comme vous supposez

qu’on ait affaire à des ingrats.... que les numéros s’ustinenl , on est quitte pour en rêver d’autres... ça ne coûte pas plus aux pauvres cuisinières, puisqu’elles vont tous les jours au marché.

clodion. Idiote, parce que ça. aura rêvé le 4, le 28, le 15.... ça s’imagine.

LA vieille. Qu’est-ce que vous avez dit, mon chérubin, le 4, le 28, le 45... C’est bon à retenir.. . si jamais ils la rétablissent, nous les mettrons ensemble... chacun

pour sa moitié c’est vous qui paierez

tout.... en attendant... je viens établir un petit bureau dans votre pays de la Comète.

clodion. Sorsd’ici, vieille sorcière, ou je te deshabille....

la vieille. Je n’ai pas besoin de femme de chambre , et puisque vous ue voulez pas de moi dans votre planète... vous aimeriez peut être mieux celui-ci.

( Elle change et l'on voit paraître à i» place un

garçon de la caisse d'cpargncs une lire-lire b la

roatn.)

• clodion. Qut’est-ce que c’est que cela?

LE CAttço.N. Ceci vous représente François la tire-lire.», naguère gamin fini...

■nantenaiU garçon de la Caisse d’épargnes, c’qui veut dire-corrigé et considérablement augmenté , lui et son boursicot ; allez donc ”}....

LK NMUtlf Tniltlil.

Ali » Tant fut l’o m rires, la rirette .

K m* d'u»' les jours de paie,

Appoit'-t s uit ci ileu c*-* ;

Ou v r’ç -il la p'iite u».*u 41c,

Ce»t 1 bani|u' (Irtouvneri;

Qu’à U b.i'iiic le riche s'essaie A Juuli-er sc s gros Capitaux,

Ou bien

- Qu'un vaurien,.

Qui ne fait rien,

Aille au jeu,

Ça m’va un peu ;

Plus tl’frtlie,

Ma tire— lir* c’est ma loterie.

Tous les numéros Ont des lots.

Pour l’artisan, l'homme utile,

L’premicr écu, je l’romprends,

A placerest moins facile

Que l'dcrnier billet d’inill' francs.

. Aussi pour commencer la pile.

Amis, mettons tous Sous sur sous;

A pein* réunis , lis font des p’tils,

Ét la somme est birétdt arrondie. "

Ma tir' Hr* c'est ma loterie,

Tous lea numéros

Ont des lots. .

Autrefois à la Coiirlille,

On s’enivrait d'vrai poison.

Maintenant on boit en famille Un seul flacon,

. . Mais du bon.

De fin drap Tous rirr s’habille,

Ell'diimnrhe il a l'ehapeau rond ;

Même il s’pérmet D'parer son objet De «oirrie,

Et d'fin’ bijouterie.

Mâ tir' lir’ c'est ina loterie.

Tous les numéioi Ont ifes lots.

CLODiOI. An moins voilà de l'utile et c’est agréable ; je m’en empâte...

LE Glaçon. Vous n'étes pas dégoûté, au surplus tout le monde y viendra , parce que tout le inonde y gigue.

A : R itr Tu renne.

Le maltr’y trouve son avantage,

A ses travaux on apport' pl s de soin,

Et l'ouvrier se dit : Allons, courage!

Je vieillirai s»m craindre le Kcsuin...

Cet établissement d’b'enfuisanee Par rhacun doit être vanté...

J’nt* vois guère que le Mont -de-Piélé,

Qui n’iui doiv’ pas de r’ connaissance.

Sans adteli ; jVais faire tin tour à vos '■briques et leur apprendre mon refrain.

( // suri rfi reprenant. )

Ma tir’ lir* cVt ma loteria.

Tous les numéros,

Ont des lots.

clodion. Il m’a mis du baume dans

le sang.... bonnctect gai... il doit prospérer celui-là.

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