LA HALLE AUX BLÉS
au comte Amédée YI de Savoie. Acquis par Louis d'Anjou et repris pour la somme de 1,200 livres, au nom de Charles VI, il appartint à Louis d*Orléans. En 1500, Louis X(I en abandonna une partie aux religieuses pénitentes et céda l'autre à Robert de Framezelles. Catherine de Mèdicis racheta en 1572 et 1575 une portion de ces terrains et y éleva un palais magnifique qu'on nomma THdtel de la Reine. La tour où elle montait pour étudier les conjonctions astrologiques existe encore, déguisée en fontaine et munie d'un gnomon.
De mains royales en mains royales l'Hôtel de la Reine passa, le 21 janvier 1606, entre celles de Charles de Bourbon, comte de Soissons; dès lors ce palais et ses dépendances prirent le nom du nouveau possesseur. Entré dans les domaines du prince de Carignan, il fut utilisé par Law pendant la fureur de l'agiotage, et le cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale garde une très-curieuse gravure qui représente l'hôtel de Soissons et le jardin divisé en logettes, avec ce titre : Plan de la Bourse deParis^ établiepar ordonnance du roy^ le i^^août 1720. Le prince de Carignan mourut insolvable ; ses créanciers firent détruire l'hôtel en 1748 et 1749, à l'exception de la colonne élevée autrefois par Bullant; celleci avait été achetée par Bachaumont, qui la céda à la ville sous condition qu'elle ne serait pas renversée. La ville acquit les terrains en 1755, et dès que l'ordonnance royale eut été rendue, sept ans après, on se mit à l'œuvre. La coupole, qui exigea un long et minutieux travail, ne fiit terminée qu'en 1783; en 1802, elle s'écroula. Un décret impérial du 4 septembre 1807 en prescrivit la reconstruction, et spécifia même les matériaux quon devait y employer, car il est dit : « La Halle aux Blés sera couverte au moyen d'une charpente en fer, dont les arcs verticaux seront en fer fondu. Elle sera couverte en planches de cuivre étamé. » Terminée en décembre
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18ii, elle n'a plus été modifiée, et nous la voyons aujourd'hui telle qu'elle était alors.
Celte halle est un bâtiment circulaire, lourd, épaiSt sans grâce et sans grandeur, qui n*a rien de curieux qu un écliO vertical d'une puissance et d'une rapidité extraordinaires. La colonne de Catherine de Médicis n'of* fre qu'un médiocre intérêt, malgré le trés-remarquable escalier en vis qui en garnit Tintérieur; elle ressembk au couteau de Jeannot, dont on refaisait le manche après y avoir adapté une nouvelle lame; elle a été réparée li souvent que la mère des derniers Valois ne la reconnais trait plus. L'aspect intérieur de la coupole est désagrét* ble ; Victor Hugo l'a définie d'un mot cruel, mais mérite : c Le d^me de la Halle au Blé est une casquette de jockey anglais sur une grande échelle. » EUe est supportée par vingt-quatre arcades plein cintre sans ornement qui donnent à cette immense salle un aspect singulièrement froid et monotone. Un double escalier conduit au premier étage, où sont situés les bureaux des employés de l'administration, et au second étage, qui sert de halle aux toiles.
Autant les marchés de Paris sont bruyants et animés d'une fiévreuse activité, autant celui-ci est calme et pour ainsi dire endormi. Des sacs de grains sont empila, çà et là, les uns sur les autres ; d'aulres sont entr'ouverts pour laisser apercevoir les lentilles, les haricots, les farines, les maïs qu'ils contiennent ; un sergent de ville ennuyé se promène les mains derrière le dos ; quelques forts causent entre eux, à demi couchés sur des bancs, le grand chapeau à leurs pieds, le bâton à clous de cuivre pendu au poignet ; quelques rares passants traversent, en prenant garde de ne point se blanchir, les ruelles ménagées entre les monceaux de sacs ; le long des piliers s élèvent des baraques en bois louées à raison de 50 centimes par jour, et où des marchandes au détail
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tricotent en attendant les pratiques ; est-ce un marché, public, est-ce un magasin insuffisamment garni ? On peut. s'y tromper.
Malgré tous les efforts de l'administration , on n'est jamais parvenu à retenir dans l'enceinte même de la flallc aux Blés les marchands de grains et de farines, les minotiers et les boulangers. C'est dans la rue de Tiannes, dans les cafés voisins qu'ils se tiennent, débattent leurs intérêts et font leurs affaires. Dire le chiffre de ces dernières est impossible, car le grain, comme. toute denrée de consommation indispensable que le temps ne détériore pas, est devenu un objet de spéculation au lieu de rester ce qu'il devrait être, le plus respectable des objets de trafic. Les hommes qui se réunissent là autour de cette vaste rotonde les lundis, mercredis et samedis, sont en général des agioteurs bien plus que des commerçants. On acliétc des farines avec report et fin courant, comme ailleurs on fait des opérations sur des valeurs fictives. Les différences se payent sans que la marchandise ait été livrée ou même entrevue, et il peut se trouver tel négociant en grains qui se soit enrichi ou ruiné sans avoir jamais fait glisser dans ses mains une poignée de seigle ou de froment.
Certaines farines dont la provenance est notoire sont plus recherchées que les autres et trouvent immédiatement un débit assuré. Ce sont les farines dites des quatre marques, dont chacune représente la marque d'un meunier spécial. On en a, il y a dix ans environ, adopté quati*e autres, ce qui porte les farines demandées, on peut même dire célèbres, à huit marques. Dès qu'une partie de farine a été déposée dans un magasin, le fait de ce dépôt est constaté par un bulletin de récépissé connu sous le nom de filière. Ce bulletin devient dès lors l'objet même de la spéculation; selon que les farines sont en hausse ou en baisse, il acquiert ou perd de
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la valeur ; on le transmet par voie d'endossement comme un billet à ordre ; le dernier signataire, celui qui se fait délivrer la marchandise, est le seul qui ait à acquitter le prix originel entre les mains du propriétaire qui a opéré le dépôt. Les fiUères des huit marques portent par-* fois la signature de plusieurs centaines de personnes qui toutes ont participé à la spéculation avec des chances diverses, mais dont deux seulement — le premier veih deur et le dernier acheteur — ont fait un commerce réel. On comprend d'après cela combien il est difficile de savoir à la Halle aux Blés sur quelles quantités de grains les opérations sérieuses ont eu lieu; mais nous avons pour nous renseigner avec certitude les constatationsde l'octroi.En 1868 il est entré à Paris il ,157,192 kilogrammes de blés et 218,514,849 kilogrammes de farines.
Le chifTre des farines est bien plus élevé que celui des grains ; ce tait s'explique de lui-même ; Paris ne possède que deux ou trois moulins, tandis que les départements ont des minoteries considérables. Ce sont ces dernières qui alimentent la capitale. Six cents meuniers environ répandus dans trente-six départements concourent, en temps replier, à notre approvisionnement Le département de Seine-et-Oise compte jusqu'à 350 moulins en rapport avec Paris; Seine-et-Marne, 80; Eure-et-Loir, 66; pu: s le nombre va en diminuant jusqu'à la Moselle, la Côte-d*Or, les Bouches-du-Rhône, la Dordogne, qui chacun n'en possèdent qu'un seul. Les farines principalement employées à Paris proviennent des blés de Beauce, de Brie el de Picardie. Les qualités nutritives en sont égales, mais les nuances diffèrent; la première est trèsblanche, la seconde légèrement rousse, la troisième est d'une couleur intermédiaire entre les deux précédentes. * Ces trois types de farines mêlés ensomble arrivent à en former un seul qui sert de base à la fabrication de no-