LE MENTOR. OÙ Ç
LE JEUNE ÉTRANGER. — Là-bas, dans un quadrille.
LE BAL A LA BARRIÈRE. 3
Mais jc.no. me trompe pas. La voici elle-même, qui vient par ici.
LE MENTOR. — Je la reconnais. C’est Angélina.
LE JEÛNE ÉTR.ANGER. — Angcliiia ! Lc nom est charmant. Et comme il va bien à la douceur et à la distinction de son visage I
LE MENTOR. — Voulcz-vous faire sa connaissance?
LE JEUNE ÉTRANGER. — VoUS COmblcz tOUS meS
vœux. Je n’osais l’espérer.
(Arrive Angélina. Créature superbe ; la grâce robuste et Hère des femmes de Germain Pilon. — Avec cela une majesté de reine et une toilette flamboyante.]
LE MENTOR. — Bonsoir, Angélina. Dis-moi,
pourras-tu me donner deux ou trois séances la
semaine prochaine?
LE JEUNE ÉTRANGER, bas. — Cctlc damC CSl Un
modèle? Je n’en reviens pas.
ANGÉLINA, voix indolente. — Poserl ah bien merci! je ne fais plus ce mélier-là maintenant.
LE MENTOR. — Est-cc quc tu aurais le sac, par hasard ?
ANGÉLiNA. — Mais!... VOUS ne voyez donc pas mes bracelets ! C’est tout or, — du vrai ! — Et ma robe à volants! J’en ai quatre maintenant, de robes.
LE MENTOR. — Postel et qui est-ce qui te les donne, , mon ange ?
ANGÉLiNA. — Je m’ai mise avec un garçon boucher; ça gagne gros. Tenez, c’est ce beau* blond qui passe. 11 est joli garçon, hein, mon époux?
LE MENTOR. — Comment Tappelles-tu ?
ANGÉLINA. — Oscar Dubois.
LE MENTOR. — C’est donc ça que tu me demandais, il y a trois semaines, si Oscar Dubois était un joli nom ?
ANGÉLINA. — Ah! vous ctcs embêtant. Vous êtes toujours à vous moquer des gens.
LE MENTOR. — Et ta cousine Eslher?
A.NGÉLiNA. — Nous nous somiues fâchées.
LE MENTOR. — A propos dequoi?
ANGÉLINA. — C’est trop humiliant; elle est toujours avec des gens sans le sou.
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LE BAL A LA BARRIÈRE
LE MENTOR, au jeune étranger. — Que dites -VOUS de ma belle Angélina? Est-elle assez à cheval sur les convenances! Parole d’honneur, Angélina, j’ai envie de le mener dans le monde !
ANGÉLINA. — Vrai?...
LE MENTOR. — Mais voyons, d’abord! loi qui as de l’argent, qu’en fais-tu?
ANGÉLINA. — Mais je nourris mon père, donci
LEMENTORi — Tiens, tu as le sentiment de la fa-
mille? Je ne le connaissais pas cette corde.
ANGÉLINA. — C’est pourtoiit comme ça. Je lui donne quarante francs par mois. J’espère que c’est gentil. — Du reste, j’y suis bien forcée.
LE MENTOR. — Comment ça? Est-ce qu’il te bat?
ANGÉLINA. — Non; mais puisque je ne suis pas majeure I Ce que je gagne est à lui jusqu’à ce que j’aie vingt et un ans.
LE MENTOR. — Et quc feros-tu quand tu auras vingt et un ans? Tu enverras promener l’antcur de les jours?
ANGÉLINA. — Tiensl... est-ce qu’il sc figure par
hasard que je vais l’avoir ainsi à mes crochets toute ma viel... Merci!
LE MENTOR. — Apgélina, tu es adorable. Je t’aimerai bien, va, un jour que je serai soûl.
(An;;elina s’éloigne sans comprendre.)
LE JEUNE ÉTRANGER. — Ce n’est pas une personne aussi spirituelle (|ue je l’aurais pensé.
LE MENTOR. — Non, c'est une brute, simplement.