‹ Paris dansantChapitre 28 sur 78 · HH'V · texte numérisé non relu

HH'V

L\ MAITBESSE DE PIANO, s’essuyant la bouche. — Eh

Ilicn, mon bijou? Que disons-nous de nouveau? Esl-ce que ton gros avocat est toujours gentil pour toi? Il doit être content, maintenant que sa petite Augusta peut lui jouer toutes les polkas dont il a envie... AhI mJchc*e! voilà un homme comme il m’en aurait fallu le pareil! Dire que j’étais tombée sur un mari qui avait la musique en horreur! Avec lui, c’était des scènes chaque fois que je me mettais au piano; aussi nous avons ûni par nous séparer, et ce n’est pas moi qui lui dirai de revenir.

AüGüSTA, distraite. — Qu’est-il devenu?

LA MAÎTRESSE DE PIANO. — Est-ce que je sais !... Je crois qu’il écrivaille pour le théâtre Beaumarchais. C’est étonnant comme je ne m’occupe plus de lui ! Un homme qui avait des capacités du reste, tu sais...

[On sonne de nouveau.)

AUGUSTA, à part. — Si c’était luü... Non, c’est la voix de la portière. Enfin, je saurai toujours quelque chose.

(Entre la portière. Augusta court à elle et l’emmène à l'écart.)

LE CHATEAU DES FLEURS. ’ 117

AUGUSTA, bas. — Eh Lien?

LA PORTIÈRE. — Madame, il est sur mes talons.

AUGUSTA. — Enfin!... Vous n’oublierez pas ce que j’ai dit?

LA PORTIÈRE. — Connu. On dira à l’autre que vous êtes allée au théâtre.

AUGUSTA. — Merci, madame Grossard.

LA PORTIÈRE. — Et ditos donc, il n’y a rien pour la course?

AUGUSTA. — Ah! pardon... Tenez.

(Elle lui donne (le l'argent.)

LA PORTIÈRE. — C’est tout?... C’est qu’il demeure au diable au vert, votre jeune homme.

(Augusta ajoute cinq francs.)

LA PORTIÈRE, tendant toujours la main. — Et pOUr la

Bonne nouvelle?

AUGUSTA, lui donnant cinq franc? de plus. — VoyoïlS, Ost-

ce assez, maintenant?

lis

LA ponTiÈiiE. — Vous êtes un amour, (s’en allant.) Se font-elles assez tirer l’oreille! Avec ça que l'argent leur coûte cher à gagner.

LA MAÎTRESSE DE PIANO. — Ma pelitc , tu n’es pas raisonnable. Payer ton coiffeur pour ne pas te coiffer! payer ta portière dix fois le prix d’un commissionnaire! c’est de la bêtise, tout ça... Et puis, qu’est-ce qui va rester à la pauvre maîtresse de piano?

AUGDSTA. Ah! mon Dieu! c’est juste, le mois est fini. Je l’avais oublié! El dire que je suis sans le sou, ma chérie?

LA MAÎniEssE DE PIANO, fèchemcnt. — C’est agréable. Comme* vous avez de l’ordre, vous autres!

(On sonne pour la troisième fois.)

AucLSTA, vite. — Vous tiem’en voudrez pas, n’estce pas? J’ai à sortir. .. Il n’y a pas moyen de prendre ma leçon, ce soir. Du reste, sois bien tranquille, il y aura de l’argent demain.

LA MAÎTRESSE DE PIANO, Jouant avec un des vide-poche de la

cheminée. Mon Dieu! ma belle, ce n’est pas pour l’ar-

LE CDATEAU DES FLEURS

gcnt; mais j’avais des emplettes à faire.. . 11 est gen* til, ce vide-poche.

ACCOSTA. — Tu trouves?... Prends-le.

LA MAÎTRESSE DE PIANO. — Merci, mon chat. A demain, n’est-ce pas? Une faut pas négliger notre piano, non plus.

AOGüSTA. — Oui, oui. A demain.

(La maîtresse de piano est li peine sortie, qu’un jeune homme paraît.)

LE JEUNE HOMME. — Es-tu prête?

AUCDSTA, l’embrassant. — Le temps de mettre mon chapeau.

LE JEUNE HOMME. — Et s’il uouç rencontre?

AUGUSTA. — Il n’y a pas de danger qu’il mette les pieds au Château des Fleurs, vu son état. Et puis, sois tranquille; quand même il nous verrait, il ne ferait pas de scène; il a trop peur du scandale, tu conçois, — un homme marié I

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