‹ Paris dansantChapitre 34 sur 78 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

Une table à laquelle sont assis une jeune femme et deux jeunes gens Arrive un troisième.

UN DES JEUNES CENS à l'arrivant. — Tu lie Sais *J)as? Ce pauvre Ernest qui est tombé amoureux d’Angèle !

TROISIÈME JEUNE HOBiME. — Bail ! pour de bon?

ERNEST, souriant. — Amoureux fou. C’est-à-dire

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que je ne peux penser qu’à elle, que je ne peux entendre parler que d’elle!... I..a connnis-tu? Dis-moi ee que lu sais d’elle.

ti;oisiè.mf: jeune homme. — Rien du tout. Je l'ai vue une seule fois chez Paul Derbois... le soir qu’on y pendait la crémaillère... Vous vous rappelez?

ERNEST. — Je l’aime comme à seize ans, comme un collégien!... Il y a trois jours, elle m’a donné une. fleur... Tenez, la voilà encore, je la garde précieusement dans mon portefeuille... Je voulais la mettre dans un coffret ; je n’en ai pas trouvé d’assez beau chez Tahan ; j’en ai commandé un exprès... Voilà où j’en suis.

LA JEUNE FEMME, riant. — PaUVre garçOO I

TROISIÈME JEUNE HOMME. — Et OÙ en es-tu avec elle?

ERNEST. — A rien. Elle m’a donné la permission d’aller la voir. J’y vais le soir. Nous causons, nous prenons du thé, et je m’en vais dès que onze heures sonnent.

TiiüisiKME juüiMc HOMME — Tu t’cn vas?... Prends garde, mon {letil... .le conçois qu’on la désire; mais lu ne vas pas l’éponser?

ERNEST. — Comme lu y vas!.,, l’épouser? Qui dit qu’elle voudrait de moi?

TROISIÈME JEUNE HOMME. — Et tU OS heurCUX?

ERNEST, souriant. — Moi? Depuis huit jours que cela dure, ÿe nage dans l’extase, tout simplement.

TROISIÈME JEUNE HOMME. — A-t-il de la cliance d’étre amoureux coinine ça! Laisse-moi donc te regarder bien en face, que je voie un amoureux pour de boni.

(Arrive un quatrième jeune homme.)

ERNEST. — Bonsoir, Hector. Dis-moi donc. Tu connais Angèle, loi?

HECTOR. — Parfaitement. C’est une bonne fille.

ERNEST, radieux. — ÎS’est-Ce pas?

HECTOR. — Très-bon enfant... pas poseuse...

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franche comme l’or... et avec tout ça énormément d’e-sprit. Je l’aime beaucoup, moi, Angèle.

ii\ nES JEUNES GENS. — Prends garde de trop l’aimer, ou lu auras affaire à Ernest!

ERNEST. — Pourquoi ça? Je ne suis pas jaloux. Ça me favit, de voir que tout le monde l’aime.

HECTOR. — Vrai? il est amoureux?... Eli bien, là, sérieusement, il pouvait plus mal tomber. Angèle est charmante.

ERNEST, lui serrant la main, bas. — Dis-donc, mon ami, si tu la vois, tu lui diras du bien de moi, n’est-ce pas?

(Arrive un cinquième jeune homme.)

UN DES JEUNES GENS. — Tiens , voilà Duménil , le peintre. Tu peux aussi lui parler d’Angèle, à lui. Je crois qu’il a fait son portrait.

ERNEST. — Vraiment?... (IVonant les mains du peintre.)

Vous me le donnerez, monsieur Duménil!

DUMÉNIL. — Comment, vous le donner? Le por-

trait est fait, oui, mai.s il est livré; vous figurezvous qu’on me l’a laissé pour compte?

EKKEST, accablé. — C’esl Vrai. Je n’y pensais pas.

LA JEUNE FEMME, riant. — Commc Einest m’amuse, avec sa mine renversée !

DUMÉHiL. — Attendez donc!... Je crois qu’il d»it me rester un bout de croquis que j’avais crayonué, avant le portrait peint... Mais je ne sais'plus dans quel carton je l’ai laissé, par exemple. Il faudra faire des fouilles dans mon atelier.

ERNEST. — Un croquis d’Angèle!... Ah! que vous êtes aimable!...

D'.iMÉNiL, avec fierté. — Allons!... j’ai donc fait un heureux !...

(Arrive Angèle.)

HECTOR. — Voilà une heure qu’on parle de vous. Comment vous y êtes-vous prise pour faire perdre ainsi la tête à Ernest?

ANGÈLE. — Lui? il est amoureux de moi?

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ER^EST. — Vous ne le saviez donc pas?

ANGÈLE, riant. — Non, et je Irouve bien étonnant que tout le monde le sache avant moi... moi qui y suis le plus intéressée !

ERNEST. — Que voulez-vous? je ne sais plus parler d’autre chose. C’est plus fort que moi.

ANGÈLE. — Eh bien , monsieur , puisque vous êtes si amourcu.x de moi, vous consentirez bien à me donner le bras pour un tour de promenade, j’espère?

ERNEST, se levant. Si je consens!...

LA JEUNE FEMME. — Ne le fais pas trop poser, hein, Angèle?

UECTOB. — Vrai, Angèle, ce garçon-là vous aime pour tout de bon.

(Ernest et Angèle s’éloignent ensemble.)

ANGÈLE. — Écoutez, mon ami, vous êtes un trèsgentil garçon; je ne voudrais pas vous causer de chagrin; ch bien, tâchez de me connaître un peu mieux

avant de m’aimer tant que cela. J’ai mes défauts comme une autre ; vous verrez !

ERNEST, riant. — Ce n’est p3S vraü J’ai parlé de vous à vingt personnes. Toutes, — même les femmes I — ne m’ont dit que du bien de vous,

ANGÈLE. — Vous avez vu des camarades à moi... cela ne prouve rien. (Drusquemeni.) Etes-vous superstitieux?

ERNEST. — Pourquoi cela?

ANGÈLE. — C'est que je veux vous faire un cadeau. (Elle ouvre son porte-monnaie.) TeilCZ... SaVCZ-VOUS Ce que c’est que ceci?...

ERNEST, ri.int. — Je ne sais pas trop,.. On dirait de la charpie.., faite avec un l)Out de ficelle.

ANGÈLE. — Ne faites pas tant le dégoûté, monsieur ... Cette ficclle-lb, c’est de la corde de pendu... on dit que ça porte bonheur. Voulez-vous la moitié de mon trésor?...

ERNEST, lui baisant b main. — QuC VOUS êtes bonne! . . .

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AKGÊi.E. — Ce monsieur s’est pendu dans un hôtel où je venais d’arriver. C'est toute une histoire. Figurez-vous...

(ils passent.)

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