‹ Paris dansantChapitre 36 sur 78 · SCÈNE JIII · texte numérisé non relu

SCÈNE JIII

Un banc où causent mesdemoiselles Florentine et Anna, de la rue Saint-Georges.

FLOiiENTiNE. — Et moi aussi, j’en ai assez, des marchandes à la toilette... Elles sont toutes les mêmes. Aies entendre, vous ne les payerez jamais; elles vous jettent tout leur magasin à la tête; pour l'argent, elles attendront aussi longtemps que vous voudrez. Plus tard, c’est une autre chanson... Si lu savais toutes les misères qui me sont arrivées avec la mienne!... Je lui achète un jour je ne sais quoi... des serviettes damassées qui me reve-

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paient à 6 fc: pièce... une robe de moire antique, tout ce qu’il y a de beau, pour 500 fr... une bague... enfin je me rappelle que j'en avais pour 2,400 fr.; mais c'était à tempérament; je n’nvais pas à me gêner pour son petit compte, disait-elle. — Je t’en souhaite! A partir de ce moment-là, je l’ai eue sur le dos tous les deux ou trois jours... Elle a appris que j’étais avec Edward ; elle s’est procuré son

adresse, je ne sais comment ; une heure après, elle était chez lui. On m'avertit , heureusement. Je cours, j’arrive presque en même temps qu’elle. Je dis à Edward :

— Mon Dieu, mon ami, donnez-lui 500 fr. seulement. J’on serai débarrassée.

Mais ces Anglais, c’est si méfiant ! Sais-tu ce que le mien s’est mis dans la tête ? Il a cru que nous nous entendions ensemble pour lui soutirer de l’argent!... Il a répondu d’un ton sec à la marchande:

— Je ne suis pas le mari de madame, pour payer ses dettes.

Alors, ma chère, j’ai eu la vie dure, va... Il me fallait donner, chaque semaine, 50 francs à cette

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femme ; Edward m’en donnait cent seulement, si bien que j’ai dû me gêner de toutes les manières.. Edward a élc jdusd’un an à s’en apercevoir... Mais, par exemple, le pauvre garçon, comme il a été chagrin, quand il l’a su ! Comme il m'a demandé pardon de m’avoir soupr;onnée ! Tl pleurait... tu aurais dû le voir...

ANNA. — Et le^' tapi&.'^icrs? voilà des bandits... Je suis encore fui ’euse, chaque fois que je pense au tour que le mien m’a joué. Il y a pourtant trois ans de cela.

FLORENTINE. — Qu’cst-ce qu’il t’a fait?

ANNA. — Comme à tout le monde; tu sais comment ces gens-là s’y prennent. Ils vous mettent dans vos meubles moyennant un payement à tempérament... toujours! seulement ils ont bien soin de mettre le loyer à leur nom. Puis, êtes-vous un jour un peu en retard pour payer? Bon ! voilà mon tapissier qui accourt, qui reprend tout, et qui rentre non-seulement dans ses meubles, mais dans votre appaitement dont vous devez déguerpir. Et quand

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on pense qu’à ce momenl-là les mcuMcs sont payés aux trois quarts! Vois-tu, ma biche, les femmes ont beau faire, nous sommes toujours dupes de tout et de tout le monde. Voilà comment les plus ' heureuses d’entre nous meurent sur la paille. Et puis nous serons encore vilipendées!...

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