‹ Paris dansantChapitre 56 sur 78 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Cûlé des buveurs. Au pied de ia fresque qui représente des Dcmoiielles de la Seine, refaites depuis par H. Courbet. Deux jeunes femmes sont assises à une table et boivent de la bière.

LA puEMiÊffE. — Tiens I voilà Clémence... lié! Clémence ! par ici I ... Qu’est-ce que lu as donc fait de ton Gustave?

CLÉMENCE. — Filé, ma chère I Son père est venu le chercher ce malin. Et dire qu’il nous a pincés à déjeuner ensemble, dans la même assiette !

SECONDE FEMME. — C’cst comme Hippolyle. Parti aussi pour son pays. Moi qui me suis ruinée pour CO garçon-là I

PREMIÈRE FEMME. — Comment ça, ruinée?

SECONDE FEMME. — Certainement. Ce n’était pas lourd, ce qu’il recevait de chez lui. Si je n’avais pas eu ma couture, nous n’aurions jamais noué les

doux bouts... On ne devinerait pas ce que je faisais pour lui. Figure-toi bien qu’il m’est arrivé plus d’une fois, quand son mois était mangé, d'oublier deux francs sur la cheminée, afin de ne pas l’humilier. Il les prenait, il avait l’air de croire que c’était lui qui les avait perdus, puis il s’on allait boire jusqu’à des deux heures du malin au café Belge. Ensuite, quand il revenait et qu’il ne trouvait pas de bougie, monsieur me faisait encore des scènes 1...

PREMIÈRE FEMME. — Faut Rvouer aussi que tu étais bonne enfant de le nourrir 1...

CLÉMENCE. — Ces hommes sont lâches. Tenez, voilà le petit Jules qui cause là-bas avec. deux vieux à cravate blanche, deux têtes de pères ou d’oncles.

Voyez s’il fera seulement semblant de nous reconnaître 1

PREMIÈRE FEMME. — Attends. Je va les amuser, moi, les oncles. (EUe arrondit ses deux mains au-dessus de

Là CLOSBRIE DES LILàS.

£fl Louche en porte-voix.) Hé I mon petit Jules ! Papa

ne nous paye rien?...

(Profonde sensation à la table voisine. Les trois femmes rient aux éclats.)

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