SCÈNE PREMIÈRE
Au bal.
l’étudiant de première année, allant se mêler au groupe compacte qui entoure invariablement les danseuses du
côlé gauche du jardin. — C’est superbe ! Toutes les célébrités sont à leur poste... Voilà Blondinette. Voilà Rose et Blanche. Voilà les deux Bordelaises. Voilà l’Anglai.se avec son chapeau rond et son voile noirl...
UN ÉTUDIANT. — Allons, cela marche. Tu commences à avoir de l’érudition. ,
l’étudiant de piiEMiÈRE ANNÉE. — Mou Dieu ! comme cela m’ennuie de ne pas savoir les Ggures I Je voudrais si bien danser aussi I Regarde donc celle-ci, la robe verte. Comme elle vous lance joliment le coup . de pied à la hauteur de l’œil I
SECOND ÉTUDIANT. — PouTvu que le sergent de ville ait le dos tourné, cependant.
l’étudiant de PBEMiÈRE ANNÉE. — Lc voilà justement qui arrive... AhI c’est magnifique. As-tu vu la robe verte?
SECOND ÉTUDIANT. — Non. Qu’y a-t-il?
l’étudiant de première année. — Elle s’est mise
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iout de suite à prendre un petit air de sainte-nitouclie, à baisser les yeux, et à danser d’une façon bien tranquille, bien modeste, comme une pensionnaire... Tiens, regarde-la! Ahl ah! ah! Est-elle drôle ! Sais-tu ce qu’elle vient de dire? Elle appelle ça le pas du sergent de ville. C’est superbe.
SECOND ÉTUDIANT. — Oui, le mot est assez drôle. Allons voir de l’autre côté.
(Us se promènent bras dessus bras dessous.)
l’étudiant de première année, avec feu. — Ah 1 voilà la vie I Je ne suis heureux qu’ici, au milieu de la fièvre de cette musique et de ces danses. Quelle gaieté! C’est moi qui ne regrette pas maintenant Grenoble ni la maison de mon père ! Si tu savais quelles tristes vacances j’y ai passées avant de venir à Paris ! Je ne sortais pas; il n’y a rien à voir. Ma seule consolation était de fumer comme un Turc et de boire comme un Suisse. Car je ne bois pas mal, tu verras; ma cousine en était tout émerveillée. Et mes parents disaient aux étrangers que je prenais des forces pour travailler.
SbCOKD ÉTUDIANT, montrant une femme. — Eu Voilà
une qui n’est pas mal. Quels cheveux superbes! Le diable est qu’on ne sait jamais à quoi s’en tenir, avec leurs fausses nattes.
l’étudiant de PREMiÈnE ANNÉE. — Âh I tu ne crois à rien, toi! C’est vrai quelle est charmante avec son grand burnous de mousseline blanche. Je voudrais avoir une maîtresse comme cela. Avec la tienne et toi, nous ferions un si joli ménage à quatre ! Voilà quel serait mon rêve.
SECOND ÉTUDIANT, le poussant. — Eh bien, ne fais pas le niais. Âccoste-la tout de suite, en lui offrant à souper chez la rôtisseuse; gala gagnera.
l’étudiant de première année, en pâlissant. — Ouî, il faut de la hardiesse ici... Madame!
(Il marche sur la robe de la jeune femme.)
LA DAME AU BURNOUS, se retournant. — ■ Ah çà! VOUS
avez donc vos yeux dans votre poche, vous! (L’étudiant de première année reste interdit.) Croyez-VOUS qu’il est assez idiot, ce moutard !
(Elle passe.)