‹ Paris dansantChapitre 6 sur 78 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Sous une tonnelle. Lejeune étranger boit du punch avec une jeune fille de dix-icpl ans à peine. — Mise décente. — Visage rose encadré d’anglaises blondes.

LE JEUNE ÉTRANGER. — Ce qui m’étonne, c’est de vous trouver ici. C’est la première fois que vous y

venez, n’csl-ce pas? (La jeune fille sourit.) Qu’avezvous? Depuis une heure que nous sommes ensemble, vous avez à peine dit trois mois. Ce tumulte vous attriste, probablement.

LA JEUNE FILLE. — InnOCent, va! (Elle boit.) Voulezvous que je vous dise mon histoire, mon petit c/mt? Eh bien, écoutez; c’est instructif pour la jeunesse. — 11 y a deux ans, on m’a enlevée.

LE JEUNE ÉTRANGER. — O cicl !

LA JEUNE FILLE. — Un an après, on me plantait là, avec un charmant petit garçon auquel monsieur son père refusait de faire une pension.

LE JEUNE ÉTRANGER. — Pauvrc femme I

LA jEu.NE FILLE. — Que faire? D’abord je voulais rester sage. J’entrai donc comme demoiselle do magasin à la Ville de Madrid. Tout le monde m’y adorait. Les commis m’appelaient la belle Ilermance, et tâchaient de m’embrasser dans les escaliers. Cela dura comme ça l’espace de trois mois. Mais, un beau matin, et pling, et plang, un bruit de sabots ; entre dans le magasin une grande et

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grosse femme, criant de toutes ses forces : — iVest-ce pas ici qu’étiont mamzelle Ilcrmance, que je voulions lui parler? — Qu’est-ce que ça veut dire? demande le patron. Je le savais bien, moi! Cinq mois de retard sur le payement de la nourrice ; — c’était elle ! — sans compter qu’elle rapportait l’enfant, pour achever de brouiller mes cartes. — Ma foi tant pis. — Je suis descendue, j’ai pris mon petit innocent dans mes bras, je l’ai embrassé comme si de rien n’était. — Le patron roulaitde gros yeux. — Qu’esl-ce que cet cnfant-là? — C’est mon fils, monsieur! — Les commis riaient bêtement: Comment, cette Ilermancc qui faisait tant sa tête avait un fils? — Eli bien, oui ! Après?...— Ce pauvre chéri ! il a fallu s’ en aller avec lui dans une petite chambre garnie. Je ne savais où le mettre. Enfin j’ai pris un tiroir de commode où j’ai entassé tout ce que j’avais de linge; ça lui a fait un berceau. M’at-il donné du mal I Figurez-vous un enfant qu’on n’a pas soigné, et qui revient avec le ventre enfle, les jambes grêles, la tête pleine de populations! et comment aller chercher une nouvelle place avec

cet enfant sur les bras! — H fallait trouver autre chose. — Bonsoir donc, la vertu ! l’enfant avait faim. Maintenant, du moins, les mois de nourrice sont réj^ulièrcment payés.

Lt JEUNE ÉTR.\KGEB. — Votre récit m’a fait venir les larmes aux yeux.

LA JEUNE FILLE. — Reste à me venger del’aulre, — le père. Il était professeur de matliéniatiques au collège***. J’ai commencé par fournir de bons renseignements sur son compte. Ça lui a valu d’étre mis en congé indéfiniment.

LE JEUNE Éril-ANUER. — Est-il pOSsiblc I

LA JEUNE FILLE. — Une autrc fois, j’ai payé un commissionnaire pour le rosser comme il faut. Mais c’est pas assez. Tenez. Vous avez l’air bien gentil. Voulez-vous me faire un plaisir?

LE JEUNE ÉTiiANGER. — Pailczl Trop licureux de...

LA JEUNE FILLE. — Eli bien ! tuez-le-moi 1

LE JEUNE ÉTRANGEH, à part. — OÙ SUis-jc I ...

LE MENTOR, arrivant. — Hermance! Hermancel... voilà des ballades bien usées !

LE BAL A LA BARRIÈRE

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