‹ Paris dansantChapitre 5 sur 78 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

I.e restaurant attenant au bal. — Deux hommes de lettres sont assis à une table et font une partie de bcziguc. — Entre une belle fille brune, au pas nonchalant; — petit bonnet, — robe de jaconas à vingt-cinq sous le mètre, — mais beaucoup de crinoline.

PREMIER HOMME DE LETTRES. 80 dc rois !

DEu.xiÈME HOMME DE LETTRES. — Atoutl... Tiens, c’est Alice. Bonsoir, ma fille.

- ALICE, tristement. — BoilSOir.

DEUXIÈME HOMME DE LETTRES. — Veux-tu prendre un glovia avec nous? (Alice fait un signe de tète négatif.)

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LE BAL A LA BAKRIÈRE. 11

Une cerise à l’eau-de-vie, alors?..’. Non?... Diable! quelle frugalité! (Alice reste sérieuse.) Que je suisbclc! lu n’as pas encore dîné, peut-être?

ALICE. — Si, j’ai dîné.

l’homme de LETTRI.S. — Bicn vrai?

ALICE, détournant la tête. — Mais Oui.

l’homme de lettres. — J’en étais sur ! elle n’a pas dîné !

(Un silence. Quelques femmes, assises à une table voisine, examinent curieusement Alice. Elle se lève et va regarder le bal à travers la porte vitrée du restaurant. — L’homme de lettres lu suit.)

l’homme de lettres. — Fh bien?... Comment, diable! Tu pleures?... Tu n’as donc plus ton architecte?

ALICE, bas. — Il est parti en voyage avant-hier. 11 a oublié de me laisser.dc l'argent.

L HOMME DE LETTRES, revenant, à son confrère. —

Dites donc... Je suis dans la panne just|u’au cou... Auriez-vous de l’argent? C’est pour Alice.

deuxième HOMME de LETTRES. — Voilà dix fruncs.

(On appelle le garçon qui étend la nappe. Alice vient

s’asseoir en poussant de gros soupirs. Elle demande successivement un foie de veau sauté, dos côtelettes, de la salade, du fromage de Drie, et du vin à douze; i peu près le dîner d’un maçon. — Elle mange comme un ogre.)

AIice, ' s’essuyant la bouche. — Vous êtes de bien braves garçons. Permettez-vous que je vous embrasse ?

PREMIER HOMME DE LETTRES. — Est- elle bête I .. . Mais voyons; qu’est-ce que tu vas faire maintenant pour te tirer d’embarras? Ton architecte est une canaille de le laisser ainsi manquer de tout.

ALICE. — Avec ça qu’il m’écrit ue rester sage comme une image 1

DEUXIÈME HOMME DE LETTRES. — VoUS Jl’avez pas

de |)arenls ?

ALICE. — Rien qu’un oncle; mais vous comprenez bien qu’il ne s’occupe plus de moi depuis qu’il sait la vie que je mène.

DEUXIÈME HOMME DE LETTRES. — VoUS n’aveZ paS

de métier?

ALICE. — Dans le temps, j’étais frangeuse. Maintenant, je reste couchée toute la journée chez moi, à

LE BAL A LA BARRIERE

m’ennuyer... Je ne sais ce que j’ai, je ne peux plus rien faiie!... Mais je vais me mettre à travailler, allez.

PREMIER HOMME DE LETTRES. — A qUoi?

ALICE. — Au théâtre. J’ai reçu des leçons du papa Ricourt, vous savez bien, avec sa cravate blanche? Je serai choriste au Palais-Royal ; — 40 francs par mois ; — avec ça on ne meurt toujours pas de faim.

DEUXIEME HOMME DE LETTRES. — Cette pauvre Alice !

Alice. — Qui de vous deux sait faire des cigarettes?

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