SCÈNE VII
Un café de la rue Dauphine. — Sur le seuil, deux sergents do ville dont la présence est suffisamment expliquée par le vacarme des consommateurs. — Des jeunes gens débraillés, des filles à la voij rauque, des ouvriers en blouse, — et, au milieu de tout ce monde, uii petit homme qui va et vient continuellement, d’une table à l’autre.
UN ÉTUDIANT. — Voilà Ic pèrc Jacob. Bonsoir; je ne reste pas ici.
AüTOE ÉTUDIANT. — Esl-il assGZ iiilriganl, ce père Jacob ! Le voilà qui se met à aider le garçon et à servir les consommateurs, histoire de se mettre bien •avec le maître de l’établissement.
LE PÈRE JACOB, s’asseyant en face d’un étudiant auquel il Tient d’apporter une canette. — Eli bien, on n’offre pas une chope à l’ami Jacob?
l’étudiant. — C’est bon. Va chercher ton verre, sangsue. Aussi bien je veux te parler d’affaires.
LE PÈRE JACOB, revenant avec un verre. — De (juoi s’agit-il?
l’éiudiant. — Veux-tu me prêter un louis sur cette reconnaissance du Mont-de-Piétc?... J’ai engagé ma montre. La reconnaissance est de soixante francs, ce qui le prouve que l’objet en vaut cent vingt. Tu vois que lu ne cours pas de risques.
LE PÈRE JACOB. — Que CCS jeunes gens sont innocents ! Mais, mon petit, on ne peut rien prêter sur des reconnaissances. La loi le défend... Écoule, je veux bien l’avancer dix frartes, mais il faut que ta
PARIS DANSAKT.
reconnaissance soit portée sur mes livres comme achetée ; je veux être couvert. Tu me rendras vingt francs la semaine prochaine.
l’étitdiant. — Ça va. Donne les dix balles.
LE PÈRE JACOB. — Il cst bien entendu que, si tu n’es pas prêt à l’échéance, la montre est à moi.
(A une autre table.)
üN BUVEUR, à un autre. — Ah çàl qu’esl-ce qui te prend donc, toi, Henry? — On dirait que tu pleures ?
HE^RT, frappant sur la table. — Je suis un misérable ! C’est vrai; j’ai dépensé depuis six mois je ne sais combiep pour une drôlesse, et, pendant ce temps, ma famille était dans la plus grande gêne. Une lettre de ma sœur m’apprend tout: Des procès, une faillite, que sais-je ! Et dire qu’ils me le cachaient, afin de m’épargner un chagrin! Et penser que je leur ai reproché durement de me faire attendre cet argent que j’ai ignoblement gaspillé ! Et
ma mère qui s’excuse doucement dans une lettre... Je suis une canaille !
(Il pleure amèrement.]
k une autre table.
ra ADOLESCENT, — Tu ne bots pas, Clara?
CLARA. — Cet orgeat ne vaut rien.
(Elle jette le contenu du verre.)
l’adolescent. — Prends autre chose.
CLARA. — Garçon, un soda! (a l’adoicsccnt.) Donnemoi un cigare.
l’adolescent. — Voilà un londrès.
CLARA , après quelques bouffées. — Pouah I (Elle jette le cigare et marche dessus.) Ah! que je SUIS agacée! Plus d’argent, rien à me mettre sur le dos. Voilà un malheureux peignoir d’indienne que j’ai loué quarante sous pour huit jours. Je ne sais pas comment je déjeunerai demain.
l’adolescent. — Veux-tu dix francs?
CLARA. — Donne. (Criant.) Père Jacob ! Ici, père Ja-
1 1,0 \ Tpncz. voilà dix francs.
cob! (Le père Jacob approche.) lencz,
Donnez-moi les boucles d’oreilles..
(A une autre table.)
LE PÈBE JACOB, bas à une femme.
payer ce soir, ou je vous fais un
Vous allez me
affront devant tout
le monde.
* — Assez C’est moi qui vous payerai.
BU ÉTUDIANT. — ASSe* . v. i .
. rVsl bien ainsi que je
LE PÈRE JACOB, s’en allant. C
l’entendais, mon fils.