‹ Paris dansantChapitre 62 sur 78 · SCÈNE Vlll · texte numérisé non relu

SCÈNE Vlll

, - Un étudiant traTaille à

Dans une chambre de l’hftlc orn • j • Ue temps en ,a lueur d’une bougie, le nca dans s« ^er^

temps, il se lève et va, sur a po‘ gt^ucmcnt ; — il

son lit. dont les rideaux sont fermés her H

semble écouter. — Enlre un deuxiè ne

DEUXIÈME ÉTODl.tNT.

noire Droit romain, veux.

__ Je viens piocher un peu Nous passerons la nuit, si lu

PREMIER ÊTi'DUNT. — Chut ! Tais-toü Elle est là qui dort.

DEUiiÈME ÉTUDIANT. — Comincnt I elle est revenue, après huit jours?

PREMIER ÉTUDIANT. — Si tu Rvais VU la scène I J’étais rentré hier à huit heures du soir pour travailler. Pas moyen. Je regardais cette chambre vide; je songeais à elle; j’étais d’une triste.sse !... j’aurais bien pleuré. Tout en réfléchissant, le temps se passait. J’entends sonner une heure du matin ; puis, presque au même instant, toc! toc! toc! trois coups à ma porte! — D’abord je ne pouvais y* croire. Une visite à cette heure-là, je te demande un peu! — Toc! toc! toc! trois nouveaux coups.

— Je vais ouvrir. C’était elle!... avec un grand châle noir... et pâle comme une morte. — L’émotion me cassait les jambes; j’ai pensé m’évanouir.

— Je vais pour l’embrasser; elle me repous.sc doucement et me dit d’une voix tremblante ; « Puisque nous ne nous aimons plus, c’est bien le moins que nous enterrions notre amour un peu gaiement. »

Là-dessus, elle tire de dessous son châle un pâté et une bouteille de bordeaux. — Elle ajoute, de la même voix douce : « Aide-moi, voyons ; mets la nappe. » Je me mets à bouleverser les tiroirs de ma commode; je ne savais plus où j’en étais. Elle me dit : — « Puisque nous sommes un samedi, tu dois avoir des serviettes blanches sur ton lavabo; tu vois que je connais toujours les affaires mieux que toi. » Enfin elle met la nappe elle-même, découpe le pâté, débouche la bouteille ; puis elle m'avance une chaise et me force à m'asseoir ; aussi bien je n’en pouvais plus. — Alors elle se met droite devant moi et me dit d’un ton grave : — « C’est donc bien vrai que nous ne nous aimons plus?... »Que veuxrtu que je te dise?... Je me suis mis à pleurer comme un enfant et à l’embrasser comme un fou!

DEUXIÈME ÉTUDIANT. — Allons, uous travaillerons demain.

Digiti ' by Goo^Ie

UNE BONNE FORTUNE

Dans nn café.

ALBERT, se croisant les bras. — CTesl renversant!... Dis donc, Jacques, connais-tu cette femme qui sort?

JACQUES. — Et qui était assise tout à l’heure làbas, à droite du corpploir?... Je crois que oui. N’est-ce pas la maîtresse de Lacroix?

ALBERT. — Précisément... As-tu remarqué qu’au moment de sortir elle s’est arrêtée un moment derrière ma chaise?

JACQUES. — Oui. Elle attendait la petiteÂtala, avec qui on est sûr de la trouver, tous les soirs, dans l’un ou l’autre bal public. Je crois qu’elles sont sorties ensemble.

ALBERT. — Je connais un peu Lacroix, et j’ai peut-être parlé deux ou trois fois à sa maîtresse. Elle me répondait à peine, et toujours sans me regarder; elle semblait m’avoir pris en grippe. Eh bien, sais-tu ce qui vient de se passer entre elle et moi?

JACQUES. — Ah! diable 1 il s’est passé quelque chose?... Et quand donc?

ALBERT. — Tout à l’hcurc... à l’instant... ici même... C’est une aventure renversante! Tu n’as peut-être pas vu qu’au moment où elle s’est arrêtée près de nous pour attendre la petite Atala, elle a pose un instant, comme par'dislraction, son bras sur le dossier de ma chaise. Pour moi, je n’y avais pas pris garde quand tout à coup j’ai senti qu’elle me poussait légèrement le coude. Je me suis retourné; elle me regardait d’un air parfaitement

ONE BONNE FORTUNE

tranquille; impossible de croire qu’elle l’eût fait exprès ! — Cependant j’ai voulu en avoir le cœur net. — Son amant est arrivé, qui l’a retenue encore un instant à lui dire je ne sais quoi. — A ce moment, j’ai glissé mon pied sous les plis traînants de sa robe, et j’ai pressé hardiment, à deux reprises, le bout de ses bottines. — Elle s’est retournée vers moi en souriant. — Son amant l’a quittée pour aller reprendre sa partie de domino ; Atala est arrivée, elles sont parties, et, pour moi, le diable m’emporte si je sais encore ce que cela veut dire!

JACQUES. — Mais il me paraît que c’est assez clair. Vas-tu jouer les Agnès, par hasard, et faire semblant de ne pas comprendre? Faudra-t-il, pour te prouver son amour, que cette pauvre petite femme t’enlève ?

ALBERT. — Il ne s’agit pas de ça ; mais je suis resté pétrifié sur le coup, si bien que je n’ai pas songé à la suivre. Gomment la retrouverai-je maintenant?

JACQUES. — C’est ton affaire. Si tu ne sais pas la

251 l>AtUS DANSANT.

rejoindre ce soir même, tu n’es qu’un imbécile ; lu ne mérites pas l'intérêt qu’elle te porte. C’est qu’elle est jolie, celte diablesse- là ! Elle a une petite tète de bacchante très-drôle. 11 y a à Florence, au palais des Offices, un buste de Messaline auquel elle ressemble comme deux gouttes d’eau. J’en ai une copie ; tu verras.

ALBERT. — Mais enfin pourquoi cela m’arrive-t-il aujourd’hui et pas hier? Comment cela lui a-t-il pris?... A quel propos?

jACQDES. — Qu’est-ce que ça te fait?

ALBERT. — Il faut que je sache où elle est allée. .. Comment faire?... Veux-tu m’attendre? Je vais roder un peu dans le café... écouter... espionner... Peut-être apprendrai-je quchjue chose.

' (Albert v:i s'asseoir successivemfnt à plusieurs tables du cafd et cause avec une vingtaine de personnes. — Au bout d’une demi-heure il revient.)

ALBERT, le visage illuminé. — Veux-lu me passer mon chapeau?... Merci. Je sais où elle est, mon cher... J’ai entendu dire à quelqu’un, là-bas, qu’Alala ne

UNE BONNE FORTUNE

manquait pas un bal du Casino de la rue Cadet. Elles y seront allées ensemble. C’est aujourd’hui le jour. Il est dix heures... Je n’ai que le temps d’y courir... Adieu! adieu I... A demain les nouvelles !

JACQUES. — Bonne chance! (Qu.ma Albert est sorti.) Bon ! l'amant est toujours à son domino. Ça marchera.

lendemain. — Dans l’atelier de Jacques.

JACQUES. — Ah! te voilà, vainqueur! triomphateur! bourreau des cœurs!

ALBERT, se jetant sur une chaise. — Mon cher, elle CSt charmante 1 J’en suis amoureux fou.

JACQUES. — Déjà ! Toi aussi ! Voilà un petit couple qui mène rondemcnl les choses. ^

(U chante* /

Notre-Dame de bon secours,

Daignez protéger leurs amours I

ALBERT. — OÙ diable caches4n tes allumettes? (il allume un cigare.) Dans tous les cas, je t’en souhaite beaucoup de pareilles, d’aventures! Tu vas voir si tout ce qui m'arrive n’est pas ravissant, étourdissant, éblouissant ! Mon bonheur me donne des vertiges. A chaque pas je tomberais d’élonneme.nt au milieu de la rue, si je ne me retenais

JACQUES, — Comme c’est jeune !

ALBERT. — Écoute Seulement. Tu te rappelles que j’espérais la retrouver au Casino de la rue Cadet. Je n’ai pas mis deux minutes à y arriver. J’entre. C’était plein de monde. Je fais une battue dans la salle de bal : personne... Je fouille le foyer : personne... Je vois ce que c’est ; elles sont dans les galeries d’en haut à prendre n’importe quoi. Je fais l’ascension en trois enjambées, et, effectivement, la première personne que je vois, c’est elle I... Elle éta.i assise à une petite table, avec son inséparable Atala, fidus Achales. — Ah ! mon chéri comme elles sont plus fortes que nous ! comme elles ont le génie de la dissimulation! Nous nous sommes vus en même

— ^ n,niti/Prl hv r.noQlc

UNE BONNE FORTÜNE.

temps, et, pendant que moi, faible jeune homme, je sentais mes jambes trembler, elle me regardait avec le même calme indifférent que si j’avais été un passant quelconque!... Le difficile était de l’aborder. Heureusement que je connaissais l’Atala. Je vais me poster juste en face d’elle, épiant le premier regard de la petite drôlesse pour lui adresser mon salut le plus aimable. J’aialtendu deuxminutes, plus longues que d’ici à l’Odéon; niais enfin la misérable Atala a fini par daigner s’apercevoir de ma présence ; elle m’a dit bonsoir ; j’ai fait semblant de croire qu’elle m’appelait, et, la seconde d’après, j’étais assis à côté de l’autre !...

jACQüEs, — Et allez donc! Fin du premier acte! Ce n’est pas malheureux ; il y a eu du tirage. J’espère que ça ira bon train dorénavant 1

ALBERT. — Tu vas voir. Maintenant, mon cher, nous tombons dans l’impossible, tout bonncmeiit. Tu ne voudras pas le croire... mais, une fois que j’ai été assis... apparemment que Léona ne s’attendait pas à ce que je la retrouverais si vite...

JACQUES. — Ah 1 elle s’appelle Léona ! Joli nom de guerre I Ça va bien à sa tôle.

ALBERT. — N’inlerromps donc pas! Sais-tu ce qu’elle a fait? Elle s’est levée brusquement... et, devant Atala, devant tout le monde, elle m’a jeté ses deux bras autour du cou d’une façon si crâne et si charmante... avec une passion si folle... je ne peux pas te dire ! J’ai pensé me trouver mal!

JACQUES. — Allons, ça va bien. Voilà que ça se corse un peu.

ALBERT. — Atala ouvrait de grands yeux, a Eh bien, qu’est-ce qui te prend, à toi? » Léona s’est assise comme si de rien n’était, en arrangeant les plis de sa robe, avec son air le plus indiflcrent. — Pas l’ombre d’un frisson ou d’une rougeur!... Une tranquillité olympienne I . . .

JACQUES. — Diable! diable! finis ton histoire.

ALBERT. — Un détail que j’ai oublié. Il faut te dire que, tout en courant au Casino, j’avais trouvé le temps de m’arrêter au coin d'une borne, sous un

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bec de gaz, pour griffonner deux mois sur une page de mon carnet. Voici ce que je lui écrivais : — Demain , à six heures du soir^ trouvez moyen de sortir; entrez dans la voiture qui sera ü votre porte; vous y serez attendue. Je vous adore à genoux. — J’avais plié mon petit papier en huit ; je le serrais dans le creux de ma main ; il ne tenait pas plus de place qu’une pièce de vingt sous — Restait à le remettre. C’était facile.

JACQUES. — On a les vieux moyens. Tuas admiré la main de ta Léona... Tu la lui as prise...

ALBERT, — Et je lui ai glissé mon poulet. Précisément! Quanta elle... toujours la même... on n’a pas une idée d’un pareil sang-froid ! Elle a tranquillement refermé sa main, l’a laissée encore quelque temps dans la mienne; puis, au bout de cinq minutes seulement, elle a coulé doucement lo billet dans sa poche.

JACQUES. — Bon. Deuxième relai I Vingt sous do pourboire si tu prends le galop!

ALBERT. — Tu m’ennuies. Ah I mon ami, quelle heure bienheureuse j’ai passée ensuite I Je leur ai offert des rafraîchissements ; elles ont demandé des grogs. On nous sert. Tout à coup la petite Âtala crie : « Tiens! j’allais boire au verre de M. Albert 1 » Et elle repose précipitamment mon verre sur la table. Aussitôt Léona s’en empare et y boit; puis, pour bien me montrer qu’elle ne s’est pas méprise, elle me passe le verre pour y boire après elle.

JACQUES. — Très-gentil. C’est fini?

ALBERT. — Attends donc! Elles sont allées danser. Elle vous a une danse un peu emportée, à l’espagnole, qui est adorable; on lui oiTrirait des engagements aux Variétés I — Pendant que je la regardais pourtant, il m’était poussé une inquiétude. « Quel effet lui fera mon billet? Ne me trouvera-t-elle pas un peu sans façon? » La petite Atala nous a fait la grâce de nous lâcher un moment; je me suis dépêché de lui glisser deux mots. « Je vous donne rendez-vous dans une voiture, de peur que vous ne

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soyez vue. » Elle m’a répondu simplement :

« Bien. » J’ai ajouté : « Ce sera pour demain, si vous n’y voyez pas d’inconvénient? — Aucun. » J’ai repris : «Vous serez libre à six heures? «Elle a réfléchi une seconde et m’a répondu rapidement : — « A cinq. » Je n’ai eu juste que le temps de murmurer merci et de lui serrer la main ; Alala était déjà revenue. Il était onze heures. Nous sommes sortis. La petite Alala m’a dit que l’amant de Léona donnait un souper à ses amis, que je devrais y venir, que j’y serais bien reçu; elle s’adressait bien! J’ai prétexté des occupations, et je les ai quittées en échangeant un dernier regard avec Léona. — Dixi.

'JACQUES. — Alors ton rendez-vous est pour cinq heures, aujourd’hui même?

ALBERT, tirant sa montre. Dans deux heurcs d’ici. C’est au café qu’on m’a donné l’adresse de Lacroix, son amant; j’y suis retourné vers minuit pour la demander. Léona s’y trouvait encore, avec un tas d’amis de l’amant ; ils faisaient tous ensemble une

dernière partie de caries avant de souper. Eh bien, veux-tu que je te* dise une chose assez drôle ? On dirait que Lacroix a déjà des soupçons. Je m’étais approché d’eux. Elle a eu besoin d’argent pour jouer et lui en a demandé. Il s’est retourné vers moi et m’a dit en riant : « Voyons, mon cher, n’avezvous pas dix francs au service d’une jolie fille? » Quant à elle, elle avait repris sa froideur ordinaire.

• Elle ne m’a pas plus regardé que si elle ne m’avait jamais vu.

JACQUES. — Tu es fou. On se figure toujours que les maris et les amants savent tout, et ils sont toujours les derniers à se douter de quelque chose. C’est connu, ça. Demande aux vaudevillistes.

ALDERT. — Toujours est-il qu’il m’est venu un scrupule. Cela m’ennuie qu’elle soit la maîtresse d’un gentil garçon qui me serre la main. Je me fais l’effet de commettre un abus de confiance.

JACQUES. — Allons donc! de quelle confiance? Tu n’as jamais dîné chez lui, que je sache; tu ne t’es

UNE BONNE FORTUNi:.

pas cliaufTé à son foyer; lu ne lui as pas emprunté (le l’argent.

ALBERT. — Nous n’cn sommes pas là, c’csl vrai.

JACQUES. — Et puis, les laits sont là, que diable ! Ce n est pas toi qui lui prends sa maîtresse j c'est elle qui le lâche.

ALBERT. — Tu as raisou.

JACQUES. — De deux choses l’une. Ou ce Lacroix est un garçon d’esprit, qui ne s’entêtera pas à rester dans une place perdue ; ou bien c’est un fou qui oublie qu’une maîtresse est une chose du domaine public. Un de ces jours, elle trouvera bien moyen de rentrer dans la circulation, u’impoiîe par quelle voie. Autant qu’elle passe par loi que de prendre par n’importe qui.

ALBERT. — Évidemment. C’est parfaitement clair... Merci et adieu. (En 5ori.mt.) Sois au café ce soir, je te tiendrai au courant.

sot

PARIS DANSART,

Le soir. — An café.

ALBERT, sombre et solitaire, dans un coin. — Pourquoi n’est-elle pas venue? Elle peut avoir été empêchée; mais alors on envoie un mot... Que je suis Lêtel elle n’a pas mon adresse... Ce premier rendez-vous qui rate justement! Si encore c’était le second!... C’est irritant. Pourquoi ce monsieur me regardet-il là-bas? Je me sens des envies de lui envoyer ma tasse de café à la figure... (Entre Léona, seule.) C’est elle!... Elle vient de ce côté-ci. Que va-t-elle me dire ? (Léona passe rapidement â côté de lui, sans le regarder.) Eh bien !... Elle passe I . . . Elle a dû me voir, pourtant!... Bien. Elle n’est pas allée se placer trop loin de moi. La voilà qui se tourne de mon côté... Comment! elle me regarde, et pas un salut, pas un signe ! Elle ne regarderait pas autrement une muraille. Qu’est-ce que cela signifie ? est-ce que je rêve ! est-ce quelle est folle? (Entre l’amant) Ah! je com-

UNE BONNE FORTUNE

prends... C’est égal... Elle aurait pu laisser tomber un billet en passant, c’était facile.

(Entre Jacqaer.)

JACQUES. — C’e.st loi?... Que fais-tu ici, malheureux 1 Tu as donc oublié ton rendez-vous?

ALBERT. — Tais-toi. C’est manqué. Elle est là.

JACQUES. — Vraiment ! Peut-on voir?

ALBERT. — ’ Ne la regarde donc pas d’une façon si affectée ! Elle croirait que je raffiche.

JACQUES. — Elle 1 Ça lui est bien égal. Tu ne les connais pas!... Tiens! ils se sont fait servir à diner, elle et son amant, ton prédécesseur... Fichtre! quelle belle fourchette ! Elle a donc tous les appétits?...

ALBERT. — Jacques, tu m’agaces I

JACQUES. — C’est vrai. Je lui manque de respect. Je t'en demande pardon.

ALBERT. — Changeons de place ; tu pourras la

voir sans détourner la tete. (ils changent de place.] Regarde-t-elle par ici?

MCQDES. — Par ici, par là, et encore ailleurs. Elle n a pas 1 air d’avoir des préférences. Je lui trouve dans le regard quelque chose de bizarre qui me plaît assez ; une extrême douceur, avec une profonde insensibilité ; le regard des bêtes fauves.

ALDERT. — C’est cela, fais du pittoresque.

JACQDES. — Attends donc ! elle vient de te regarder d’une certaine façon. Mais elle avait un sourire nonchalant qui ne serait pas commode à définir. Je ne saurais dire si c’était une caresse, ou une moquerie, ou une pure distraction de ses lèvres.

ALBERT. — L’amant est-il toujours là?

JACQUES. — Oui. Elle cause, mais d’une façon assez décousue, il me semble. Décidément elle est frcs-drôle. Elle est prise d'éclats de rire fous; puis elle tombe subitement dans une indolente indiffé-

UNE BONNE FORTUNE

rcnce.Scs gestes sont tantôt brusques, tantôt paresseux. Toute sa petite personne est pleine d'incohérence. On dirait qu’elle vit dans un état perpétuel «

de somnambulisme.

LBEiiT. — Je n’y puis pas tenir. Il faut que je lui écrive. Garçon ! du papier et de l’encre I... (Le garçon obéit.) Deux lignes seulement. (Écrivant.] Je lui donne mon adresse pour qu’elle puisse m’écrire; je demande si l’on peut s’ouvrir à Atala; je la prie de m’indiquer elle-même l’heure et l’endroit qu’elle préfère pour une entrevue. Comme cela du moins j’aurai une réponse, à défaut d’un rentlez-vous. C’est fait, (il ferme la lettre.) Maintenant, Jacques, un service.

JACQUES. — Lequel, mon pauvre garçon?

■ ALBERT. — La voilà qui noue les brides de son chapeau. Elle va sortir. Fais-moi le plaisir de la suivre et de lui remettre cela dans la rue... Je t’en prie à genoux. L’amant ne te connaît pas. Il ne se défiera pas de toi.

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