‹ Paris dansantChapitre 72 sur 78 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

Le lendemain. Au bois.

l’ami DE PAUL, le prenant A part. — Quand tU SCras

sur le terrain, n’ôle pas ton habit brusquement et ne le jette pas à terre avec violence ; d’abord c’est de mauvais goût ; ensuite on a l’air d’être ému.

LES PETITS JEUNES GENS

Déshabille-toi tranquillemcul ; ça fera de l’eirel sur Ion adversaire.

PAUL. — Tu crois?...

l’ami. — Tu sais que tu as le droit de garder ta cravate...

PAUL. — Pas mon gilet?

l’ami. — Jamais! Es-tu fou? Garde aussi tes ganis, de peur que la poignée de l’épée ne te fasse venir des ampoules. — Elles sont charmantes, ces lames. Ça pique comme des aiguilles.

PAUL. — Brrr... Il fait bien frais, ce matin !...

l’ami, le regardant. — Je vicns de voir Polyeucle. Il est pâle; ça ira bien... J’engagerai les épées pointe à pointe. Laisse-le venir d’abord, pour voir son jeu.

PAUL. — Ab !... il faut le laisser venir?... Mais...

l’ami, allant aux témoins de Polycucle — Si IlOUS nOUS arrêtions ici, messieurs? L’endroit est joli.

(Los deux adversaires se déshabillent. Colloque entra les quatre témoins.)

l’ami DE PAUL, bas. — Nous ccssons à la première cgralignure, c’est entendu. 11 ne faut pas qu’ils se tuent, pour leur première affaire.

PAUL, à part. — Mon pauvre père !... Parer tierce... Mon Dieu ! je ne me souviens plus des instructions de Gâtecliairl... Parer tierce... De quel côté est-ce, la tierce?

(On engage les épées.) l’ami de PAUL, avec majesté. — Allez, messieurs I

l’ami, relevant les épées avec sa canne. — Arrêtez!,.. Monsieur Polycucte, vous êtes touché au bras. (Bas, à Paul.) Qu est-ce que tu as donc à toujours tourner la tête à.droite? Il faut regarder son adversaire.

p.AüL. — C’est un chien qui aboie. Ça me distrait.

poLYEüCTE. — Ce n’est rien : c’est ma chemise qui est déchirée. Recommençons.

l’ami de PAUL. — Assez, messieurs! je ne me trompe pas, cette fois. Paul est blessé.

PAUL, faiblement. — Je Suis... biessé?.*..

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l’ami, bas. — Oh I rien... une égralignure à l’oreille.

UN TÉMOIN DE POLYEUCTE. — Mcssieurs, l’affaire !v’ ayant pas de causes bien sérieuses, il me semble que nous pouvons en rester là.

l’ami de PAUL, digne. — Comme il vous plaira, messieurs.

UN TÉMOIN, bas à Polyeucte. — Soyons gcnlils. Tu as gifdé, tu as blessé ; maintenant, donne-lui la main et dis-lui que tu regrettes ta brutalité.

POLYEUCTE, à Paul. — Paul, j’ai été brutal. Je le regrette. Vous ne m’en voulez plus, n’est-ce pas?

PAin., majestueux, sans prendre la main de son adversaire. — Monsieur, je me regarde comme satisfait.

POLYEUCTE, surpris. — Mais, je l’espère bien ! {A son témoin.) Quel idiot I

PAUL, bas à son ami et témoin. — Ah mais I ...je ne Vais pas sur le terrain pour déjeuner, moi !

(On reprend le chemin de Paris.)

l’ami, à P.iui. — Ah çà, mais! comment diable as-lu fait Ion compte pour te faire toucher à l’oreille ?

PAüi.. — Je te l’ai dit. C’est ce chien qui aboyait. Je ne pouvais pas m’empêcher de regarder à droite.

l’ami. — Qu’est-ce oue lu me chantes? il aboyait à gauche!...

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