V. La Tynna, Dict. des Rues de Paris, pag
3. V. J. Pichon, le Mènagier, tomen, pag. 80, 84. — Saint-Yon, secrétaire du grand-maître des eaux-et-forêts, et collaborateur de Dancourt pour le Chevalier à la mode, était de cette famille. Avecd. dramat., III, pag. 438.
4. La première église ou chapelle de Saint-Jacques-la-Boucherie remontait à l’époque carlovingienne, les découvertes faites lors des dernières fouilles l’ont prouvé (V. Rapp. de M. Alb. Lenoir, août 1 8 5 3 ; . Une église plus considérable remplaça la première, vers la fin du xie siècle. Enfin une troisième ayant de plus grandes proportions fut commencée au xv* et finie au xvie siècle. C’est celle dont l’abbé Villain s’est fait l’historien, et la même qui disparut à la Ré-
INTRODUCTION
pit, dans des bouges à peine éclairés, la paisible et patiente corporation des écrivains et des enlumineurs ces artistes de la calligraphie, à riches images et à belles dorures, dont le nom d’un seul, Nicolas Flamel2, a survécu : encore est-ce pour rester fameux dans la # Légende, plutôt que dans l’Histoire. La grande ruche, presque silencieuse de ce côté, s’anime et devient plus bruyante dans ses autres alvéoles. Dans la rue d’Avignon éclatent les mille bruits de la joie et de l’orgie, car c’est la que se trouve ce fameux cabaret de la Galère, qui lui imposera son nom pendant plusieurs années, et dont le maître, le fameux Rousseau, sera,
volution. La tour resta seule debout en dépit des menaces que, selon Mercier, les démolisseurs ne lui épargnèrent pas ( Nouv . tabî. de Paris, tom. v, pag. 229). Elle fut commencée en 1508, c’est-àdire lorsque le reste de l’église était achevé, sur l’emplacement de deux maisons léguées au chapitre par Jacques Thouynes curé de Sannois, chanoine de Montmorency, et enfin maître des écoles de la paroisse. (Villain, Hist. de Saint-] acques-la-Boucherie, Paris, 1758, in-8, pag. 70-71.) L’histoire de cette belle tour serait curieuse à faire, mais n’ayant pas heureusement été comprise dans les démolitions, elle n’est pas de notre domaine. Rappelons, toutefois, les expériences thermométriques que Pascal fit à son sommet ; l’histoire tragique du curé de la paroisse qui se suicida en 1770 (V. Corresp. de Favart, 11, pag. 240, 24$), enfin l’incendie de 1819 qui faillit accomplir la destruction rêvée par les terroristes ( Moniteur , 1819, pag. 1537). — Bourdaloue prêcha, à Saint-Jacques-la-Boucherie, le carême de 1679. Madame de Sévigné en parle dans ce passage de sa lettre du 27 février de cette année-là, qui ajoutera un trait de plus à la physionomie de la vieille paroisse : « Le père Bourdaloue tonne à Saint-Jacques-la-Boucherie . Il falloit qu’il prêchât dans un lieu plus accessible : la presse et les carosses y font une telle confusion que le commerce de tout ce quartier-là en est interrompu. »
1. V. mon Histoire des Imprimeurs, Paris, 1852, gr. in-8, pag. 37.
2. Voir pour une inscription de la tour Saint-Jacques, concernant Nicolas Flamel, Rev. Archéologique, tom. m, 2e parc., p. 6.
INTRODUCTION
au XVIIe siècle, l’hôte de ces marquis, amis de la crapule, que Coulange a chantés, que Regnard et Dancourt ont mis en scène 1. Tout près, dans la rue de la Savonnerie , dont les ruisseaux font dériver leurs eaux laiteuses et écumantes jusqu’à la Seine ; dans la rue de la Joaillerie, où la plupart des orfèvres, chassés du Pont-au-Change par l’incendie de 1621, ont établi leurs forges 2 ; plus haut encore, dans la rue Aubryle-Boucher , où sont les chaudronniers 3; dans la rue de la Heaumerie, où se forgent les armures, on n’entend que le bruit du travail empressé et retentissant. Dans cette dernière rue surtout, quandla guerre menace, lorsqu’une expédition se prépare, c’est à en être assourdi. « J’ai, écrit Malherbe à Peiresc, le premier août 1609, c’est-à-dire, à un moment où tout commençait à s’échauffer pour la guerre avec le duc de Clèves et l’Empereur; j’ai, ce matin, passé en la rue de la Heaumerie, où il ne fut jamais mené tant de bruit. Un doreur m’a dit que, pour sa part, il avait cinquante armures complètes à dorer, et qu’il y en avait deux cents de commandées. »
Quand on avait passé le Châtelet, en longeant la
1. V. notre Histoire des Hôtelleries et des Cabarets, etc., tom. 11, pag. 332-333*
2. On appelait ainsi les ouvroirs ou boutiques des orfèvres, et par suite toutes les maisons du Pont-au-Change. V. Pierre Leroy, Statuts et privilèges des orfèvres (1734), page 106.
3. C’est dans cette rue que s’extasia le plus le sauvage d’Acadie que Razilly envoya en France, au xvne siècle Émerveillé de toute la dinanderie, si bien fourbie, qui s’y étalait, il demanda à son interprète, dit le voyageur Denys, si tous les gens qu’ils voyaient travailler n’étaient pas parents du roi, et si ce n’était pas l’occupation des plus grands seigneurs du royaume.
INTRODUCTION
Grande et la Petite Saunerie infectées par les exhalaisons de la marée croupissante dans les auges ou pierres a poisson ; quand on était arrivé aux limites du Perrin- Gasselin , et qu’on avait pris pied sur la terre du fameux Fief Popin, le labyrinthe se dégageait et s’assainissait un peu. On sentait que l’on s’approchait du Louvre, et qu’on était déjà dans la circonscription de la royale paroisse de Saint-Germain-l’Auxerrois. Les rues n’étaient pas plus larges peut-être ; mais, grâce aux gens de négoce qui s’y étaient peu à peu établis, elles étaient plus propres et plus tranquilles. — Il n’en avait pourtant pas été ainsi tout d’abord. Il faut attendre jusqu’au XVe siècle au moins, pour que cette différence entre le quartier que nous quittons et celui où nous venons d’entrer, devienne un peu plus sensible. Auparavant même, c’est plutôt en faveur du premier que tournerait la comparaison. On y travaille au moins, la vie s’y manifeste par la plus laborieuse activité, tandis que de l’autre côté du Châtelet, dans ces ruelles qui arrivent en serpentant jusqu’à la Vallée de misère *, jusqu’au Port au foin} entre Y Arche Marion et l’ Abreuvoir Popin , c’est le vol qui est la seule industrie. Les joueurs ont leur tripot dans la maison de ce Thibault, qui a laissé son nom à la rue Thibault aux-Dez ; et à deux pas de là, dans toute l’étendue du quartier de la Vieille Monnaie et de celui de Sainte-
i. C’est aujourd'hui le quai de la Mégisserie. On l’appelait encore Vallée de Pie, comme fait Corrozet, ou Vallée de la Poulailler ie , parce qu’en effet le marché de la volaille y fut longtemps établi. — Quand il fut transféré au quai des Augustins, il garda son nom de la Vallée qu’il devait à son premier emplacement.
INTRODUCTION
Opportune, surtout vers la rue Tir échappé 4, si bien nommée et qui mentit si rarement à son nom, les voleurs ont leurs coupe -gorges. Le centre en est la rue des Deux Boules , qu’on appelle alors la rue Mauconseil, en raison des mauvais coups qui s’y trament, et par opposition aussi à la rue sa parallèle, que le caquet des lavandières voisines a fait appeler rue des Mauvaises Paroles. Le vol commis, la proie saisie, on ne quitte point le quartier pour en faire le partage et se bien repaître ; on s’en va tout près, au cabaret qui a donné son nom à la rue, encore intacte, du Plat d’étain. C’est là que l’auteur des Replies Franches mène les hardis fripons ses compaings, dont il parle ainsi (2e part., V. 995) :
Ils se boutèrent tous à bas,
A l’enseigne du Plat d’estaing Où ils repurent par compas,
Car ils en avoient grand besoing.
Pour avoir raison de tout ce grand cloaque de vices et de voleries, penser-vous qu’on va procéder comme les échevins de 1778, qui au plus épais du dédale firent une éclaircie de deux rues, baptisées aussitôt du nom de deux d’entre eux, MM. Etienne et Boucher1 2?
1. Selon d’autres ce nom viendrait des fripiers qui y tiraient l’habit ( chappe ) des passants pour les attirer à leur boutique. Un passage de Dufresny, cité plus loin, donnerait raison à cette étymologie.
2. Ces deux rues, qui ont perdu l’une et l’autre quelques maisons à être effleurées par la rue de Rivoli, avaient été percées sur l’emplacement de Y Hôtel de la Monnoie qui s’ouvrait, dans la rue de ce nom, en face de la petite rue Baillet. Cet hôtel, prédécesseur de
INTRODUCTION
croyez-vous qu’on ait la moindre fantaisie de faire un peu, ce qu’on fait si largement aujourd’hui, en lançant à pleine volée, au travers du réseau, dont toutes les mailles éclatent, cette longue rue, dont la ligne est si inexorablement droite ? Point du tout. Au quatorzième siècle, en plein règne du roi Jean, on se contente d’acheter à l’extrémité du Perrin-Gasselin , c’est-à-dire sur la limite mitoyenne du Paris industriel et turbulent et du Paris voleur, un assez vaste espace de terrain, on y bâtit avec fortes tourelles, épaisses murailles et créneaux, un assez beau logis, et l’on en fait la demeure du chevalier du Guet, dont on vient de reconstituer la milice.
La mesure, certes, n’était pas des plus osées, et l’on n’avait guère à en attendre, surtout si l’on songeait à ce que ce guet à cheval ou à pied avait de peu effrayant pour les voleurs et de peu rassurant pour les citoyens ; cependant, l’effet fut produit. Ce voisinage gêna, je ne dis pas épouvanta, les bandes dangereuses, et peu à peu les fit déloger. Les gens de noblesse qui vinrent alors s’établir dans ces mêmes quartiers, pour se rapprocher du Louvre, devenu plus que jamais l’une des demeures royales, contribuèrent aussi, par le grand appareil qu’ils traînaient après eux, à écarter ces mauvais garçons.
Le maréchal de Boucicaut avait reçu en don de
celui du quai Conti, avait lui-même remplacé, vers le xive siècle, les divers établissements où l’on avait jusque-là battu monnaie, et dont deux se trouvaient dans ces quartiers : l’un entre la place de Grève et la rue Jean de l’Épine, comme on le voit par le rôle de la Collecte de 1313 ; l’autre où fut plus tard la rue de la Vieille Monnaie, entre celle des Écrivains et celle des Lombards.
INTRODUCTION
Charles V l’hôtel de Ponthieu, dans cette rue de Béthizy dont nous reparlerons t, et il en avait fait sa demeure à Paris ; le roi de Bohême, quittant ce magnifique hôtel de Behaigne {Bohême), qui fut plus tard l’hôtel de Soissons, puis la Halle au blé, se donnait pour séjour, en 1368, une maison de la rue du Chevalier-du-Guet, voisine de celle dont nous avons parlé tout à l’heure ; les amiraux de France, Jean de Vienne, tué en 1396 à la bataille de Nicopolis, et Pierre de Vienne, son frère, avaient leur hôtel rue Jean Lantier; en 1363, comme nous l’avons dit déjà, Philippe, plus tard duc de Bourgogne, s’établissait, rue des Bourdonnais, dans cette magnifique maison des Carneaux 1 2, qui, vers la fin du même siècle, passait dans la famille des La Trémoille qui devait lui laisser son nom3; à cette dernière