‹ Paris démoliChapitre 9 sur 108 · Archives du Baron de Joursanvault , n · texte numérisé non relu

Archives du Baron de Joursanvault , n

2. Il en fut encore ainsi au xvne siècle ; exemples : 1a rue Villedo , la rue Chariot , qui Jurent leurs noms aux riches maçons leurs constructeurs, restés en partie leurs propriétaires. De notre temps, il en est encore de même, témoins surtout les passages Delorme, Saucède, Vero-Dodat, Jouffroy, etc.

3. Guillot, dans son Dict. des rues de Paris, donne à cette rue le nom d’André Malet. On y trouvait au xvne siècle un hôtel de Sully, dont le propriétaire, qui était de la famille du célèbre ministre, joua un grand rôle pendant la Fronde, comme partisan de Mazarin. Pendant la Terreur, le fameux Fabricius Catilina Salabert , peintre d’enseignes et jacobin, s’y installa, et en fit un centre révolutionnaire.

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récageux, se faisant rues industrielles et marchandes ; de solitude, active cité. - Le vaste espace, limité d’un côté par les quartiers que nous quittons ; par la Greve, à fleur d’eau du fleuve, qui, de la place qu, a garde son nom, s’étendait jusqu’aux petits marais (martvaux), au milieu desquels s’éleva la haute tour Saint-J acques 1 2 ; de l’autre côté par le port ou siège aux Déchar geurs\ et par la ruelle d’Adam et de Guillaume Bourdon, qui devint plus tard l’opulente rue des Bourdonnais 3, tout cet immense terrain, dis-je, avait ainsi emprunté son nom au propriétaire du champ fangeux, à qui la ville, franchissant le fleuve et montant toujours, était venue prendre son héritage. Ce propriétaire, sans doute richement dédommagé, s’appelait Perrin Gassehn.

En parlant de fanges à propos de ce terrain Je n’exagérais point, au contraire ; c’était même plutôt encore une voirie qu’un marécage : « et emprez, dit Raoul de Presles4, au Perrin-Gassehn, estoit une place où Ion

1. Ce quartier s’appelait aussi Mihray, par abréviation de »»«.'■ bmy (au milieu du bray, fange, marais). La rue PUnclx-M.bray devait son nom aux planches jetées en guise de pont sur ce marécage, et servant à le franchir.

2. Raoul de Presles l’appelle ainsi dans les Commentaires sur / \

Cité de Dieu. Liv. V, chap. 2S- .

3. Dans la seconde moitié du xiv* siècle, du nom de ces trere;| Bourdon, cette rue avait déjà pris le nom de Bourdonnois. On le voit par une charte de 1362, relative à la grande maison des C resnaux hôtel La Trémoille, vendue, cette année-là, à Philippe, fils du roi Archives Joursanvault, pag. 184, n. io$7-

4. Loc. cit . , et Mêrn. de V Acad, des Inscript., tora. xm, pag. 6>2 — La Place aux Chats, où les loups mangèrent un enffent, de nuit « pendant l’occupation de Paris par les Anglais, était aussi près de la (V. Journal du Bourgeois , pag. 502). Au xvii» siècle, on y vendai des dentelles !

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gettoit les chiens mors, que l’on appeloit la Fosse aux chiens ; et encore — ajoute notre chroniqueur qui écrivait au temps de Charles V, quand déjà tout avait changé de face — et encore, y a-t-il une ruelle, qui est ainsi appelée. » Cette ruelle, dont il parle, est le cul-de-sac des Bourdonnais ou de la Fosse aux chiens, située au carrefour de la rue de la Limace, c’est-à-dire tout au haut de la pente infecte que nous visitons, dans un endroit que les assainissements de la rue de Rivoli n’ont pu atteindre, et que, j’en ai peur, le tracé du boulevard du Centre respectera aussi sans doute. Si, à son extrémité supérieure, le Perrin-Gasselin était tel, qu’on ne le trouvait bon qu’à faire une voirie de la plus immonde espèce, jugez de ce qu’il devait être en avançant vers la Seine, en s’embourbant de plus en plus dans les grèves boueuses du fleuve, alors sans quai, sans rives certaines.

Le quartier qui prit la place du marécage ne valut guère mieux comme propreté et salubrité. Ce qui en a survécu jusqu’à ces dernières années : la ruellette humide et tortueuse, restée fidèle au nom de Perrin-Gassilin , et qui, épargnée par la rue de Rivoli, disparaîtra enfin dans le périmètre de l’hôtel des Postes, qui se prépare à l’un des côtés de la place du Châtelet; la rue Plancke-Mibray complètement perdue dans l’élargissement de la rue Saint-Martin à son embouchure ; la rue du Pied-de* B œuf, la rue de la Vieille- P lace-aux- Veaux, la rue de la Tannerie, celle de la Tuerie, celle de YBscorcherie ou de la Vieille- Lanterne *, qui atten-

i . La mort de ce pauvre Gérard de Nerval, dans la nuit du 2 6 janvier aura été le dernier sinistre de cette rue immonde et enfin

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dent, pour disparaître, que l’Hôtel-de- Ville se soit fait jour jusqu’au Châtelet, par une large rue, magnifique parallèle de celle de Rivoli ; tout ce quartier enfin, à l’inextricable et éternelle saleté, prouvait de reste qu’une ville peut s’emparer d’un marais et s’y installer, sans l’assainir.

Et pourtant, que de générations actives se sont succédé dans ce bourbier, dans cette ruche de boue ; quels travaux, de toutes sortes et de toutes les heures, pendant des siècles infatigables, dans cette espèce de phalanstère fangeux, où manquent l’air et le soleil, où la fièvre du travail entretient seule la vie! Ici, dans la rue Saint- Jacques-la-Boucherie , dans la rue de la Tuerie, et à la Vieille -P lace- aux- Veaux, c’est l’antique corporation des bouchers 4, formidable par le nombre, l’insolence et la richesse ; ce sont les Legoix, dont les descendants trônent encore dans cet opulent commerce, ayant à leur tête M. Paul Legoix, avec son riche étal de la rue de la Verrerie, et M. Legoix Brenner, syndic de la boucherie de Paris; ce sont les Saint-Yons, plus riches et plus puissants encore, qui, leur fortune faite

proscrite. — Jusqu’au xvi« siècle elle ne s’appela que rue cU TEscorcherie. ■

i. « Ces vieilles familles de bouchers incorporés, dit M. Dep ping, ont continué, pendant plusieurs siècles, de fournir de 1 viande aux Parisiens ; c’était comme la noblesse de l’état de bou cherie. Elles étaient réduites au nombre de quatre, à l'époque o Lamare fit son Traité de la Police , c’est-à-dire, au commencemen du xvme siècle. Quoique leur nombre fût bien diminué depuis 1 xvie, par suite des extinctions, elles prétendaient encore occupe tous les étals de la grande boucherie et du cimetière Saint-Jeai mais en les louant à des bouchers qui n’étaient pas de la corpo ration. » Introd. au livre d’Est. Eoileau, pag. 56.

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sur cette Vieille- P lace-aux- Veaux 1 , longtemps désignée sous leur nom2, quittèrent le commerce, achetèrent des charges, et se firent gens de ce parlement et de cette cour qu’ils avaient fait trembler à l’époque de Caboche et des Maillotins 3. D’un autre côté, à l’ombre même de la haute tour Saint-Jacques4, se ta-

1. Sous François Ier, après la construction de l’Hôtel-de-Ville, on avait pensé à remanier le quartier qui lui faisait face, jusqu’au Châtelet, et ainsi à déplacer ce Marché-aux-Veaux. Marot en fit le sujet de sa 83e épigramme :

Le roi aimant la décoration

De son Paris ; entr’autres biens ordonne,

Qu’on y bâtisse avec proportion Et pour ce faire argent et conseil donne,

Maison de ville y construit belle et bonne,

Les lieux publics devise tous nouveaux :

Entre lesquels, au milieu de Sorbonne,

Doit, se dit-on, faire la Place-aux-Veaux .

En 1646 seulement, ce marché fut transféré au quai des Ormes. La place et surtout les environs furent occupés par un marché dont le marquis de Gesvres eut le privilège en 1685 (Voy. Suppl, à Daugeau, pag. 12), et depuis par le quai qui prit le nom du marquis, déjà porté par la rue de Gesxres ou St. Jérôme.

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