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qui tombe ni de ce qui survit autour d’elles. Souvent, elles gagnent des places nouvelles à chaque hôtel détruit ou devenu désert, à chaque cloître qui se dépeuple, et machinalement le trop-plein de leurs bouges va remplir le vide que viennent de laisser, en partant, la religion persécutée, la noblesse en fuite.
Sous Louis XIV, quand ces quartiers s’étaient un peu dégagés, surtout vers la rue des Poulies, lors de la construction de la colonnade du Louvre qui se substituait à la lourde masse du Petit-Bourbon *, qui donc était venu prendre la place laissée libre? Toute une volée de ces filles perdues, suivie, comme escorte obligée, de la tourbe des petits métiers, gargotiers2,
1. Cet hôtel, démoli, en 1660, pour faire place à la colonnade, devait son nom au connétable de Bourbon, qui l’avait habité jusqu’à l’époque de son exil et de sa trahison. L’hôtel porta longtemps le stigmate mérité par le maître. Au dix-septième siècle, la porte en était encore peinte en jaune, en signe d’infamie. (Tallemant, Historiettes, in- 12, i, page 127.) — La grande salle de cet hôtel servait pour les fêtes royales, Richer l’a décrite dans le Mercure françois de 1614 (tom. iv, pag. 9-10), et l’on peut voir par un curieux passage du Francion de Çorel, pages 245-255, quelle affluence l’encombrait, quand on y dansait les ballets du roi. Le plus fameux fut celui de la Nuit que Louis XIV y dansa pendant le carnaval de 1653. Villequier était l’organisateur des ces fêtes, et c’est sans doute à cause de cela que la rue des Poulies , sur laquelle le Petit- Bourbon avait son entrée, est désignée sur le plan de Berey (*654), par le nom de rue Villequier. Elle allait jusqu’à la Seine ; « la longue galerie de Bourbon qui jette sur la rivière >» , comme dit Sorel, servit, en août 1653, aux représentations des comédiens italiens, et de 1658 à 1660, Molière y vint faire alterner le spectacle de ses comédies avec ceux de ces farceurs. (Taschereau, Hist.de Molière, 2e édition, pag. 23 et 218.)
2. Les tavernes et les auberges avaient toujours abondé dans ce quartier. Au xive siècle, on y trouvait, au coin de la rue de l’Arbre-
INTRODUCTION
logeurs, recéleurs de vols et de vices, etc., sans compter les bandits eux-mêmes qui, attirés plutôt qu’effrayés par le voisinage du Louvre, allèrent jusqu’à s’y chercher
Sec, l’auberge du Chasteau-Festu (Froissart, liv. iv, chap. 24, qui avait donné son nom à toute la partie de la rue Saint-Honoré, allant de la Croix du Trahoir à la rue Tir échappé, puis Vos tel du Lion-d’ Argent dont parle aussi Froissart, ainsi que Juvénal des Ursins {V. notre Histoire des hôtelleries et des cabarets, tom. i, page 2% 2). — Lors de la Saint-Barthélemy, si le carnage fut plus affreux de ce côté, c’est que les nombreuses auberges y étaient remplies de gentilshommes calvinistes, groupés ainsi autour du logis de l’Amiral. Elles n’avaient même pu suffire & les loger tous, ainsi Mergey avait dû s’aller coucher, la nuit du massacre, dans une écurie au fond d’une cour, vis-à-vis l’hôtel de Coligny (V. ses Mémoires , ch. 1). C’est ce qui le sauva. — Plus tard, nous trouvons dans ces mêmes parages , entres autres cabarets célèbres, celui qui s’ouvrait au coin de la rue Saint-Honoré et de la rue de la Bibliothèque, et dont l’enseigne : au Roi d'Yxetot , avait inspiré par sa grotesque image la délicieuse chanson de Béranger. Une lettre de Mmc Judith Cauchois Lemaire, « écrite en quelque sorte sous la dictée du grand poète, » et spirituellement analysée par M. Aristide Guilbert dans sa notice sur Yvetot (Hist. des Filles de France, tom. v, pag. 506, S°7)> f*‘l foi de cette curieuse origine. — L’enseigne a disparu avec le cabaret. Ce n’était plus celle qu’avait vue Béranger. Une autre mieux peinte, visant au tableau, et partant moins naïve, l’avait remplacée. La chanson s’était inspirée de la première, la seconde s’était inspirée de la chanson. — Tout près de là, dans la rue des Poulies, s’ouvrit, en 1765, le premier Restaurant , qui fut ensuite transféré à l’hôtel d’Aligre. C’était un établissement de bouillon, où il n’était pas permis de servir de ragoûts, comme chez les traiteurs, mais où l’on donnait « des volailles au gros sel, des œufs frais et cela sans nappe, sur de petites tables de marbre. » Boulanger, le maître, avait pris pour devise ce passage de FÉvangile : « Venite ad me omnes qui siomacho laboratis , et ego vos restàürabo ; » de ce dernier mot vint le nom de Restaurant gardé par la maison de Boulanger, et pris par tous ceux qui l’imitèrent. La maîtresse du lieu était jolie, et la chalandise y gagna. Diderot y vint comme les autres. Il écrit, le 19 sept. 1767, à Mllc Volland :
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des retraites *, se faisant de véritables repaires de la galerie immense où Henri IV, quand il la fit achever, n’avait rêvé que des asiles pour les artistes 2. C’est ! l’absence de la cour, retirée à Versailles, qui avait été i cause de cet abandon du Louvre et de la prise de possession de ses bâtiments délabrés, de ses pavillons, de ses galeries sans toiture3, par des bandes de voleurs ou de banqueroutiers. Au siècle suivant, c’est plus qu’une absence, c’est encore une fois la mort i même de la royauté, la ruine de la noblesse, la pro- | scription du clergé qui, laissant palais, hôtels, églises,
' cloîtres en déshérence, donnent beau jeu et large i espace aux industries du crime et de la débauche : i jugez comme elles savent s’y ruer et s’y ébattre.
L’hôtel d’Aligre4, percé à jour, devint, sous le nom I de passage, un réceptacle immense de tous les métiers
; « Mardi, depuis sept heures et demie jusqu’à deux ou trois heures,
au Salon, ensuite dîner chez la belle restauratrice de la tue des I Poulies. » (V. sur ce premier Restaurant, La Mesangère, le Voyageur à Paris, 1797, petit in-12, 11, 88, et Bachaumont, v, pag. 49). — Le Bureau général des Postes, qui se trouvait d’abord dans la rue des Déchargeurs, resta longtemps rue des Poulies, à l’ancien hôtel de la Surintendance des bâtiments , qui fut démoli au milieu du dixhuitième siècle pour découvrir la colonnade du Louvre. Les Postes furent alors transférées rue Platrière, où elles sont encore, attendant que leur nouveau bâtiment de la place du Châtelet soit construit.