V Mémoires de Joinville, édit. Michaud, t. 1, pag. 326, e
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laire1 qui marquait, tout près de là, la haute justice de l’Évêque de Paris, ne leur avait inspiré aucune terreur, pas plus qu’aux vagabonds, voleurs et sorciers2 dont les repaires se mêlaient à leurs bouges. Bien mieux, quand la butte St-Roch eut commencé à se
Œuvres de Rutcbeuf, tom. i, pag. 163-164, 173. La rue Saint- Louis, qui vient de disparaître avec la Fontaine du Diable , dont la pyramide se plaquait à l'un de ses angles, devait son nom au voisinage de l’hospice bâti par le saint roi.
1 . Elle donnait son nom à une rue bien célèbre de ces quartiers, et qui avant le percement de la première rue de Rivoli communiquait au jardin des Tuileries par le passage, dit de la Grande-Écurie, près duquel Louis XVI, partant pour Varennes, attendit si longtemps la reine qui s’était égarée. (V. plus loin, les Guichets du Louvre ). Je ne sais si l’on rendra à cette rue de l’Échelle, complètement reconstruite, son ancien nom si dénué de sens aujourd’hui, et si peu recommandé par le souvenir qu’il rappelle. Il vaudrait mieux, je crois, lui substituer celui de quelque personnage devenu célèbre dans ces quartiers, tel que Philibert Delorme, par exemple, l’architecte des Tuileries; mais le nom du passage voisin lui nuirait peutêtre, par les confusions qu’il amènerait. On aurait encore celui de Bernard de Palissy, que ses travaux dans le jardin Royal, notamment pour la grotte de terre émaillée qu’il y fit en 1569 et 1570, avaient fait appeler Bernard des Tuileries; enfin, au besoin, on pourrait prendre pour parrain de cette rue le duc de la Vallière, qui, si je ne me trompe, y avait son riche hôtel et sa magnifique bibliothèque. Le nom d’un tel amateur ne ferait pas mal dans te voisinage du Louvre.
2. C’est à bon escient que je parle des devins de bas étage qui viennent grossir l’étrange population de ces rues. Le plus fameux du dernier siècle, pour la cartomancie, Aliette, qui, par anagramme, se faisait appeler Étteila, demeurait dans un bouge de la rue Fromenteau. La réputation du prophète faisait passer sur la saleté du logis; toute la cour y allait. Le prince de Ligne raconte ainsi une visite qu’il y fit avec le duc d’Orléans : « Il était superstitieux, dit-il, je le conduisis un jour chez un sorcier à un cinquième, rue Fromenteau, le grand Etteiia. Il lui prédit des choses étonnantes auxquelles mon peu de confiance m’empêcha de mettre du prix, et par
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couvrir de maisons, elles furent les premières à en escalader les pentes, et là, toujours sur terre épiscopale, à se bâtir des réduits qu’elles n’ont pas encore quittés. Dans ces parages du moins, tout de fanges et d’immondices, dans ce Champourry , ainsi qu’on nommait ce grand espace, véritable voirie, dont le coin le plus infect s’appelait la place au Sang i, cette population de prostituées s’était établie en un lieu qui lui convenait, s’il est vrai que tout ce qui est impur doit fatalement s’attirer et se rapprocher; mais en y prenant pied, elles ne se sont pas par malheur éloignée des autres parties du quartier, où nous venons de les voir. En 1697 une ordonnance déclare que leur profession n’est plus regardée comme un état, et par là, liberté leur est indirectement donnée d’aller où elles voudront, au lieu de s’en tenir comme par le passé à certaines rues désignées. Elles ne profitent pas du bénéfice de l’ordonnance, si ce n’est pour s’étendre davantage, comme nous venons de le voir, dans les rues neuves de la Butte St-Roch. Autrement elles s’en tiennent aux rues
conséquent de les retenir : je sais en gros qu’il y avait du Versailles et du royaume, et je suis persuadé que cela lui a tourné la tête. I Fatal effet de mon imprudence, si cela est! • ( Œuwes choisies , etc ., J Genève, 1809, in-8, tom. 11, pag. 240.)
1. Elle porta ce nom jusqu’au xvue siècle. Elle était auprès du clos Georgeau, et du petit domaine du papetier Langlade, dont nous aurons à reparler dans ce volume. L’écorcherie du marché aux chevaux ( ibid ) était tout près, et le nom de place au Sang lui venait sans nul doute de ce que par ordonnance du 28 juin 1404, concernant les barbiers chirurgiens, il leur était « enjoint de porter le sang des personnes saignées... au-dessous de l’escorcherie aux chevaux, qui est au-dessous du chastel du Louvre. »
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depuis longtemps leur domaine, et dont les meilleures sont par ici ; elles y vivent, elles s’y attachent, et exploitent les générations de vicieux qui s’y succèdent, de façon à y être la seule race, la seule chose qui dure et qui s’éternise.
Tout change alentour, tout se transforme, le vice immuable reste seul à sa place. Au commencement du règne de Louis XII, le grand hôtel du Bouchage, tout chaud encore des amours de Henri IV et de Mme la marquise de Verneuil, disparaît et avec lui les dernières traces du régicide de Jean Châtel1 ; les prêtres de l’Oratoire font construire sur son emplacement un cloître monumental dont la dépense ameute les bavardages des commères du quartier2; à la fin du XVIIIe siècle, les Oratoriens supprimés par la Révolution, qui, pourtant, avait trouvé tant de zélateurs dans leur cloître, sont remplacés par les juges du Tribunal des Prises; par des athénées de toutes sortes, par les bureaux de la Conservation générale des Hypothèques3 * 5 puis, par les commis de la Caisse d’amortissement, en attendant que leur église déserte devienne, en 1802, ce qu’elle est en-
1. Sauvai, Galanteries des rois de France, tom. n , 2e partie, pag. 89. — C’était auparavant l’hôtel de Montpensier que Joyeuse, l’un des mignons de Henri III, avait habité.
2. Y. La seconde après disnée des Caquets de l’accouchée , mdcxxii,
pag. 24. — C’est en 1616 que M. Berulle avait acheté l’hôtel du
Bouchage, pour y établir la congrégation de l’Oratoire.
5. C’est l’auteur des Liaisons dangereuses, Chauderlos Laclos, qui était secrétaire général de cette administration, établie à l’Oratoire en 1797; singulier hôte, avouez-le, pour cette maison qu’avait sanctifiée le séjour de Bourdaloue et de Massillon. Ces deux grands prédicateurs habitèrent presque toujours l’Oratoire de Paris, l’un des chefs de l’Ordre; et ils n’en furent pas les seules illustrations.
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core, un temple protestant1. Vers le même temps, l’hôtel d’Angevilliers qui est près de là, dans la même rue, et dont nous admirions encore dernièrement les hautes terrasses et les flottants ombrages jetant leur fraîcheur sur l’une des façades du Louvre, perd le prestige de splendeur et d’esprit que lui avaient donné un instant M. d’Angevilliers, gouverneur de ce palais, et le cercle littéraire que Mme de Marchais présidait dans ses salons2; ce n’est plus qu’une sorte d’infirmerie des déesses décrépites du dernier siècle : Sophie Arnould, entre autres, y trouve son dernier refuge, à deux pas de l’auberge paternelle qui, sous une décadence pareille, cache des souvenirs plus illustres encore3. Eh bienl au milieu de ces ruines de toutes sortes, les femmes folles, dont je vous parlais, continuent leurs débauches errantes, n’ayant souci ni de ce
Le président Hénault avait passé son enfance et une partie de sa jeunesse dans ce cloître, sous ses ombrages, qu’il devait chanter plus tard (V. art. de Sainte-Beuve, Moniteur du 18 décembre 1854).
La Bibliothèque de la congrégation avait eu pour gardes et con- j servateurs de ses 22,000 volumes, tant livres que manuscrits, le | savant P. Lelong et le P. Des Molets.
1. Le portail de cette église a été bâti de biais sur l’alignement des maisons, moins parce qu’il fallait qu’il fût d’accord avec J le plan intérieur de la nef et du chœur que par une coquetterie de ! l’architecte qui, en l’inclinant vers les Halles, lui donnait « l’avantage d’être vu de beaucoup plus loin, et bien mieux, dit Piganiol, j que s’il n’eût été vu qu’en face et d’un seul point. • [Description dt j Paris, 11, 287.)
2. L'Espion tAnglois, t. 111,48, 49. — C’est M. d’Angevilliers qui I avait semé de gazon les terrains vagues qui environnaient le Louvre, 1 où siégeait alors l’Académie. On lit dans les Mémoires secrets, ix, 237, une épigramme faite sur lui, à ce sujet.